Bl., II, 311, V.6. Cf., ci-.iprès, ch. u, S 1, p. ^i
6. 11 figure parmi les compagnons du Vogage d'Hercueil (du moins dans le texte primitif) et Dorât écrit à sa requête au début de 1550 une ode alcaïque en l'honneur de la feue reine de Navarre.
7. C'est à « Mademoiselle sa Valentine » que Denisot a dédié ses Noëls et il en parle encore dans le dizain liminaire Au détracteur. D'après llauréau (Ilist. litt. du Maine, t. 111, Denisot l'aurait oubliée en quittant Paris pour l'Angleterre ; mais il n'en est rien, car on retrouve sa trace dans V Ilecatodistichon des sœurs Seymour (mai 1550), où l'on peut lire un distique latin de sa composition; et ce fait confirme notre opinion sur la date de 1549 assignée à l'ode de Bonsard. — Sur Denisot et sa bibliographie, cf. Chamard, thèse fr., p. 85; j .ajoute qu il signait parfois de la devise : In otio nego- (iimi, et qu'il mourut sûrement dans la 'i" moitié de 1559, puisque le Tombeau de Henri II contient une épitaphe que Ut Denisot « quelque temps avant qu'il mourût ». Voir encore la thèse de Cl. Jugé sur Nie. Denisot ;1907, l'ac de Caen).
Bourbon, alors lieutenant général en Picardie, ou par le dauphin Henri i. Dès lors son ambition grandit : désolé de rester inaclifà la Cour, il eût voulu être chargé d'une mission diplomatique ou militaire. Ronsard, auquel il avait fait part de sa déception, cherclie ù le consoler dans l'ode 12 du Bocarje, tout horatienne -. L'ode 17 du liv. III, où Ronsard, toujours d'après Horace, l'invite à dîner et à chasser les soucis dévorants, peut dater de 1344 aussi, ou de 1543. Vers la même époque, dans l'ode 18 du même livre, sûrement antérieure à l'imitation de Pindare et au projet de la Francinde, il s'excusait à Charles de Pisseleu, comme Horace à Agrippa, de ne pouvoir aborder en vers les sujets guerriers, et ajoutait :
Vos vertus, grâces, et mérites Seront dites
Par un Maclou mieus fortuné '.
Le 7 juin 1S46 la paix d'Ardres était signée entre François I" et Henri VIll *; h cette occasion Ronsard adressait à son ami l'ode horatienne, Il csl maintenant tcns de boire (n° 4 du même livre). Puis M. delà Haye voyagea en Espagne et en Italie ; nous le savons par ses Œuvres poétiques •'• ; d'autre part, l'ode 13 du liocuge, qui est delà fin de 1S47, nous apprend qu'à celte date il était à Rome « pour le roi » ; c'est probablement pour fêter le retour de cette mission que Ronsard écrivit l'ode horatienne Fai refreschir le vin {a° il du liv. II). M . de la Haye put alors courtiser à loisir une belle Vendômoise, dont il s'était épris avant ses voyages et qu'il épousa *■ ; cette passion l'avait
1. M. de la Haye déclare, au début de ses Œuurcs poëliques (1553), qu'avant de chanter l'Amour, il " a fait chacune à part bruire en la terre » la Guerre, puis la Paix de 1550, « à haute voix encore retentissante >' Epit. dédie, à Henri II, et (Ihant d'Amour). Nous possédons le Chant de la Pai.r. Le Chant de la (hierre ne nous est pas parvenu ; mais d'après ces passages il a été certainement imprimé. Du Bellay en parle ainsi dans sa Musagnaoïnachie : « Voici Maclou qui accorde | Le fer, le feu, la discorde | D'un pouce non endormi | Foudroyant dessus sa corde | L'Anglais, jadis ennemi. »
2. Cette ode : Ami, l'anti des Muses, est rangée parmi les premières qu'écrivit Ronsard, d après une note du poète lui-même. V. ci-dessus, pp. 'Mi et 37.
3. Avanl-dernière strophe en 1550 (omise par Bl., II, 418-19). Cf. liev. d'Hist. litt., 1903, p. 77, u. 1.
4. Pour cette date, voir Léonard, fiecuei/ des traités de paix, t. II, p. 458, et DumonI, Corps diplomatique, t. IV, 2" partie, p. 305. Le millésime 1545 qui suit le titre de l'ode de Ronsard dans l'éd. princeps est une faute d'impression. Marty-Laveaux, en h» datant de 1544 (VI, p. 111), a reproduit une autre erreur qui vient des éditions de 1617 et 1623.
5. V. notamment le Chant d'amour, S 14 v» et 15 r". Les Œuvres poétiques de Maelou de la Haye, l'ieeard, valet de chambre du Uoi, ont paru en juin 1553 R. Arsenal, B L., 6478, Rés.).
6. La femme qu il a chantée, et épousée, s'appelait Jeanne des Monts; elle habitait un peu en aval de Vendôme. Il trouva près d'elle le ■• jardin de repos », quand il eut été « adopté », c est-â-dire fixé à la Cour comme valet de chambre, par un « dauphin de l'onde britannique », autrement dit par le futur Henri II, duc de Bretagne, ou par
DE l'cEUVRE lyrique DE RONSARD 53
attiré aux environs de Vendôme, et c'est là que Ronsard prie les eaux du Loir d'aller saluer « son La Haye » ; je ne crois donc pas téméraire de dater de 1347 ou i8 l'ode .4 la Source du Loir (n" 13 du livre IV). Enfin La Haye dut publier son poème sur la guerre anglo-française en 1348 ou 49 (alors que Henri II se préparait à reprendre Boulogne) et Ronsard écrire pour le l" mai de l'une de ces années l'ode 16 du iiv. Il, où il prie Ciio, la muse de l'Histoire, d'amasser des (leurs en l'honneur de son ami, puis d'en faire une couronne,
Pour ombrager son front sçavant.
Nous avons dit que presque toutes ces odes ont une source latine, le plus souvent horatienne. Mais le ton en est assez varié : les unes sont franchement erotiques ou bachiques, les autres développent la morale stoïco-épicurienne de Vindolentia, d'autres enfin témoignent d'une fierté plus ou moins légitimée par l'espoir du succès ou les premières voix de la renommée. D'une façon générale, un changement très notable se produisit vers la fin de 1543 dans les aspirations et le ton de Ronsard: l'enseignement enthousiaste de Dorât le grisa littéralement, les odes de Pindare, qu'il commençait à imiter, lui inspirèrent un orgueil transcendant, et la modestie des premières années fit place à une outrecuidance inouïe.
Jusque-là sa seule ambition avait été d'égaler Marot et d'atteindre, en imitant Horace, le succès du poète de cour qui venait de traduire les Psaumes en strophes lyriques ^. Dans l'ode 29 du livre II, il avait qualifié « excellent poète historiographe françois » son compatriote Frère René Macé, héritier des Rhétoriqueurs, continuateur de Guillaume Crétin, et s'était incliné humblement devant sa « grave héroïque Muse » :
Cependant que tu nous dépeins Des François la première histoire Desensevelissant la gloire Dont nos aieus fm-ent si pleins,
son Bis aîné, Frani;ois, qui reçut ce titre en naissant. Ces faits ressortent de maints passages des Œuvres poétiques. Cf. ma note conjecturale de la Fiev. dHisl. lilt. de 1902 p. 77, confirmée par des actes que M. Martellicre a publiés dans les Annales fléch. de juillet 1907. — Ou retrouve M de la Haye à la suite de la Cour en 15Ô3 ;H. Potez, Rev. d'Hist. litl., 1906, p. 498 . 11 vivait encore en 1589, mais Ronsard semble lavoir négligé après 1553 ; non seulement il ne lui adresse plus aucun vers, mais après 1560 il retrancha de plusieurs passages de ses ttuvres le nom de cet ami de jeunesse. 1. Cf. ci-dessus, pp. 18-19.
Horace, et ses nombres divers Amusent seulement ma Lire
Mais moi, petit et mal apris, Aiant basse et povre la veine, Je façonne avec grande peine Des vers qui sont de peu de pris
Dans l'ode 19 du livre II, il avait déclaré qu'il se contenterait de chanter sa maîtresse à l'exemple d'Horace, et s'adressant à sa « guiterre » :
Tu es des dames pensives L'instrument approprié Et aus jeunesses lascives Consacré et dédié.
Leurs amours, c'est ton office Non pas les assaus cruels, Mais le joieus exercice Des soupirs continuels -.
Dans l'ode 18 du livre III il avait également répondu aux reproches amicaux de son cousin Charles de Pisseleu, qu'il n'était pas fait pour traiter les grands sujets, ni l'épopée, ni la tragédie, ni l'ode héroïque, et qu'après avoir consulté ses forces il s'était arrêté à l'ode badine :
Ma petite lirique Muse
Ne m'amuse Qu'à riiumble vers où je suis né.
Les autres de Mars diront l'ire,
Mais ma lire Bruira l'amour qui me point '.
1. BI., II, 408. — René Macé, moine bénédiclin de Vendôme, avait succédé à Crétin comme chroniqueur de France en 1525; lui -même le dit dans le prologue présenté à François l^"" en mars 1526. Dès 1529, Geoft'roy Tory plaçait au-dessus de l'Iliade la Chronique rimée de Macé, qui est restée manuscrite [Chainpfleury, (' 3 r»). En 1532 Ant. du Saix préférait à Homère et Virgile « le grand Henay- Macé » (Esperonde discipline, in fine) et en 1537 le comprenait parmi les <> maislres jurez et coronnez en l'école de Minerve » (dédicace de la Touche naifve). Très admiré aussi de Colin Bûcher, en revanche il n'était pas aimé de -Ican Bouchet. qui avait eu vent de ses médisances (Epitrcs familières LXVI et LXVIIi. G. Rayiiaud a publié en 1879 le Voyage de Charles Quint par la France, poème de Macé en 1700 décasyllabes, avec une Introduction et des Notes. — R. Macé avait environ 25 ans de plus que Ronsard.
2. BI., II, 388. De quelle maîtresse parle-t-il dan.s cette pièce ? Est-ce Rose, comme pourrait le faire croire le dernier quatrain, ou bien déjà Cassandre, dont le nom se joint en chilTre au sien u en mains laz d'amour >* sur le fût de sa « guiterre » ? Si c'est Cassandre, Iode ne peut dater que du milieu de 1545.
3. BI., II, 418-19. Les premiers vers de ma citation n'existent que dans l'édit. princeps, avant-dernière strophe. — Charles de Pisseleu, auquel Ronsard lisait ses essais manuscrits avant 1545. et qui l'exhortait déjà à renoncer à la poésie légère pour tenter une œuvre de plus grande importance, fut le premier abbé commendataire de Bourgueil, et cela dès 1541, d'après les baux de celte abbaye qui sont aux Archives dép. d'Indre^
DE l'œuvre lyrique DE RONSARD 5S
Il terminait ainsi l'ode 7 du Bocage :
. . . Où cours tu, Muse?
Repren ton stile plus léger, Et à ce grave ne t'amuse ' .
On dira que ce sont des imitations d'Horace. Sans doute ; mais n'est-ce que cela ? Ronsard se fùt-il souvenu de l'ode à Poliion, ou de l'ode à Agrippa, s'il n'y avait pas trouvé l'expression d'un sentiment personnel? Se fùt-il ainsi rabaissé bénévolement, s'il s'était cru appelé à de plus hautes destinées?
Eu 1313 il s'adonne d'une façon constante à l'étude de la poésie grecque ; il traduit Homère et Pindare, ou plutôt les entend traduire et commenter par un maître qui sait en faire valoir les beautés. Le voilà transformé. Il songe alors à écrire des odes héroïques, même une épopée. Ses prédécesseurs ne sont plus que des ignorants; leurs œuvres, de la prose rimée qui lui semble insipide. Marot lui-même, pourtant le meilleur poète de la précédente génération (Ronsard le reconnaît), n'a pu s'élever au sublime, faute d'érudition et d'industrie ; sa Muse, trop simple, trop nue, trop facile, trop vulgaire, est restée inférieure aux grands sujets -. Le poète digne de ce nom doit être un savant et un artiste; il doit mépriser l'opinion de la foule, car il pense et il écrit autrement qu'elle; il doit surtout traduire ses conceptions en une langue particulière et « rare », accessible seulement à un petit nombre d'initiés ; « interprète » ou « ministre » des Dieux, « prêtre » d'Apollon, il « prophétise » et rend des « oracles », auxquels ne messied pas une mystérieuse obscurité 3. Ronsard, qui croit avoir le premier découvert des sources d'inspiration jusqu'alors inconnues, se flatte d'être ce poète-là, que la France attend encore ; et, non content de se promettre l'immortalité, il l'assure à tous ceux qui ont la bonne fortune d'être loués dans ses vers :
Le compaignon des Dieus je vante
Celui qui se peut faire ami
Du lue Vandomois qui le chante '•..
et-Loire, Il devînt évêque de Condom vers 1544, d'après la Gallia Christiana, II, 968, en 1545 d'après le P. Anselme. Hist. géiiéaLt VIII. 47G. C'était un des frères de la fameuse duchesse d'Elanipes, Anne de Pisseleu, favorite de François I'^''. On comprend que Ronsard lait choisi pour conlident et lui ait dédié trois odes de 1550, dont l'une est extrêmement flatteuse 18 du liv, II). Il était au reste son « parent w, s'il faut en croire Belleau iBl., I, 148, note). V. ci-après, ch. III, § 3.