‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 423 sur 509 · Edition Lacour · texte numérisé non relu

Edition Lacour

6. Edition J. Denais, p. 191 : " Gentilz pions, aravs de la Bouteille... »

7 Par e.\. livre I, ch. m ;début) et ch. xxî ëU'. Cf. Despériers, éd. Lacour, I, 156; II, 265.

CE HONSARD POÈTE LYRIOl'E (Ode léçière) fil 9

geaii. Le « docte » Peletier écrit vers loiti, précisément à Ronsard « l'invitant aux champs » :

Une bouteille pleine Portons doncq' despoulletz.

De ce bon vin bourg'ois Et quelque gras jambon,

Nous ostera de peine Pour trouver le vin bon

En ces lieux villagois... Dedans les gobeletz'...

Et Ronsard continue la tradition marotique et rabelaisienne ; mais il l'ennoblit en la mariant en quelque sorte à la tradition grecque, ou, si l'on préfère, tantôt il hausse la chanson de ses prédécesseurs jusqu'au dithyrambe, tantôt il abaisse son dithyrambejusqu'à la chanson de ses prédécesseurs. Ce va-et-vient de la plaine aux sommets et dessommets à la plaine est très visible d'un bout à l'autre des Bacchanales de 1549. C'est là qu'après avoir décrit, entre autres choses plaisantes, les victuailles que ses condisciples de Coqueret et lui emportent dans leur promenade d'Arcueil,

Maint nacon. mainte gargouille,

Mainte andouille.

Espérons à piquer vin

Et ce hanap à double anse

Dont la panse Fait broncher ses compaignons ;

après avoir excité la joyeuse troupe à boire « cesbouteilles », à manger « ces corbeilles de jambons gras »,

De pastés, de pains d'espices,

De saucisses.

De boudins, de cervelas,

il entonne un hymne à Bacchus de plusieurs pages : « Evohé, père, il me semble I Que tout tremble... », énumérant à la façon d'un poète de la Grèce ou de Rome les exploits de ce dieu troublant, pour revenir ensuite au ton plus simple de la chanson à boire :

Je veux que la tasse pleine

Se promeine Tout autour de poing en poing, Et veux qu'au fond d'elle on plonge

Ce qui ronge Nos cerveaux d'un traitre seing.

Son Chant de folie à Bacchus contient de même, à la suite d'une imi-

1. Œuvres Poétiques 1Ô47 , \i. 98 de la réinipr. de l'aris, Hev. delà Henaiss , 1904.

talion de deux odes dithyrambiques d'Horace ', une scène qu'on pourrait croire inspirée par l'Anacréon grec si Ronsard ne l'avait pas écrite cinq ans au moins avant la publication de H. EsUenne 2, une scène que l'Anacréon latin pourrait à la rigueur lui avoir encore suggérée (la fin de la pièce vient certainement d'Horace)'', mais qui reproduit tout bonnement la réalité vue et vécue par le poète français. Les premières strophes invoquent le vainqueur des Indes, adoré à Thèbes ; ellesdisent l'agitation, le délire sacré du poète qui « voit » le dieu et son cortège, les Bacchantes, Silène; les Satyres, qui « entend le bruire des cymbales et les champs sonner Evohé* ». Puis, sans transition aucune, du mont Nysa, où nous nous croyions transportés, nous voici descendus dans la banlieue de Paris, ou dans le Vendômois, un jour de liesse publique. Ronsard s'installe sous une treille en berceau, à la porte de quelque auberge en renom, et il frappe sur la table avec son gobelet d'étain, menant grand tapage :

Qu'on boute du vin en la tasse.

Sommelier ! Qu'on en verse tant Qu'il se respande dans la place!

Qu'on mange, qu'on boive d'autant !

Amoureux, menez vos aimées, Battez et dansez sans séjour :

Que les torches soient allumées Jusques à la pointe du jour.

Sus, sus, mignons, aux confitures !

Le cotignac vous semble bon :

Vous n'avez les dents assez dures Pour faire peur à ce jambon.

Amis, à foice de bien boire,

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