‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 389 sur 509 · Epiyr.f IV : Ad puellam Ethruscain. f*^ 52, r · texte numérisé non relu

Epiyr.f IV : Ad puellam Ethruscain. f*^ 52, r

2. Bl., I, 148-50. Cette str. finale est une réminiscence de ce passage de la longue élégie à Néère : « Gardez-vous, jeunes tilles, de vous réjouir des tourments des jeunes gens. Gardez-vous en, c'est un juste sujet de courroux pour les dieux. Ne riez pas de nos tendres prières, ne méprisez pas nos pleurs... et quand un amant vous crie pitié, épargnez-le, la cruelle Anaxarète vous eu avertit. » lEpiyr., 11, f" 25, r'.) Source primitive, Ovide, Métaiu , XiV, 698 et suiv.

3. Qu'on ne s'étonne pas de nous voir parler de l'alexandrinisme de Pétrarque. Le rapprochement entre Pétrarque et les alexandrins grecs a été judicieusement fait pni

surtout, c'est le parallélisme dans l'antithèse, la symétrie des développements contraires et le retour final au vers initial, artifices alexandrins qui font de quelques-unes de ces petites pièces un tout bien complet en un circuit fermé, et bouclent l'idée, si je puis dire, un peu comme dans le rondeau. Ronsard en fut charmé. Il y vit un exemple de la perfection, comme l'est la rondeur de la circonférence ou de la sphère, et les reproduisit d'autant plus volontiers que, tout en limitant le champ de la pensée, ils lui laissaient une certaine liberté de mouvement et d'allure, le rythme du vers elcelui de la strophe échappant à toute contrainte, ce qui n'existait pas dans le rondeau. Ainsi doit s'expliquer ce fait que, lorsqu il imita les épigrammes de Marulle, Ronsard suivit son modèle de beaucoup plus près qu'ailleurs. Il y était pour ainsi dire obligé parle caractère même de ces épigrammes, qui eùl disparu s'il s'en fût éloigné tant soit peu. Voulant en conserver la physionomie propre, il dut parfois se contenter d'en faire des copies, comme cela lui arriva pour quelques odelettes anacréonliques^

Cependant, même dans ce cas, il s'efforça, souvent avec succès, de donner à sa copie une tournure originale, soit en rendant strophiques des pièces qui ne l'étaient point ou ne l'étaient qu'à moitié, soit en modifiant certains détails, soit en les changeant de place, soit en ajoutant quelques couleurs ou quelques altitudes que lui inspirait la nature assez particulière de ses relations avec Marie, relations nécessairement plus libres et plus familières que ne l'avaient été celles de Marulle et de Néère, pour les raisons indiquées plus haut -.

Nous avons vu qu'il inséra deux baisers dans ses imitations de Marulle, comme il en avait inséré dans ses imitations de Pétrarque, et deux baisers qui lui sont donnés par Marie, de très bon cœur 2. Nous ne pensons pas que ce soient des ornements de pure imagination ; certains sonnets de 1553-()0 et la somptueuse Elégie à Marie,

Sainte-Beuve (/^/C, III, article sur Méléagre^, De son cùté, A. Couat a eu laison de comparer les railinemcnts de la langue galante des alexandrins aux concetti et au vocabulaire amoureux des pétrarquistes et des précieux Voèsie alexatxdr.^ p. 173', La préciosité et la subtilité ingénieuse dans l'expression de l'amour se sont transmises de proche en proche du lu"^ siècle av. J.-G. jusqu'au xyii*^ siècle. Pétrarque avait reçu le flambeau des troubadours, qui le tenaient d'Ovide, qui l'avait pris à Méléagre.

1, Belleau ne craint pas de dire que Honsard a « traduit >i Marulle, qu'il a donné dans ses Chansons des <i .versions i) des Epigraniniatu ^Comment, du Seco/iJ liure dt's Ant.). Cette déclaration, d'ailleurs exagérée, est piquante sous la plume de l'un des poètes les plus illustres d'une école qui avait commencé par condamner le genre de la « version», surtout delà version des poètes, si en faveur chez les Marotiques (ci'. Chamard, Ih fr., pp. r,i0-23l. Elle n'a cependant rien qui puisse étonner, venant du /ruJuc/cHr d'Anacréon,

2, (]i-dessus, p. 53fi.

3, W., pp, 54U et 543,

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode légère) o49

qu'il imita vers la même époque de J. Second et de Théocrite ', nous prouvent le contraire. S'il avait Cassandre dans le cerveau, il eut Marie dans le sang, lui-même nous le dit^. Cette jolie fille des champs, qui lui avait à l'aide d'une épingle déclaré ses sentiments sur une feuille de lierre, puis dans une lettre ^, lui donna plus d'un sujet de « liesse ». Si l'on en croit Ronsard, près d'elle il ne se contentait pas de bavarder, de rire et de soupirer ; il se permettait des privautés qui témoignent de l'indulgence ou de la complaisance de la paysanne : il « baisoit et tastoit » *. Il lui baisait les mains, les yeux, les lèvres et le sein ; il ne la caressait pas seulement du regard; pour parler comme Pontano et J. Second, Iractabnl manu papill.as ac fémur; et cela jusque dans la chambre où il nous l'a dépeinte endormie, oii il allait réveiller la petite paresseuse ■''. Non, elle ne lui fut pas « severe », lui-même l'avoue. Mais elle restait intraitable « sur le point que l'honneur défend » ; mais elle se fâchait tout rouge, lorsque, dépassant les bornes prescrites, Ronsard égarait sa main jusqu'au « lieu défendu m". Alors il lui demandait pardon de l'avoir offensée ; alors il présentait comme excuse ou circonstance atténuante la fureur de sa passion '' ; alors il l'appelait « inexorable, inhumaine et cruelle » ; alors il lui trouvait « le cœur d'une fiere lionne » *. Et c'est dans cette mesure qu'avec elle il pétrarquisait. Serait-il étonnant après cela qu'il eût réussi à vaincre sa résistance? Ne pourrait-on pas voir en elle l'héroïne de l'Amourette qui, dans toutes les éditions de Ronsard, précède immédiatement l'idylle de la Quenouille adressée à Marie, et qui, après avoir figuré parmi les Poèmes de 1560, reçut sa place définitive en 1367 vers la fia du Second livre des Amours consacré à Marie ^ ?

S'il en fut ainsi, comme nous sommes loin de Marulle, qui écrivai à l'un de ses amis :

Casta placent Phœbo, casiissima turba sororum est, Casta pios vates Pierosque décent !

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