Sonnet de 1555 : Je ne suis seulement I
jeu-là, et que d'amoureux il ne soitjamais devenu un amant ; car il était loin d'être insensible ; nous avons môme vu qu'il était très ardent. Mais enfin pour luil'amour a été le plus souvent un jeu, « un beau jeu de pommes », comme il le disait encore en 1369 ^. Et quand il lui arriva de tomber dans ses propres filets, ce ne fut jamais pour longtemps. Il l'avouait à trente ans :
Je ne dy pas si Janne estoit prise de moi,
(jue tost je n'oubliasse et Marie cl Cassandre -.
Il le constatait encore à cinquante dans un sonnet de ses Amours diverses : Cassandre le « ravit », Marie le tint « pris », d'Helene il « s'esprit»,
L ardeur d'amour ressemble aux pailles allumées •'.
Ce qui me semble également caractéristique, c'est que les mots « folastre, folastrer, folastrement » reviennent assez souvent dans ses vers d'amour, j'entends en dehors des Folastries *. N'eût-il pas été plus grave s'il avait profondément aimé '.'' Et quand il est grave ou triste, n'est-ce pas pour des raisons étrangères à la femme qu'il aime, soit qu'il se rappelle et veuille rappeler Catulle, Pétrarque, MaruUe, soit qu'il songe à la fuite irréparable de ces belles années où la nature invite à l'amour ?
Après cela pouvons-nous dire avec M. Faguet que « les tendresses de Ronsard sont toujours sincères » ? Peut-être. Mais qu'il soit entendu qu'il s'agit d'une sincérité éminemment temporaire. Honsard était sincère quand il disait à Cassandre : « Je jure que je n'aimerai jamais d'autres femmes que vous. » Mais il a fait le même serment à Marie, à Sinope, àGenèvre, à Hélène, et, presque en même temps qu'à chacune d'elles, à plusieurs autres. Celle réserve faite, je crois qu'il fut sincère en le leur disant. M. Faguet ajoute : « Ses tendresses ne sont jamais tragiques,» et ceci me semble absolument juste. Les réflexions qui suivent donnent à réfléchir : « Ce sont sans doute les meilleures conditions pour être un poète de l'amour. Ce sentiment, quand il est violent, peut inspirer quelques beaux cris, mais non des poèmes achevés. Il le faut à la fois sérieux et douloureux seulement a moitié, pour qu'il se transforme en une rêverie, ce qui est la poésie même s. En tout cas, Ron-