‹ Rosa Bonheur, sa vie, son œuvreChapitre 18 sur 53 · MOUTONS D A U V E R G N K · texte numérisé non relu

MOUTONS D A U V E R G N K

Peinture. .Vtclicr Posa Honlieur.

ligne, donnent à l'ensemble de la forme un caractère de faiblesse, mais les dents fortes et extrêmement aiguës indiquent un degré réel de férocité, que confirme la séparation des deux mâchoires. Chez le chien — nous ne prenons qu'une forme, la plus habituelle, sans négliger de remarquer que les races de chiens sont multiples, et développées chaque jour par les croisements raisonnés ou des rencontres de hasard — chez le chien, la chute du

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crâne depuis l'os de l'a'il annonce certainement une manière d'asservissement au pouvoir sensuel : la gueule, solidement accusée, est laite pour un appétit modelé plutôt que pour une faim gloutonne et féroce, en dépit de quelques prurits qui le poussent à des instincts mauvais, ('he/, certaines races, il y a dans le rapport de l'os du nez avec l'os de l'œil un caractère qui permet de déduire une expression de droiture et de fidélité. Et il faut noter avec attention que la dilVérence est légère, encore que signalétique. entre le crâne du chien et celui du loup.

Chez le loup, la concavité du sommet de la tète, la convexité au-dessus de l'os de l'œil, les lignes droites qui descendent de là jusqu'au museau, signalent l'animal comme un lutteur violent et sa mâchoire inférieure porte l'empreinte de la dureté.

Cette même empreinte se retrouve dans la mâchoire de l'ours, niais plus large : d'où expression de fermeté et de résistance.

Chez le tigre, la promptitude s'annonce par la forme apointée du derrière de la tète et la largeur de la partie antérieure, u Remarquez ce levier, écrit un naturaliste, ce levier qui couvre l'extrémité de la nuque et la renforce, cette voûte aplatie, siège d'une perception facile et d'une férocité gloutonne, ce large museau plein d'énergie, cette gueule, abîme vaste, prompt à saisir, à déchirer, à engloutir! »

Chez le lion, on remarque une forme allongée et obtuse du derrière de la tète, une voûte qui a de la noblesse, puis une chute de l'os du museau, rapide et énergique, indication qui est complétée par le devant compact de la tête.

Nous ne pouvons donner plus de développement à cet examen: mais ceux qui voudront apprécier la portée scientifique de la longue étude faite par Rosa Bonheur sur l'expressivité des animaux, devront se familiariser avec les travaux des naturalistes.

Avant que nous passions de l'exanicn physiologique à l'analyse psychique, il nous faut cependant rappeler une œuvre sur laquelle Rosa Bonheur avait longuement médité : nous voulons parler de la très curieuse étude de Le Brun sur la ressemblance de certains hommes avec des animaux : à l'époque où Le Brun

envoya ces communications à l'Académie de Peinture et de Sculpture, communications qui sont appu3'ées d'une très rare suite de dessins, dont le recueil gravé fait partie des trésors de la chalcographie du Louvre, il y avait pour lui une certaine audace à entreprendre des démonstrations si contraires à l'orthodoxie contemporaine. Ne voulant pas déclarer que les bctcs avaient une âme.

Étude faite aux environs de Meaux, en iS4() ou 1847. lAyycirlit'nt à la famille J

parce que c'eût été vouloir^ braver les foudres de l'Église, et qu'une pareille attitude ne pouvait convenir à l'homme qui était auprès du Roi Soleil une manière de minisire du style, Le Brun déclarait qu'il y avait des hommes dont le faciès et l'allure générale rappelaient certaines bêtes, et que, chez ces hommes, la forme morale avait un rapport réel avec la forme physique.

De là une très curieuse étude de caractères, où plus d'une fois il serait aisé de prouver que le peintre du xvn^" siècle se rencontra

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avec les philosophes grecs, notamment avec Aristote. Tant parler des gens à propos des bêtes, c'était indiquer qu'il y avait des bètcs dont on pouvait parler comme des gens. Il est vrai qu'il s'y mêlait un peu de flatterie, lorsque, analysant un nez aquilin, un nez courbé au sortir du front, on déclarait, avec une intention à l'égard de Louis XIV, que <* comme l'aigle est le roi des oiseaux, ce signe dénotait une race royale et une magnificence peu commune ».

Chez l'âne, il faut considérer surtout les oreilles, et s'en référer à l'examen de Pline l'Ancien : << Chez toutes les bètes chevalines^ disait-il. les oreilles désignent les affections de leur âme. Sont-ils fatigués, ils les ont pendantes et lâches; ont-ils peur, elles tressaillent; sont-ils en colère, ils les redressent fortement ; sont-ils malades, elles sont abattues et ployées. »

Chez le bélier, la bouche extrêmement fendue et béante, les prunelles larges et isolées, indiqueraient la gourmandise et l'imbécillité.

Chez les taureaux, la tête courte et le cou gros et gras signifieraient la fureur facile, signification contrôlée par des sourcils sous un front plissé et des narines très ouvertes.

Chez le chat, la face petite, les joues grêles, les lèvres déliées et fines, le nez petit, précisent des dispositions à un esprit fin, rusé et méchant, et apte â la tromperie et à la ruse.

Pour le cheval, il faut citer ces lignes d'iîî^lian : « Entre tous les animaux, le cheval a Vdme grande et fière ; avec la grandeur et l'éminence de son cou qu'il porte haut, ne marche-t-il pas audacieusement. ne sent-il pas sa beauté et ne montrc-t-il pas de l'arrogance? La jument qui a de beaux crins est orgueilleuse et repousse les caresses des ânes; ceux qui veulent avoir des mulets ne peuvent que difficilement y parvenir, s'ils ne font couper les crins de leurs juments; alors seulement elles se laissent saillir par le même animal qu'elles méprisaient auparavant. »

Chez la chèvre, la couleur des yeux, roussàtre, indiquerait la prudence.

Chez la brebis, les yeux couleur d'eau seraient un indice de stupidité. Selon Aristote, en effet, la brebis marche sans volonté

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