‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 5 sur 509 · XIV LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD · texte numérisé non relu

XIV LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD

auprès de l'épigramme, de l'élégie, du sonnet et de l'ode ; le rondeau, le lai et le virelai y figuraient encore, bien que Sibilet ne se fit pas d'illusion sur la durée de leur existence. Le ton de l'auteur était libéral, bien que ses tendances vers des formes d'art encore peu pratiquées et vers une conception plus élevée de la poésie fussent très sensibles. Il n'excluait du Parnasse aucune personne ni aucun genre ; il se bornait à constater que certaines habitudes de rimer sentaient leur vieux temps et à souhaiter moins de « rimeurs » et plus de « poètes » véritables. Il se faisait le modeste interprète des opinions courantes et de celles qui commençaient à se faire jour ; il écrivait seulement « pour l'instruction dés jeunes studieus, et encor peu avancez en la Poésie françoise ». Les modèles qu'il leur proposait, avec raison, étaient Clément Marot, Mellin de Saint-Gelais, Hugues Salel, Antoine Héroët, Maurice Scève, a et telz autres bons espris qui tous les jours se donnent et évertuent à l'exaltation de cette françoise poésie pour ayder et roborer de leur invention et industrie son encore imbecille jugement ».

Quant à prévoir la soudaineté du mouvement irrésistible qui, dans les dix-huit mois suivants, allait discréditer pour longtemps et faire disparaître les vieux genres de poésie chers aux Rhétoriqueurs et aux Marotiques, il ne le pouvait pas à cette date ; il ne pouvait pas se douter qu'une « troupe de jeunes studieus encor peu avancez en la poésie françoise » préparait au collège de Coqueret une révolution violente ; que, dès le mois de mars 1549, l'un d'eux, Joachim du Bellay, publierait un manifeste hautain et agressif, condamnerait sans ménagement la moitié de son Art poétique, et, renchérissant sur l'autre moitié, prétendrait accaparer pour ses amis et pour lui le bénéfice des nouveautés qu'elle contenait; qu'un autre enfin, Pierre de Ronsard, en janvier 1550, revendiquerait pour sa part, avec non moins de fracas et de fierté, le privilège exclusif d'avoir inventé l'ode.

Il nous est donc difTicile départager l'opinion exprimée par M. Henri Chamard dans une étude pourtant très documentée, à savoir que Sibilet a « tenté » en 1548 d'enlever la « trouvaille » de l'ode aux élèves de Dorât pour en faire profiter Marot et ses disciples *. C'est, à notre avis, le contraire qui eut lieu ; ce sont les élèves de Dorât qui en « dépouillèrent à leur profit » Marot et ses disciples. Comment Sibilet aurait-il pu chercher à léser des adversaires qui n'existaient pas encore ? Ronsard avait bien publié une ode, mais elle était dans le goût

1. Reoued'Hist. lill. de la France, 1899, pp. 21-54, article sur l'Inoention de tOde et le différend de Ronsard et de Du Bellay.

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