‹ Rosa Bonheur, sa vie, son œuvreChapitre 14 sur 53 · ROSA BON H EL' R · texte numérisé non relu

ROSA BON H EL' R

tendant, sans doute, à me voir commettre quelque maladresse d'étiquette. »

Rosa avait l'esprit trop lin et le sens de son devoir trop droit pour ne pas comprendre ce qu'elle avait à faire, après avoir reçu cette haute distinction française; elle envoya à l'Exposition de 18Ô7 une dizaine d'teuvres des plus importantes, parmi lesquelles : Moiilotis ju bord de la mer, Ihviifs el J\iches (h'cossel, Berg-er béarnais, l ne Barque (Hcosse), Boiirriquaires aragonais, Ra\\ia Kcosse\ (^/lerreiiils au repos, Poneys de l'île de Skj'e (Ecosse , etc.

Le jury, qui aurait pu se montrer plus juste, ne lui décerna qu'une médaille de seconde classe. Il manifestait ainsi à l'artiste sa mauvaise humeur d'une abstention de douze ans ; dans la presse bien pensante de l'époque, on retrouve un écho de cet état d'âme, et l'article de Thoré-Burger lui-même est d'une sévérité peu habituelle sous la plume du célèbre critique.

« Miss Rosa Bonheur, écrivait-il après la distribution des récompenses, a été traitée comme une étrangère, bien qu'elle demeure près de Thomery, sur les bords de la Seine. Depuis son adoption par les Anglais, qui ont fait sa fortune, on ne voyait plus guère de sa peinture aux expositions françaises, ni même dans les ventes. A l'Exposition universelle de i855, à Paris, elle n'avaitqu'un seul petit tableau égaré. Cette fois, elle montre dix de ses œuvres notables, appartenant à l'aristocratie anglaise, sauf des Moulons que l'Impératrice de France a préservés de la transportation outre mer. Miss Rosa ne pouvait manquer d'avoir au moins une de ses peintures dans la galerie de la princesse qui lui a piqué, avec une épingle, sur le caraco d'artiste, la croix de la Légion d'honneur. Cette chevalière Rosa, je l'ai connue presque enfant, allant peindre, comme un jeune rapin, dans les campagnes des environs de Paris. Elle avait des cheveux courts et un corsage en blouse, à peu près comme dans son portrait qu'elle peignait plus tard, le coude contre le fanon d'un taureau, dans l'attitude d'un jeune pâtre : ce tableau, très estimé, est en Angleterre. Après le succès du Marché aux chevaux et de quelques peintures dont

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s'affolèrent les Anglais, Miss Rosa se mit à étudier Landseer, Ward et autres favoris du sport britannique, si bien qu'elle ressemble aujourd'hui à une élève de Landseer. Elle en a les tons rougeàtres, la touche molle, les efi'cts maniérés et vitreux, soit dit sans attaquer Landseer, qui est un peintre trèséminent. Mais elle a aussi cet amour sporlesquc qui l'initie aux ma-urs, aux tournures,

CHEVAL

Peinture. Atelier Rosa Bonheur.

aux habitudes des animaux, poneys, bœufs, cerfs ou chevreuils. Je crains que son exposition n'ait pas justifié, auprès des amateurs français, la renommée anglicane de l'heureuse peintresse. Une médaille de première classe eût été une galanterie au goût anglais. Mais la vérité est que les animaux de M"*^ Rosa Bonheur sont violacés et cotonneux à côté des animaux de Troyon. Elle a pourtant deux ou trois tableaux très bien réussis, notamment les

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Poneys .ie l'île ,.ie Skre h\'osse , appartenant à la riche galerie du marquis de Lansdown. »

Nous avons cité cette page entière de Thoré-Hurger, malgré les petites perfidies que l'on découvre dans l'arrangement des mots, parce que quelques lignes précédentes combattent l'aigreur dont le critique fait étalage contre celle qu'il se plait à appeler Miss Rosa ; ensuite parce que Thoré semble ne s'être nullement préoccupé, dans l'analyse qu'il fait des dix envois de l'artiste, en se bornant à comparer sa couleur à celle de Troyon, de ce qui est la caractéristique propre du talent de Rosa Bonheur.

Parlant de la parcimonie avec laquelle les récompenses avaient été distribuées, en i8(>7, aux artistes anglais, Thoré s'écriait: « M. Millais, M. Orchardson, M. Hook, M. Charles Lew^is et autres, ont certainement bien plus d'originalité que certains favoris du petit cénacle distributeur des prix. »

Lors donc que Thoré déclare que Miss Rosa Bonheur a été traitée comme une étrangère, il la met implicitement au rang des Millais, Orchardson, Hook et autres, (f qui ont certainement bien plus d'originalité que certains favoris du petit cénacle distributeur des prix ».

Malheureusement, Thoré se laisse entrainer par un malencontreux mouvement de bile et il finit par déclarer que Rosa n'est qu'une élève de Landseer et une coloriste toute différente de Troyon. Il 3' a pourtant, quand on veut définir le talent de Rosa Bonheur, d'autres points à signaler, qui n'ont rien à faire avec la manière de Landseer ou la palette de Troyon ; il y a la mesure d'expression que Rosa Bonheur donne à ses bêtes, et c'est cela, c'est cette étude qui va faire l'objet de notre prochain chapitre.

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