‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 369 sur 509 · Bl., I, 178. Cf. Marot, éd Jannet · texte numérisé non relu

Bl., I, 178. Cf. Marot, éd Jannet

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode léqrre) 313

apercevons, mieux encore que la première fois, lu, ilistauce qui sépare Ronsard de Pétrarque. Ronsard poète erotique nous apparaît très éloigné du chantre de Laure par l'inspiration, et l'on peut ajouter par le style, en prenant ce mot dans son acception la plus large. Même quand il pétrarquise, il conserve, très marqué, son air de famille avec Jean de Meung et Cl. Marot. Pétrarque avait christianisé et, d'une façon générale, spiritualisé les vers des erotiques latins; Ronsard est resté païen en les imitant, et du même coup il a continué la tradition française, celle des trouvères, qui s'était formée à l'école d'Ovide. Pétrarque avait haussé l'amour « courtois » de ses modèles provençaux jusqu'aux sphères sublimes du platonisme ; Ronsard ne s'y est élevé que très rarement, et encore par entraînement de la mode ; il avait un tempérament peu fait pour les extases platoniciennes ; il lui fallait des effusions d'un autre genre. On a dit des troubadours, et c'est encore plus vrai des trouvères, que leur amour était « terrestre », que la chasteté ne pouvait guère figurer parmi les vertus que leur inspirait leur dame, qu'ils aimaient de la galanterie le solide et le réel, que là tendaient tous leurs vœux, et qu'ils ne s'en cachaient pas. Ce jugement s'applique exactement à Ronsard, qui aurait pu signer ces vers de l'un d'entre eux : « Je mourrai du désir qui me vient, si la belle, là où elle repose, ne m'accueille près d'elle, pour que je l'embrasse et la baise et que j'étreigne son corps blanc, charnu et poli '. »

1 Pierre Rogiers à la comtesse Ermengarde (Gidel. thèse fr., p. 115). Raynouard attribue ces vers à Bern. de Venladour [Lexique roman, IV, p. 44, au mot « len »j.

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