LA F O R K T
Peinture. Atelier Rosa Bonlieur.
un chacun des morceaux qui étaient comme les minutes réalisées de la carrière de Rosa Bonheur, et nous avons puisé cette conviction que nul plus qu'elle ne mérite qu'on applique à la portée de son art la profonde dissertation de Lamennais. Si, en voyant la figure de tant de bêtes où il semble que l'artiste ne devait avoir pour but unique et spécial que d'interpréter la nature en se tenant le plus près possible de la vérité, on doutait de cette réflexion de
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la vie intciicuro qui chcichc l'cxplicalioii d'un clcrncl nnstcrc dans les choses les plus ccMiiiiuines de noire vie physique et sociale, on n'aurait pour asscoii" son ingénient qu'à considérer, dans les études de paysage dont quelques-unes sont ici reproduites, avec quelle étrange puissance l^osa Bonheur imprimait au site choisi par elle une ex^'ression diamatique. où son pinceau faisait palpiter l'âme de la nature.
Dans la plaine ou sur les versants qui olTrcnt leurs pâturages aux troupeaux dispersés, elle fait dire aux bruyères, dont l'épanouissement est rapide sous l'ardeur du soleil d'été, je ne sais quel poème agreste qui émeut doucement, sans vains éclats de gaîté, et non plus sans tristesse lassante. Dans la forêt, elle interroge les arbres comme de bons géants protecteurs, dont la sève se réjouit de la chanson des nids; elle écoute, sous le velours des mousses, la violette modeste exhaler son parfum: puis, à l'heure où les branches ne sont plus des abris, où le sol se jonche de feuilles rouillées, si rudes en leur sécheresse que le pied qui les écrase en arrache comme un cri étouffé de douleur, elle s'enivre de la transparence des brumes qui montent le matin vers la lumière lente; elle tend l'oreille aux voix affolées que le vent promène à travers les cimes balancées, et elle berce la mélancolie de son àme à ces accords plaintifs des arbres dont les essences diverses fournissent, comme un clavier intiniment varié de grandes orgues, des parties chorales au cantique de la mélancolie des choses. Et lorsque, en Ecosse, aux Pyrénées, dans les Alpes, dans le massif d'Auvergne, c'est la montagne qui l'attire, elle découvre dans les masses dont elle contemple l'entassement successif, la beauté tragique des lignes, cette sorte d'aspiration vers l'infini, d'aspiration héroïque de la matière, soulevée en des secousses titanesques, dont l'origine se perd aux temps préhistoriques. Les pics élancés dans les nuages, les glaciers aux silencieuses splendeurs, les crêtes abruptes qui sont comme les cicatrices des déchirements du sol, au temps des convulsions terrestres, puis les lacs qui réfléchissent tant de hauteur, pour que leurs reflets évoquent la pensée d'abîmes insondables, Rosa Bonheur a noté tout cela d'un pinceau robuste, avec
D'après son portrait par Miss Anna E. Klumpkc. (Salon de 1899-)
un accent de vcritc qui trahit tout ce que son regard portait à son C(L'ur d'émotion vécue et d'intelligence d'une beauté supérieure.
D'autre part, dans l'étude multiple qu'elle a faite de la bête, elle ne s'est pas seulement attachée, par une virtuosité de pinceau, à préciser la nature du pelage, à donner la sensation d'une fourrure où la main serait tentée de chercher une caresse chaude; elle a voulu,