‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 422 sur 509 · V. ci-dessus, pp. 587 et · texte numérisé non relu

V. ci-dessus, pp. 587 et

12. Dans les trois livres d'Epiqrammala de Sannazar (Venise et Paris. 1527*; voir surtout : De Venere et Marte ; De Vcnere et Diana ; De Venere et Priapo ; De Jove et Cupidine ; De Amore fugitivo. Ces pièces sont tout à fait dans la note anacréontique. Sannazar a été imité par CI Marot. Marg. de Navarre Saint-Gelais (v. Torraca, op. cit., pp. 31. 66 67', et par Lazare de Baïf (cf. poésies diverses qui suivent sa traduction d'Hecube, 1544 et 50, dernière pièce, traduite du De .4more fugitivo).

13. Voir par ex. le '< lusus ■> 21 : Florentes dum forte vagans mea Hgella per horlos, | Texit odoratis lilia cana rosis, \ Ecce rosas inter lalitantem invertit Amorem : | Et simalannexis fîoribus implicuit...

On trouve également dans les Carmina de Caelius Calcagninus, qui vivait à Ferrare,

DE RONSARD l'OÈTii LYRIQUE {Ode légère) fi 17

fino', les « canzoni», les « souetti », les « capitoli », les « rnadrigali » du ditSannazar, de Bembo et de l'Arioste 2. Et voilà comment dans une quantité d' c œuvrelettes », mélange curieux de bel esprit et d'érotisme, ils semblent avoir prévenu le retour d'Anacréon et s'être vaguement inspirés des fameux manuscrits de H. Estienne, qu'ils n'ont pourtant pas connus. On retrouve jusque dans le troisième livre du roman de Rabelais, publié en 1545, une scène anacréonlique tout à fait comparable à Y Amour prisonnier des Muses^. Sous François I" tout le monde anacréontise sanslesavoir,ou sansy songer, à la gauloise, et, ce qui revient un peu au même, à l'italienne Sous Henri 11, Ronsard et ses amis continuent ce mouvement: ils anacréontisent à leur tour, mais ilsle savent. Ils pratiquent délibérément, directement et d'aussi près que possible, d'abord Horace, l'Anacréon latin, ensuite l'Anacréon grec que leur présente H. Estienne, mais ils restent des Anacréons gaulois.

Les poésies purement bachiques de Ronsard donnent lieu à des remarques du même genre. Les chansons à boire ne pouvaient pas manquer dans la vieille France, riche en vins, qu'elle appréciait. Mais, à part de rares exceptions*, elles n'avaient aucune prétention littéraire. Ces couplets se transmettaient par voie de tradition orale, et peu de spécimens authentiques sont parvenus jusqu'à nous. Le plus célèbre

et mourut eu 1541, des pièces tout à fait auacréonliques, par ex. : De annula expoliendo. Apes in phareira Cupidinis, Ad Venereni e mari entergentem, puis des imitations de \ Anthologie gr., et de courtes pièces à la Catulle, spirituelles et obscènes à la fois, que rappellent de très près certains vers de Marot et de Saint-Gelais.

1. Cf ,1. \'ianey Bulletin italien d avril 1903, qui montre l'influence des siramhoiti de Seralino sur Marot, Saint-Gelais, Scève ; et de juillet 1904, pp. 238 et suiv. .

2. Les Rime de Sannazar ont paru en 1532, 33 et 34. Les Rime de Bembo en 1530 et 35. Les Rime de TArioste en 1537 et 46 Ces recueils, ainsi que les recueils analogues, furent imités par Marot et Saint-Gelais dès leur apparition, mais avec plus de discrétion et d'indépendance que par Uu Bellay, Ronsard et Baïf quelques années après. Le capitolo est toujours en terza rima ; c'est la variété lyrique que les poètes marotiques appellent le chapitre.

3. Livre 111, chap. xxxi, passage quicomraence ainsi : « Et me soubvient avoir leu que

Cupido, quelquefois interroguéde sa niere Venus " Un peu plus haut Hondibilis

présente un autre tableau du genre alexandrin, que l'on pourrait intituler « L'Amour maître des cœurs otieux " ; il me semble être emprunté au traité de Plutarque qui a pour titre 'EptoTixo; {Moralia. coll. Didot, IV, p. 324 . Le vers grec cité par Plutarque : « 'Epwî •(Oip i.O'fvi y.a; 27:0 toiojxoiî £<j)'J i>, et repris par Marulle « In vacuo pectore régna tenet », a inspiré à Ronsard deux strophes de son ode de 1550 A Cupidon pour punir Jane cruelle.

4. Par ex. une chanson citée dans VHist. litt. de la France, XXIII, p. 828, et par Ch. Nisard. Chanson populaire, tome I, p. 87; un Rondeau de lahled'Eust. Ueschainps (éd. Crapelet, p. 137j.

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des Anacréons de village ou de taverne antérieurs au xvi* siècle, Olivier Basselin. qui passe pour le vrai créateur du genre, ne nous est connu lui-même que par des imitations artistiques d'un avocat normand Jean Le Houx, lequel vivait dans la seconde moitié du xvi« siècle, plus de cent ans après Basselin ; et il nous est dilïicile de distinguer — à part la haine des Anglais et le thème de la supériorité de la boisson sur la femme — ce qui appartient au foulon de Vire dans cescritiques de l'eau et ces éloges du vin, du cidre, des ivrognes, rehaussés à chaque page de réminiscences horatiennes et ronsardiennes'. Ronsard, quand il a écrit ses premières odes bachiques, celles qu'il imitait d'Horace, savait-il par cœur quelques vaux-de-vire ? C'est possible, peu probable cependant. En tout cas, s'il les connaissait, il les a transformés singulièrement, et leur a donné une tournure littéraire bien avant Jean Le Houx.

En somme, la chanson à boire fut beaucoup moins cultivée que la chanson d'amour durant le Moyen Age et jusqu'au xvi' siècle. Si les trouvères en offrent quelques exemples, il n'y en a pas un seul dans l'œuvre des troubadours, ni dans celle de Charles d'Orléans, pas même dans leurs reverdies, où la joie du renouveau, où le Aune decel capul impedire tnyrto pouvait si aisément s'accompagner du I\'iir>c est bibendum. \\ faut arriver à l'époque de François I'"'' pour trouver des éloges un peu relevés de la « purée septembrale ». D'abord dans Cl. Marot — à tout prince tout honneur — la chanson : Changeons propos, c'est trop chanté d'amours, et l'épigramme (vraie odelette) du Remède contre la pesie-. Puis dans les anthologies publiées par Alain Lotrian, les huila\ns, Blanc et clairet sont les couleurs, Laissons Amour qui nous fait tant souffrir, A ce matin ce serait bonne estroine 3, et surtout la chanson De la bonne vinée^. Enfin dans Despériers le Chant de Vendanges ^ et dans Colin Bûcher la Célébration de la vigile Saint Martin^. On y sent déjà un heureux mélange des réminiscences gréco-latines et des mœurs françaises. Avec Silène et ses « flacons », avec Bacchus et ses « bouteilles », qui « charment la troupe des soucis », apparaissent le jambon salé, voire même le jambon de Mayence, et autres « avant-coureursdevin», dont parle souvent Rabelais '', le grand buveur touran-

1 Cf. Vaux-de-Virf d'Olivier Basselin et de Jean le Houx, par P. L. .Jacob (Paris. Delahays. 1868 ; Jean le Houx et le Va» de Vire 'thèse fr. d'A. Gasté, 1874). 2. Edition Jatinet. II, 191 ; III, 109. .3. Fleur de poi'sie fr 1543 . pp 19 23 et 27 de la réinipr. de Bruxelles, 1864.

4. Chansons nouvelles (1542\ p. 81 de la réimpr. de Genève. Gay, 1867. Cf. Tiersot. His(. de la chanson popul., chap. sur la chanson à boire, p. 221.

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