‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 9 sur 509 · XVI LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD · texte numérisé non relu

XVI LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD

Desquelz je ne t'escriroie icy nesun *, pource que la forme de l'un ne t'enseigne point la droitte façon dés autres : à raison que tu peus faire le Cantique de télé sorte de vers, soient. petis ou longs ou inesléz, et de télé ryme que tu voudras, maisque avec proportion, encor tant longs et tant cows qu'il te plaira : car n'y a rien de limité : mais à fin que tu n'en desires exemple, pren cestuy de Marot :

Dieu qui vouluz le plus haut ciel laisser -... « Ce poème est Cantique, comme Marot mesmele nommeau huittiéme vers devant la fin : et est fait en ryme platte, distinguée autrement par quattrains. Lés Cantiques de luy pour la pais ont quasi semblable forme 3 : mais celuy de la Royne Eliénor pour la convalescence du Roy François malade, commençant :

S'esbahyt-on si je suis esplorée, etc. * Un autre à la Déesse Santé pour le Roy malade, commençant :

Douce Santé de Langueur ennemie, etc. ' Et un autre imprimé entre les élégies, qui toutesfois est vray Cantique, qui dit:

Filz de Venus voz deus yeus desbendés, etc. '

ont toute autre forme de ryme et de coupletz. Et pour cela t'ay-je dit que le Cantique est variable en sa forme et structure.

« Le Chant lyrique, ou Ode, (car autant vaut à dire) se façonne ne plus ne moins que le Cantique, c'est-à-dire autant variablement et inconslamment : sauf que lés plus cours et petis vers y sont plus souvent usités, et mieus séans à cause du Luth ou autre instrument semblable sur lequel l'Ode se doit chanter. Aussy la matière suyt l'effet de l'instrument, qui comme le Chant lyrique, et l'Ode comme l'instrument exprime tant du son comme de la vois lés affections et passions

1 . C'est-à-dire : je pourrais ne te transcrire ici aucun d'eux.

2. Sibilet cite la pièce en entier. Elle a été classée parmi les Chants divers (éd. Jannet, 11,1171. Cet exemple de pièce lyrique montre que les Marotiques ont parfois conçu l'ode, tout aussi bien que les Ronsardiens, comme une série de vers uniformes à rimes plates. Les réflexions dont Sibilet l'accompagne et trois des exemples dont il le fait suivre prouvent d'ailleurs qu'on peut toujours ramener une pièce de cette espèce à un système strophique de quatrains, quitte à n'avoir à la fin qu'une strophe incomplète lorsque le nombre des vers n'est pas divisible par 4. La théorie du système strophique toujours possible et réel, même quand il n'est pas apparent, se trouve ainsi vérifiée dès le début de cette étude.

3. Ce sont quatre pièces classées parmi les Chants divers (éd. Jannet, II, 105 à 112) ; trois d'entre elles sont isométriques à rimes plates ; la quatrième est en huitains balladiques et un quatrain, ou bien en quatrains enchaînés (forme intermédiaire entre la ballade et l'ode).

4. Cet etc. fait partie du texte de Sibilet, ainsi que dans les exemples qui suivent. — V. éd. Jannet, II, 112 et suiv. C'est une ode à système strophique double, enchaîné.

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