‹ Rosa Bonheur, sa vie, son œuvreChapitre 41 sur 53 · FARNIENTE · texte numérisé non relu

FARNIENTE

Peinture. Atelier Rosa Bonlieur.

Rosa Bonheur a fait mieux, nous l'avons démontré dans un précédent chapitre ; elle ne s'est pas attachée au sens précis des mots. Ame ou instinct? Elle n'aurait pas voulu se prononcer, mais elle avait vu; il y avait eu, entre elle et les bêtes qu'elle étudiait, des regards échangés, et elle avait compris, et elle avait lu les pensées dans ces fronts aux appétits divers, aux sentiments variés, aux indépendances vaincues; elle avait pénétré le secret

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de leurs joies et de leurs angoisses, de leurs apaisements et de leurs inquiétudes, do leur confiance caressante ou de leurs colères féroces: elle avait noté ici des caractères définis d'obéissance, de discipline et de domesticité: là l'astuce et la méchanceté; à côté la majesté. a\ant poui' contrôle de sa sécurité, la force. En regard des mille comédies de la vie humaine, elle avait constaté les mille drames de la vie animale: elle avait assisté à la manifestation évidente de passions vraiment élevées, de dévouements capables de provoquei' une émotion généreuse : et elle était arrivée à cette conclusion que si la douleur n'est pas chez les animaux égale en sa source psvchique à la douleur de l'homme, les larmes que répandent les animaux sont pourtant un mode d'expression qui ne laisse pas d'imposer le respect même aux cteurs les plus endurcis. C'est pourquoi, dans son (euvre. ses ph\sionomies de bètcs ont une si juste mesure d'intensité intellectuelle ; elle a, en un mot, prouvé que la Vie est une. et que dans la nature une observation certainement renseignée fournit à l'art l'équation exacte de ce qu'il faut à l'interprétation de cette vie.

Balzac a écrit : « Si l'artiste ne se précipite pas dans son œuvre comme Curtius dans le gouffre, comme le soldat dans sa redoute, sans réfléchir, et si, dans ce cratère, il ne travaille pas comme le mineur enfoui sous un éboulement : s'il contemple, enfin, les difficultés au lieu de les vaincre une à une, à l'exemple de ces amoureux des féeries qui, pour obtenir leurs princesses, combattaient des enchantements renaissants, l'œuvre reste inachevée. Elle périt au fond de l'atelier où la production devient impossible, et l'artiste assiste au suicide de son talent. »

Chez Rosa Bonheur, il y a eu cet élan qui primait tout autre souci ; il V a eu cette continuelle et décisive rencontre avec la difficulté : il v a eu cette victoire lente, mais sûre, qui lui a permis d'entrer vivante dans la gloire. Il semble même que plus l'opinion publique se tenait pour satisfaite de l'artiste, plus l'artiste se montrait sévère pour elle-même, et vaillante à demeurer moderne dans la technique de son art. Quand on suit, en effet, par les dates dont nous nous sommes efforcé de nouer la succession, la carrière

de Rosa Bonheur, on s'aperçoit que ses procédés de traduction ne sont pas demeurés plus stationnaires que sa vision ; sans cesser d'être elle-même, avec une originalité propre, elle se tint au courant de toutes les tendances manifestées dans les trente dernières années, et à certaines heures, où l'inspiration l'emportait

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