Epigr , II, Ad Neaeram : Suauiolum inuilae..., f» 18, v
2. Id., 111, AdAmorein : Si cœlum patria..., l" 38, r'. « Si le ciel bienheureux est ta patrie, enfant, si vraiment tu es le fils de la bonne Vénus, si c'est du nectar qu'elle te sert en guise de Massique, si la sainte ambroisie est la nourriture qu'elle t'ofl're, pourquoi nuit et jour habiter avec moi ' Pourquoi me brûler de tes feux malgré ma dé-
PIEIÎRE DE RONSAKD. 3j
secoade au contraire ditlère très seasiLleraenl de l'original, quoi qu'en dise la noie de Rémi Belleau '. Tantôt il énumère les charmes irrésislibles de Marie, comme dans les chansons Ma maistresse est toute anyelette, e\. \'eu ijiie Ut es plus blanche que le lis, qui sont l'une et l'autre des paraphrases, la première délayée à l'excès (au moins une strophe de trop) avec le souci de renchérir sur les diminutifs et les répétitions mignardes de l'original -. Ou bien il développe, à peu près dans les mêmes limites que Marulle.le fameux distique de Catulle : Odi et aino..., témoin les chansons Je suis tellement langoureux, et Je le hai-j bien, croy moi, maislresse ^. Ou bien enfin il lui reproche sa cruauté ou sa perfidie ; voyez les chansons Plus tu cognoy que je brûle, et Petite jmcelle Angevine, dont la première n'est qu'une paraphrase *, mais la seconde développe librement cet adieu touchant de Marulle à Néère : « Jeune fille de Toscane, qui m'as mis tant d'an-
t'aite et mes prières ? Pourquoi étaucher de mes larmes ta soif insatiable? Pourquoi te repaître du sue de mes moelles? O enfaul vraiment féroce de la race des fauves, digne d'avoir le Styx pour pays et pour père, je ne suis plus qu'une ombre légère, pourquoi me tourmenter ' » --Cf. Bl,, 1, 164.
1. Epigr., Il, Ad Amorein : Ciwi toi tela..., f" 21, v». «Alors que lu répands en un jour tant de traits, audacieux enfant, que tu fais tant de blessures sans cesse ici et là, harcelant à la fois les hommes et les dieux, et que ta main ardente ne se repose jamais, qui te fournil tant de flèches dans ta fureur, qui tant de sagettes mortelles ? — Alors que tu fatigues le ciel de tant de plaintes, que tu répands tant de larmes, ici et là, harcelant à la fois les hommes et les dieux, et que tes joues humides ne se sèchent jamais, qui te fournit tant de soupirs dans ta douleur, qui de si longues lamentations ? Ah ! crois-moi, tant que Néère vivra, nous ne manquerons, ni moi de traits, ni toi de chagrins. » — Cf. Hl., 1, 175. A noter que Ronsard, reprenant ce dialogue, n'a rien conservé du parallélisme de la question et de la réponse, qui en fait tout le piquant. De ses trois strophes, la première présente une longue parenthèse qui n'est pas dans l'original ; la seconde est entièrement de lui, et la troisième contient une réponse de l'Amour qui, délivrée de la symétrie du latin, prend un air tout nouveau.
i. Id. IV, De Neaera : Tota es candida , {" 43, v". (i Tu es toute blanche, toute gracieuse, toute pleine de suc, toute tendrelette, toute mignardise, toute amour, toute tinette, toute doucette, toute miel, ma vie, toute sucre et toute parfum d'Assyrie ou de l'Inde. Cependant il s'en trouve pour dire que je ne devrais pas l'aimer, mes amis Martellus et Resorbolus, Que ne me dèfendent-ils d'aimer mes yeux, ou toute chose plus chère que les yeux, s'il en existe ? O hommes déplaisants et fâcheux ! » Cf. Bl. I, 1G3. — /à., 11, AdNeaerani : Cum tu candida ... S" 29, r". « Puisque lu es plus blanche que le Iroéne, qui a teint tes joues de cinabre, Néère ? Qui a marqué tes lèvres de pourpre ? D'où \iennent les cheveux dorés de ta tète ? Qui a noirci l'arc de ton sourcil '.' Qui a donné à tes yeux des flammes ardentes .' O douceur torturante de l'àme I O torture trop douce pour moi ! O amertume objet de mes yœux ! Laisse-moi aimer un mal dont je mourrais volontiers et avec plaisir. )j Cf. Bl., I, Ibii.
3./d., \,De siiuAmore : Jac(or, dispereo..., f" 10, v". Cf. B1.,I, 200. —IV, AdCamillam : Odi te..., {" 52, v». Voici la traduction de celle-ci (cette Camille semble être la même que Nèère) : « Je te hais, crois-moi, quel que soit ton rang, je te hais, Camille, je l'avoue. Et cependant, toi que je hais et que je voudrais de jour en jour haïr davantage, je suis forcé de te suivre et de l'aimer. Tellement Ion amour me repousse et m'attire ; tellement celui que tu éloignes de loi par la rigueur cruelle se sent retenu parlecharme de ta rare beauté. « Cf. Bl., 1,441. Ce thème de l'amour et de la haine qui se succèdent, se détruisent et se reproduisent l'un par l'autre, avait été développé par Ovide, Amores, 111, éleg 11, vers 33 et suiv., et par Pétrarque, passini, surtout sonnet Di di m di.
4. Id., II, ,Ad Seaerain : Quo te depereo .., f" 19, r». Cf. Bl.. 1,411.
DE RONSARD POÈTK LYRIQUE [Ode léijh-e) o47
nées le cœur à la torture et que j'aimais éperdûment, voilà que pour un l'utile motif de séparation, tu te mets sottement à servir de nouvelles amours, et qu'à la place d'un poète sacré tu t'es accointée de nobles soupirants, qu'entretient une usure honteuse... C'est le sort qui devait échoir sans doute à celle que les justes dieux et déesses punissent de sa criminelle trahison. Adieu, perfide jeune fille, que j'appelais mon cher petit œil ; tu ne méritais pas mes feux, tu ne méritais pas ma foi si sûre. Après Néère nulle femme ne sera ma maîtresse, du moins je le voudrais, ou bien elle sera plus digne de ma confiance. Et toi, méprisée, tu sauras alors seulement combien les amours profanes et vénales difïèrent des amours de MaruUe * ». Cette note émue, et relativement simple, nous la retrouvons dans Ronsard, qui semble avoir vraiment souffert — mais peu de temps — de voir que Marie, dont « il chantait si haut l'honneur», le délaissait pour servir au caprice d'un « grand seigneur » volage. Le début, le milieu et la lin de sa chanson s'inspirent directement de Marulle, même l'exemple mythologique de la vengeance céleste, qui vient d'une autre prière à Néère, où elle était plus opportune :
Le ciel qui les vices contemple Punist les traîtres amoureus :
Auaxarete en sert d'exemple.
Qui devint rocher malheureus, Perdant sa vie pour avoir Osé son amv décevoir -,
Ces citations et ces rapprochements suffisent à montrer ce que Ronsard prisait dans les Epigrammes de Marulle: le grain serré d'une poésie concentrée, l'ingéniosité, la finesse de l'invention, de la disposition et de l'expression, finesse à la troisième puissance, puisqu'elle était faite d'un triple alexandrinisme, celui de Catulle, celui d'Agathias ou de Paul le Silentiaire, celui de Pétrarque -•. Ce qui dut lui plaire