INTRODUCTION XV
de l'école marotique; elle avait paru à la fin de 1547, dans le recueil des âFuurespoëh'^Mes de Jacques Pelelier, un disciple, un admirateur de Marot ; elle s'était présentée sous ce titre qui n'avait rien de provocant ni de prétentieux : « Ode de Pierre de Honsart à Jacques Peletier, Des beautez qu'il voudroit en s'Amie. » Comment Sibilet eût-il pu soupçonner que Ronsard se déclarerait peu de temps après un ennemi des poètes marotiques? Et puis, qui connaissait Ronsard en juin 1348 dans le monde des poètes, à part quelques intimes, tels que Peletier, J . Martin, Bertrand Berger, Théodore de Bèze? Tout au plus avait-on pu remarquer son ode comme l'œuvre d'un amateur bien doué; mais qui eût dit que deux ans plus tard il deviendrait d'emblée le chef d'une école nouvelle, radicalement hostile au passé ?
Nous ne croyons pas que Sibilet, en rapprochant dans un même chapitre le Cantique, l'Ode et la Chanson, commençait une « habile manœuvre ». Il exprimait seulement, sans arrière-pensée, une vérité d'esthétique, à savoir que le Cantique, l'Ode et la Chanson peuvent être considérés comme des variétés d'un même genre lyrique, et se confondent assez souvent; il constatait, non moins simplement, un fait historique, à savoir que l'idée première de l'Ode remonte à Cl. Marot ; il aurait pu ajouter (comme il le pensait sans doute) que le germe de l'idée remonte bien au delà, car dans l'art comme dans la nature rien ne se crée, tout se transforme. Voici du reste en entier ce chapitre curieux, qui doit figurer au début de toute élude sur l'Ode française ' :