TKTE ET ENCOLURE DE VEAU
Peinture. Atelier Rosa Bonheur.
modèles de tout poil, eut une véritable tendresse pour les bêtes, se garda bien de tomber dans les errements signalés plus haut.
Nous lui disions un jour :
« Vous devez avoir beaucoup réfléchi sur l'àme des bêtes?
— Oui, répondit-elle; rien n'est plus attachant; et ce qu'on doit affirmer, c'est que si nous ne comprenons pas toujours les bêtes, les bêtes nous comprennent toujours. »
ROSA HONIII'IR
Elle indiquait ainsi, non pas une supériorité de l'animal sur l'homme, mais une force psychique que la philosophie hésite à reconnaitre, et dont la sagesse cependant recommande de tenir compte, quand ce ne serait que par respect pour VVavc éternel qui a enveloppé de mystère l'ordre de sa création.
Chez Rosa. le regard des bêtes porte le reHet d'âme qui leur
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BŒUF COUCIIK.
Peinture. Atelier Rosa lionlieur.
appartient, et il nous semble que l'instant est opportun pour chercher, suivant les espèces, quelle est la mesure de ce reflet; quelle doit être l'intensité de la faculté psychique de ces animaux, auxquels elle donna un rôle dans ses compositions. Nous trouverons les éléments de cette recherche d'abord dans l'étude de la physionomie des animaux, et ensuite dans l'examen des philosophes qui se sont occupés de cette question si importante et encore si controversée de l'âme des bêtes.
On a dit, non sans raison, que chaque animal a une qualité essentielle qui le distingue d'un autre ; que le caractère de chaque espèce varie, en raison des différences mêmes de structure de ces espèces ; que, par conséquent, chaque espèce a un caractère aussi bien qu'une forme unique. On s'est alors demandé si, par analyse, on ne pourrait pas conclure de là que chacune des principales
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Peintuic. Atelier Rosa Bonlieur.
qualités de l'àme devait avoir son expression dans une forme particulière du corps, tout comme chaque qualité principale des animaux se manifeste dans l'ensemble de la forme qui leur est propre ?
Partant de là, on remarque que, tandis que, chez l'homme, la tête est solidement portée sur l'épine dorsale, chez l'animal la tête n'est pour ainsi dire qu'attachée à l'épine dorsale (nous parlons ici des grands animaux^. « Le cerveau, écrivait au commen-
cernent du siècle le !")' May^riei". proUMii^atiiMi de la moelle que renferme l'épine du dos, n'a d'étendue que ce qu'il en faut pour l'action des esprits vitaux, pour la direction d'un être purement sensuel et qui n'existe que pour le présent. »
Si l'on étudie donc attentivement le crâne de certains animaux, on aura l'indice du caractère déterminé de ces animaux, et la preuve évidente que le s\stème osseux est en même temps la base, la conformation extérieure et l'étalon de mesure des facultés inteltuelles chez l'animal.
C'est pourquoi Rosa Bonheur eut raison de donner un long temps d'étude à l'examen ostéologique des animaux et particulièrement à leur boite crânienne.
Que remarquons-nous, en effet? Chez les bètes de somme, telles que le cheval, le bœuf, l'âne, le chameau, le crâne nous apparaît avec des lignes longues et irrégulières, d'abord droites et parallèles, puis courbées en dedans, et ces lignes indiquent une existence de jouissance paisible et de patience. Dans le crâne de l'âne, il y a une ligne droite d'abord, qui rentre imperceptiblement, pour reprendre tout â coup sa direction première: cette ligne indique l'opiniâtreté.
Le crâne du bœuf porte la caractéristique de la patience, de la résistance, de la pesanteur dans les mouvements; celui du taureau, qui ne se développe pas de la même manière que le bceuf, en raison de sa puissance génésique, olVre le caractère d'une résistance plus opiniâtre et d'un instinct qui porte â repousser.
Chez tous, la mâchoire inférieure, épaisse et large, sert peutêtre de siège à l'instinct de mâcher et de ruminer.
Chez les animaux voraces, les caractéristiques révélées par l'étude de la boîte crânienne, changent sensiblement ; le castor, par exemple, présente des lignes courbées et voûtées, des surfaces inégales, des pointes et une linesse qui trahissent chez l'animal de l'astuce à découvrir sa proie, de la promptitude à la saisir; de la crainte, par contre, au bruit insolite qui lui parvient; en tout cas, une rare aptitude â la ruse : la mâchoire inférieure, assez faible d'ordinaire, avec les dents de devant courbées en pointes incisives.
pouvant broyer les choses inanimées dont l'animal s'est emparé ; mais elles manqueraient de force pour lutter contre une proie vivante, susceptible de se défendre.
Chez le renard, la déclinaison de la ligne, depuis le crâne jusqu'au nez, la mâchoire inférieure sensiblement parallèle à cette