‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 48 sur 509 · Cf. l'éd. Jannel, II, pp. 96 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. l'éd. Jannel, II, pp. 96 et suiv

2. Cf. l'éd. de ses Œiwres par Bl., VII, 180; Brantôme, éd. Lalanne, VIII, 127.

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valut plus encore pour le développement de son imagination, ce furent les divertissements féeriques dont il prit sa part lors du second mariage de Jacques V avec une autre Française, Marie de Guise, en juillet 1538 ; ce fut, dans l'été de 1539, son retour par l'Angleterre du sombre et voluptueux Henri VIII, auprès de son ancien maître le prince Charles ; ce fut, en décembre de la môme année et en janvier 1540, la marche triomphale de Charles-Quint à travers la France, événement considérable, occasion de fêtes étonnantes, dont il fut témoin à Loches, Amboise, Blois, Paris, Saint-Denis, Chantilly, Saint-Quentin ; ce furent, immédiatement après, les trois voyages que le prince Charles lui lit faire en Flandres, en Ecosse derechef, et en Allemagne, « ne voulant qu'un si beau naturel s'engourdist en paresse ».

Personne n'a remarqué l'importance que le voyage en Flandres put avoir dans la formation du génie de Ronsard ; personne n'a rappelé qu'il eut là des visions analogues à celles qui hantèrent le cerveau de son auteur favori, Jean Lemaire, natif du Hainaut et historiographe de Marguerite d'Autriche, et que son œuvre, au reste ni plus ni moins païenne que la sienne, a conservé des traces certaines de l'opulence, de la luxuriance verbale des Rliéloriqueurs flamands. Sur ce marché colossal de l'Europe, dans ces cités florissantes, habituées aux fêtes à grands spectacles par les ducs de Bourgogne, la sève de la Renaissance débordait autant qu'à Lyon ou à Florence. Ce peuple de marins, d'agriculteurs, de commerçants, d'industriels, ce peuple ingénieux et actif, ami du lucre et du confort, valait alors et dépassait même les Génois et les Vénitiens. Dans l'art de la musique, les Flamands étaient les premiers du monde civilisé comme clianteurs et instrumentistes ; pour le goût des kermesses, des défilés pompeux, des parades en costumes riches et voyants, ils n'avaient pas leurs maîtres ; leurs peintres étaient connus dès longtemps pour leur réalisme, la plénitude de leur relief, la force de leur coloris ; leurs architectes avaient atteint dans le gothique le comble de la variété et de l'expression ; à Valenciennes, à Bruges, à Gand, à Anvers, à Louvain, à Malines, à Bruxelles, formes, couleurs et sons, contrastes, nuances et harmonies, tout était fait pour charmer les yeux et les oreilles de Ronsard.

Durant la traversée de Zélande en Ecosse, une tempête de trois jours, si violente que le navire, à peine sorti des écueils, se brisa « en cent morceaux » à son arrivée au port, jeta dans ce concert d'impressions ses notes effrayantes et pittoresques, dont il est certain que Ronsard garda le souvenir bien gravé, ayant comme par miracle échappé au naufrage.

La forlune a sa part dans la formation du génie. Entre autres chances, Ronsard était au service d'un prince très intelligent et généreux,

De Charles en qui les Dieux

Tout leur mieux Pour leur chef-d'œuvre firent naistre.

Charles d'Orléans était bien supérieur à son aîné le dauphin Henri ; tous les historiens le reconnaissent et s'accordent à louer ce prince ; s'il eiU vécu, il aurait aidé sa sœur Marguerite à protéger les artistes et les poètes, encore mieux que ne le fit son père avec sa tante la reine de Navarre ; pour s'en convaincre, il suffit de lire les dédicaces qui lui furent adressées de 1540 à 1345, par exemple celle du premier livre d'Amadis de Gaule traduit par Herberay des Essars, celle des Azolains de Bembo traduits par Jean Martin, et celle de la Fontaine d'Amour '. Notre poésie doit beaucoup à ce prince, car c'est lui qui, distinguant les mérites de Ronsard, saisit, nous lavons vu, les meilleures occasions de l'instruire ; c'est encore lui qui le désigna en mai 1540 pour accompagner à Haguenau, comme secrétaire d ambassade, l'humaniste Lazare de Raïf, alors l'une des lumières des lettres françaises '-. Les chefs catholiques et les chefs protestants, entre autres Ferdinand d'Autriche et Calvin, se réunirent dans cette ville impériale pour trouver des moyens de conciliation. On y déploya pendant quelques mois, sous les yeux du futur poète, un grand luxe de diplomatie et d'érudition, dont à coup silr il profita plus que des discussions religieuses. Il ne se passait pas de semaine sans que notre all'able et docte ambassadeur reçût des visites où l'on s'occupait de littérature grecque et latine, plus que de politique et surtout que de théologie; la correspondance des savants venus à Haguenau nous apprend le sujet de quelques-uns de ces entretiens philologiques, et le iils de l'un d'entre eux, après de vifs remerciements pour « l'humanité » à lui témoignée par Lazare de Baïf, termine ainsi sa lettre : Satula meo nomine lutam luam

1. Recueil poétique de Cliarles Fontaine. Nous savons, d'autre part, que Cliarles d'Orléans avait pour livre de chevet Pétrarque (cf les Œunres de Saint-Gelais, éd. elzév., 11, 287). \'oir encore sur ce prince les Mémoires de Martin du liellay ; les Lfllres de Marguerite d'Angoulême ; Gaillard, Hist. de François /", I. IV, p. 341-345 ; Décrue, la Cour de France an Xi" F siéele, pp. 21 à 24 et p. 31. — Ronsard l'appelle, comme sa sœur Marguerite, « la colonne des Muses » (RI., 11, pp 137 et 299).

2. Sur les travaux littéraires et le rôle diplomatique de Lazare de Baïf, voir la traduction de la thèse latine de L. Pinvert (l'onlemoiiig, 1900). Du Rellaj- (Deffence et Illustration, H, chap. xn) et Ronsard (RI., II, p. 465) associent Laz. de Baïf et Budé dans la même admiration.

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familiam, prsesertim eos qui sunt sludiosi bonarum literaruni et mecum nonniltil commentati sunt K Parmi ces « studieux de bonnes lettres », il faut compter le médecin Charles Estienne « qui bien parlant estoit » et Ronsard « de qui la fleur un beau fruit promettoit » -. Ayant déjà quelque idée de l'antiquité par Virgile et Horace, Ronsard disait son mot de temps à autre, mais il écoutait surtout avidement et trouvait là comme un avant-goût de l'enseignement de Dorât. Lazare de Raïf eut ainsi tout loisir de reconnaître en son jeune attaché de précieuses qualités intellectuelles, et de le distinguer à son tour pour en faire à l'occasion le camarade préféré et comme le mentor de son propre fils.

De retour en France dans la seconde moitié de 1340, Ronsard vécut tantôt à la Cour auprès de son vieux père et de son frère aîné, tantôt à la Possonnière, où sa mère se relirait, probablement, quelques mois de l'année au moins 3, où il aimait, lui, à courir librement, à se reposer en pleine nature de la vie de perpétuelle représentation qu'il devait mener à Paris et dans les résidences royales de province. Il jouissait dès lors en épicurien de cette nature moyenne, de ces ombres rafraîchissantes, de ce farniente au bord des rivières ou au fond des bois, dont les charmes s'étaient précisés dans son âme, depuis qu'il en avait trouvé l'expression poétique chez Virgile et Horace. Il emportait ses auteurs avec lui, et quand ses yeux quittaient la page, c'était pour admirer, sur le vif, des horizons analogues à ceux dont il venait délire la description ; la transcription s'imposait à son esprit : le Loir, la Braye devenaient les émules du Mincio ou de l'Anio ; les coteaux de Poncé ou de la Denysière valaient ceux de la Sabine ; la source de la Rellerie bruissait à l'égal de celle de Bandusie, et les vallons de la forêt de Gastine correspondaient à ceux deTibur; Nymphes et Faunes déroulaient aussi leurs chœurs harmonieux au clair de lune sur cette terre fortunée du Vendômois * et, comme il l'écrivait peu après à son compatriote René Macé, les Muses et les Grâces avaient quitté les cimes de l'Hélicon pour venir habiter là s. Et déjà Ronsard, âgé de seize ans, rêvait à quelque bergère entrevue dans les prairies parmi les saules, à quelque paysanne employée à la moisson ou aux vendanges, qui lui

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