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En fallait-il davantage pour se créer une véritable cour parmi les auditeurs avides de renommée qui se pressaient à Coqueret ? Quand notre poète se proclamait le « mignon » des Muses, le « nourrisson » de Calliope, qui eût osé protester? Quand il paraphrasait à tout venant VOdiprofanum vulgiis de son auteur favori, qui n'eût pas souhaité d'être admis dans le temple? Son audace et sa confiance en lui-même croissant de jour en jour, il s'imposa bientôt à son entourage et devint ainsi chef d'école. Qui sibi fidit Dux régit examen.
Donc, depuis la première ode A sa Muse (-21 du livre II), qui marque l'origine de ce changement, et date selon toute vraisemblance de Vôio :
Grossi-toi ma Muse Françoise Et enfante un vers résonant Qui bruic d'une telle noise Qu'un fleuve clel)Oidé tonant. ..,
jusqu'à l'ode .1 sa Lire (10 du livre I) et la deuxième ode A sa Muse (18 du livre IV), qui sont des Exeiji monumcntum évidemment composés vers la fin de 1349, Ronsard a écrit toute une série de pièces hautaines et révolutionnaires, qui contribuèrent plus encore que les autres à fonder sa réputation. Ce sont les pièces 14, 15, 16 et 19 du livre I, 2 du livre 11, 12 et 27 du livre lll, 2 et 17 du livre IV, auxquelles il convient d'ajouter treize des odes pindariques proprement dites qui sont au livre I, ainsi que les pièces 1 du livre II, 14 du livre III, 4, 11 et 16 du livre IV, qui contiennent ou des imitations indirectes, ou la simple mention de « son Pindare ».
Nous essaierons tout à l'heure de préciser la date des odes pindariques, comme nous l'avons fait pour la plupart des odes horatiennes ; mais il faut d'abord accorder une attention particulière à l'ode 4 du livre IV, Au pais de Vandomois [l'auteur] voulant aller en Ilntif. Elle prouve, en effet, que Ronsard eut bien plus tôt qu'on ne croit l'ambition d'être l'Homère français. Quand j'aurai foulé, dit-il, la terre sacrée des Muses, les beaux vers d'Horace ne me suffiront plus.
Ne la Thebaine grâce Nourrice de mes ans :
Car ains que tu reviennes, Petite Lire, il faut Que trompe tu deviennes Pour bruire bien plus haut.
Et dans la strophe suivante il rêve déjà de célébrer en vers épiques les exploits guerriers d'Antoine de Rourbon-Vendôme, lieutenant général
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du roi en Picardie \ et ceux de son frère cadet, François de Bourbon- Enghien, le héros de Cerizoles -. Que nous voilà loin des odes où il abandonnait la gloire de l'épopée à un René Macé, à un Maclou de la Haye-''! Et pourtant je crois que l'ode en question ne leur est guère postérieure et qu'elle remonte au printemps de lo4o. En efTet, du jour où notre poète fut initié à la « thébaine grâce »,autrementdit à la poésie de Pindare, jusqu'à l'apparition des Odes, je ne vois que trois moments où il ait pu nourrir l'espoir d'aller en Italie : 1° en avril loio, alors que François ^''projeta de se rendre avec toute sa cour à Milan et à Venise * ; 2° en juillet 1547, lorsque Jean du Bellay fut envoyé à Rome auprès du pape Paul III, dont on croyait la mort prochaine ; 3° en juillet 1548, lorsque Henri II se rendit en Piémont, d'où il revint en septembre pour les fameuses fêtes de Lyon et pour le mariage d'Antoine de Bourbon, qui eut lieu en octobre à Moulins ^. On peut hésiter entre ces trois dates, mais je penche plutôt pour la première, parce qu'en avril 1545 les victoires des Bourbons étaient encore retentissantes, surtout celle de Cerizoles, et que ce fait m'aide à comprendre que Ronsard lésait choisies un instant pour sujet de ses futures poésies épiques ^. Au reste, notre poète n'alla pas en Italie''; il se contenta de chanter le vainqueur de Cerizoles « à la thébaine mode ». C'était déjà une entreprise assez hardie et sa lyre n'eut pas besoin de se changer en « trompe » pour rendre, comme il le souhaitait, des sons hauts et graves, qui n'étaient point du tout vulgaires.
1. En 1542, Ant. de Bourbon avait pris Enguinegatte, la Montoire,Toiirnehem, Saint- Omer, Bélhune, el avait forcé le comte de Rœux et les Impériaux à battre en retraite. Au printemps de 1543, il rejoignit le roi à Cateau-Cambrésis et contribua à la prise de Landrecies. Au printemps de 1545, il tenta vainement une descente en Angleterre
Mémoires de Martin du Bellay .* Correspondance d'Antoine de Bourbon ; Bulletin archéol. dit Vendômois année 1878, pp. 24 et suiv., 257-58).
2. 11 comprend sans doute aussi parmi les « princes de Bourbon •> leur père Charles de Bourbon, duc de \^endôme. nommé gouverneur militaire de Picardie en 1531, mort à Amiens en mars 1537, pondant la guerre de Picardie '.UemoiVi'S de Martin du Bellay).