‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 341 sur 509 · De nat. rerum, III. 900 et suiv · texte numérisé non relu

De nat. rerum, III. 900 et suiv

se trouve opposée au retour périodique et perpétuel des astres, des saisons, la disparilion rapide et définitive de l'homme, ombre et poussière *. L'idée a été développée comme tant d'autres par les poètes italiens. Je ne lai point trouvée, il est vrai, dans les œuvres en langue toscane que j'ai pu lire - ; mais l'un d'entre eux, et le dernier venu avant 1350, Flaminio, a écrit en vers latins les plaintes suivantes : « Cruel Pluton, ô trop cruel destin, qui n'avez jamais, hélas! ralenti le cours de la vie humaine ! Quand le froid hiver a dépouillé la forêt de sa parure, au retour du printemps la forêt retrouve sa brillante jeunesse. Quand le soleil s'est plongé dans les eauxde l'Océan et a disparu, il renaît plus beau le jour suivant. Pour nous, au contraire, la brillante jeunesse ne revient pas avec le printemps ; la vie, engloutie par l'inexorable mort, disparait sans retour. Quand les Parques ont dévidé le fil de nos derniers jours, un sommeil éternel presse nos yeux clos»-', il est donc probable que des poésies italiennes, antérieures au recueil de Flaminio, recèlent des passages du même genre *. Quoi qu'il en soit, je suis porté à croire qu'aucun poète, ancien ou italien, n'a servi de modèle direct à Ronsard pour cette ode admirable de 13o3, qui mérite d'être citée entièrement :

1. Catulle, V : « Le soleil peut disparaître et reparaître ; mais lorsqu'une fois s'est éteiute la tlainme epliénière de notre vie, il nous faut tous dormir d'un sommeil éternel. » — Hor , Cann , l\' , 7, vers 13 à 16 : « Du moins la lune dans sou cours rapide répare les pertes du ciel ; iTiais nous, une lois descendus où repose le pieux Enée..., nous ne sommes plus que poussière et ombre. » De leur côté TibuUe et Ovide ont opposé à la jeunesse des hommes qui fuit sans retour la mue annuelle des serpents ^Tib., 1, élégie 4 ; Ov , Ars amat., 111, 77^ ; mais cette mue n'est qu'un rajeunissement apparent, et cette antithèse est illusoire.

l'armi les Grecs je ne vois que Moschus qui ait exprimé une idée analogue, dans l'èpitaphe de Hioii. .Mais comme il oppose à l'homme de petites plantes encore plus éphémères et fragiles que lui, je ne vois là qu'un sophisme poétique, au sujet duquel je suis loin de partager l'enthousiasme de iiaiute-ljeuve i^art. sur Meléagre. P. C, III, p. iS'd;. \'oici le passage du poète grec : <• Hélas I les petites mauves ont péri dans le jardin, et lâche verdoyante et l'aueth Henri ; luais ils renaîtront et revivront une autre année, tandis que nous, si grands, forts et sages que nous puissions être, une fois morts nous dormons un long sommeil sans tin et sans réveil ». Avant Moschus, Mimnerme a bien dit : « La jeunesse ne dure que le temps d'une révolution de soleil », et Pindare : " L'homme ne vil qu'un jour, c'est le rêve d'une ombre » ; mais ils n'ont point mis en regard de ce caractère éphémère l'éternité de la nature.

2. La traduction des Elégies de l'Arioste par Le Tourneur \1785l contient bien à la p. 124 une pièce de même sujet intitulée La Promeitade du soir, comiiiem;ant ainsi : a Viens, ma douce amie, viens goûter avec ton amant les charmes d'une belle nuit... •> ; mais cette élégie non numérotée ne correspond à aucun des capiloli de l'.-Vrioste que j ai pu lire dans léd. véuitienue de 176(j et dans l'éd. florentine de 1S22, et je doute fort de son authenticité.

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