‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 81 sur 509 · II, 458. C'est le n" 2 du livre IV' en · texte numérisé non relu

II, 458. C'est le n" 2 du livre IV' en

G L'Hospital et Morel furent nommés et remerciés pour la première fois dans le Ciiiqaiesnie Hure des Odes, de 155'2.Du reste ils défendirent R. contre la tactique personnelle de Saint-Gelais, que R. ne désigna nommément comme son envieux qu'à la fin d'un l'hymne > publié en mars 1551 (v. ci-après, ch. il. g§ 1 et 2i. Au contraire, d après les Odes de 1550, Bouju défendit R contre des critiques collectives, et dans ce recueil R. ne nomma aucun envieux en particulier ; il se contenta d'englober tous les poètes niai-oliques dans le même mépris, y prenant publiquement l'offensive, ne l'oublions pas, ainsi que Du Bellay dans la De/J'eiice.

7. Sur Bouju, v Chamard. thèse fr., p. 213. Outre sa fonction de maître des requêtes de la reine, il devait être attaché à la sœur du roi, d'après les vers que Du B. lui consacre dans la Musa(jnœoniacIiie. Nommé conseiller au Parlement de Paris en sept. 1554, il se démit de sa charge en déc. 155S Fr. Blanchard, Catalogue des Conseillers au Pari, de Paris . Il devint alors Président duParl. de Bretagne : il mourut en 1577. — lia laissé dans le Tombeau de Marguerite de Valois 1551 un dizain, un douzain et un onzain ; d'autre part une de ses épigr. lat. nous a été conservée par Se. de Sainte-Marthe (Elogia, Bugius'i. une autre par ,). Douza à la suite de son Pétrone C. Ballu, Rev. de la iîen., juillet 1904 ; et c'est tout. Son talent poétique ne devait guère mériter les louanges hyperboliques de Ronsard ; aussi dés 1553 celui-ci, qui n'avait plus besoin de sa protection, supprima-til des Oiies le n'2 du liv. IV : Cetui-ci en vers les gloires.

IIERIÎE DE RONS.IKD. 5

monde » la gloire de Carnavalet, comme il se vantail presque en même temps de publier les vertus de Mad. Marguerite « par la terre universelle », et de l'aire connaître Bouju « par l'univers «. Ensuite, c'est la seule pièce où il s'excuse d'avoir si longtemps tardé à payer sa dette poétique, ce qui n'est pas une simple imitation de Pindarc, mais l'expression d'une réalité '. D'autre part, pour admettre les éloges de l'épode I, il faut donner à Carnavalet l'âge le plus grand possible. Né en 1520, il avait alors près de trente ans, et pouvait être loué à bon droit comme savant, comme précepteur, comme écuyer ; Ronsard a l'ait ressortir cette dernière qualilé, son ami étant connu en l.'iiO surtout comme premier écuyer de Henri 11. Enfin, Carnavalet est le seul personnage qui soit nommé avec le roi dans V Hymne de France, publié vers octobre, et là encore c'est son habileté d'écuyer que Ronsard porte aux nues^.

Resle parmi les odes pindariques du recueil de 1550 celle qui est adressée A Jan Martin. Cet architecte poète, qui avait traduit en i'rnnçd.\s y Arcadie de Sannazar (1544), les Azolains de Bembo (1545), VAi-chilecture d'Alberti et celle de Vitruve (1547), partageait l'enthousiasme et les ambitions de la jeune école, qui lui en était reconnaissante-'. Toutefois, avec certains autres poètes de la génération précédente, qui encourageaient la poétique nouvelle et s'y ralliaient, il regrettait les obscurités de Ronsard, qui lui avait communiqué son manuscrit. Comprenant le préjudice grave qui en résulteiailpour la gloire du poète, il tenta d'y remédier et obtint de lui — non sans résistance, on peut le croire — la publication de notes explicatives à la fin de son recueil. Ce premier commentaire de l'œuvre de Ronsard, intitulé Brève exposition de quelques passaijes du premier livre des Odes, est signé des initiales 1. M. P., qui pour nous, sans aucun doute, désignent Jean Martin Parisien ''. Or il est vraisemblable que J. Martin suivit en cela

1. Il V revient par trois fois (Bl., II, 58,(i2,G3 .Cf. Piiulare, AVni.,111, versSO ; O/ym;)., XI, début.

2. Bl., V, 28(). — D'après Binet, Ronsard et Carnavalet s'étaient connus aux Ecuries royales dès 1.539, puis, à partir de 1.544, Carnavalet avaitaccompagnè Ronsard aux leçons de Dorât. — \'. sur ce personnage mon édition critique de la Viccle Ronsard, Commentaire.

3. Du Bellay l'avait compté parmi les connaisseurs dont il voulait être lu Ipréf. de la 1" édition deVOlive) et devait le compter encore parmi les adversaires de l'Ignorance [Miisaçinœomaclïie).

4. Cette interprétation des initiales I M. P. n est pas seulement fondée sur l'opinion de G. Colletet [Vie de ijonsnrd, publiée par Blancheniain en 1855, p. 73 ; Vie de J. Martin, fragment publié en 18(58 par A. Rochambeau dans la Famille de Honsarl, p 23G:i, mais sur ce fait que J. Martin avait déjà placé à la fin de sa trad. de VArcadie une « PZxposition de plusieurs motz contenus en ce livre, dont l'intelligence n'est coninnine ». — .Sur .1. Martin, on peut consulter Hauréau, llisl. litt. du Maine, t. IV, art. « Pelelier ï ; Pierre Marcel, L'n uulgarisateur : Jean Martin {Paris, Garnier ; J. Marsan, //lésc fr. ,1905), p. 146.

DE L OEUVRE LYRIQUE DE RONSARD b/

l'exemple de Jean Proust qui avait écrit pour le Recueil de Poésie de Du Bellay, paru au mois de novembre précédent, une Brieve exposition de quelques passaiges poétiques les plus difficiles. Donc l'ode en question, qui nous semble être un remerciement de Ronsard h son collaborateur, aurait été écrite tout à fait en dernier lieu, soit ci la fin de 1349, soit au

début de 1330 '.

La Brève exposition de Jean Martin, dont nous avons publié le texte in extenso "-, se terminait ainsi : « Je t'assure, lecteur, que je m'efTorcerai (quand ce ne seroit que pour faire crever les envieus) de commenter plus diligentement le reste, et ensemble les autres livres, que l'auteur, mon familier ami, m'a promis, Dieu aidant, mettre bien tost en lumière ». Mais J. Martin n'exécuta jamais son projet. Non seulement il ne commenta pas les autres pièces de ce recueil, ni celles qui parurent dans la suite jusqu'en 1333, année de sa mort •'', mais sa Brève exposition disparut dès la réimpression des Odes qui suivit cette mort, c'est-à-dire dès janvier 1353. Ronsard avait goûté sans doute médiocrement le zèle maladroit de cet ami, dont le « petit labeur », loin de « faire crever les envieus », ne pouvait que les réjouir, et qui, avec l'intention de défendre la cause du poète, donnait en fait pleinement raison aux représentants de l'aacienne école par cette déclaration initiale : « Lecteur, j'ai bien voulu dépandre quelques heures oisives, pour te déclarer une douzaine de passages, à mon jugement les plus dilTiciles du premier livre des Odes de Ronsard, m'assurant que telle diligence ne te pourroil apporter qu'un grand soulagement, et à moi plaisir, de t'avoir fait entandre ce que l'auteur épris d'une trop vergongneuse honte, vouloit à ton dam, et au sien, tenir sous silence sans le te communicquer ». On comprend que Ronsard ait trouvé ce pavé un peu trop lourd, et profité de la première occasion pour s'en débarrasser.

11 dut au contraire juger agréables et opportuns les vers élogieux que lui adressèrent d'autres lecteurs enthousiastes de son œuvre manuscrite et qui furent insérés en tête et à la fin des Odes de 1330. La publication de ces sortes d'hommages n'était que plaisir et profit pour tous : le poète y était encensé, et ses liiuriféraires, outre qu'ils pou-

1. On objectera que l'ode ne contient aucune allusion au commentaire. Mais on pourrait en dire autant des //es Fortunées i\ue Ronsard adressa en 1553 à M. A. Muret; ot cependant M. Dejob {ihèse fr., p. 28: n'a pas bésité à y voir la juste récompense du Commentaire des .4moiirs, paru dans le même recueil que ce poèrae. V. ci-après, p. If2.

2. Reuiiv d'iiist lill. d'avril 1ÏI03, pp. 2r>7 et suivantes.

3. Ronsard a publié VEpitafe de J. Martin au mois d'août 1553, à la (in de la 2^ édition du Cinqitiesnie livre des Odes.

valent s'attendre à une réponse flatteuse, couraient ainsi la chance de passer du même coup à la postérité. Nous avons déjà parlé d'un distique grec de Dorât et d'un sonnet de Du liellay, qui figuraient en tête du recueil K Le volume se terminait par quatre sonnets, de J. A. Baïf, de Robert de Rivaudeau -, de J. F. de Mesmes ■* et de A. de la Fare '', des distiques latins et grecs de P. Le Fcvre ■"', de Dorât et de Baïf, et deux odes latines de Dorât ^', — dans lesquels professeur, condisciples et amis proclamaient à l'envi, comme pour résumer fortement l'opinion qu'on devait se faire de l'œuvre nouvelle : « Gloire à Ronsard, élu d'Apollon, héritier des poètes grecs et latins, qui égale et surpasse les Anciens en les imitant ».

Nous verrons plus loin jusqu'à quel point ces éloges étaient mérités. Il suffit ici de constater que Ronsard était déjà célèbre avant la publication de son premier recueil. Nous en avons donné plus d'une preuve et d'une explication. Trois odes de 1549 ne laissent aucun doute à ce sujet, la dernière du livre I et les deux premières du livre 11. L'une d'elles nous apprend même que notre poète était déjà le chef incontesté d'une nombreuse école: Ne fais pas mentir la renommée, dit-il a sa lyre ; tu plais à ton roi, à sa province,

Et mile fuient épris De contrefaire ta grâce.

Et suivaiis ta mesme trace De cmnre après se sont pris '■

Quelques mois encore et il sera sacré le « Prince » des poètes lyriques 8, non d'ailleurs sans une vive protestation de quelques Marotiques attardés et de leur représentant le plus autorisé à la Cour.

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