LES CASCADES
Peinture. Atelier Rosa Bonheur
devant quelque spectacle grandiose de cette nature qu'elle aimait tant, elle a eu, — on pourra en juger par de primesautières études — elle a eu des audaces dont elle était étonnée, — et heureuse — quand le mouvement de fièvre s'était apaisé, cette fièvre spéciale que connaissent tous ceux qui vraiment ont été des créateurs.
Et le talent de Rosa Bonheur a été réellement créateur. Si la
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patiente ciudc qu'elle avait laite des iiiaitres d'autrefois lui a appris la sagesse dans la composition: si niOnie. à une certaine époque de sa vie, des promesses non tenues par les juns officiels français lui rendirent plus sensible l'accueil enthousiaste qui lui était fait en Angleterre, à l'heure où Landseei" était dans tout l'éclat de sa vogue, Landseer qui s'intéressa à cette jeune Française au point de daigner lui donner des conseils, il serait injuste de ne pas reciuinaitre qu'elle sut de bonne heure secouer toute influence, pour ne traduiie que ses propres sensations, et dans le mode qu'elle jugeait le mieux adapté à ces sensations.
Qu'on prenne, par exemple, cet étonnant Marché aux chevaux, dont elle chercha l'arrangemeut en d'admirables esquisses, ou la Bousculade, dont le sujet était né d'une scène vue en Ecosse, ou le Labourage }ilj'eriials. cette magnifique concepii(Mi de la séi'énité de la vie des champs émanant de l'effort quotidien des bêtes et des gens, ou les Borriqueros, ou le Vieux monarque, ce lion d'une majesté sans égale, beau comme un héros d'épopée, et vingt autres, et cent autres compositions, c'est toujours le même désir de dire simplement des choses simples, qui nous intéressent par leur accent de vérité et nous étonnent par la robustesse, rare sous le pinceau d'une femme, du sentiment et de la technique d'art qui s'en dégage.
Certes, il nous est bien difficile de porter un jugement définitif sur cette artiste, qui a été mêlée à nos luttes et que, hier encore, nous pouvions voir vivante et bonne, front pensif sous la neige des cheveux blancs, en son einiitage de By. Mais ce n'est pas commettre une imprudence que de prévoir la fidélité que la postérité attachera à sa mémoire, et le respect grandissant qu'elle aura de son œuvre. Rosa Bonheur, qui avait commencé très jeune son initiation à l'art, et dont le talent avait manifesté des promesses à un âge où les fillettes s'occupent encore de leurs poupées, Rosa Bonheur a atteint assez tôt à la grande notoriété, pour connaître vraiment la gloire.
Et la gloire vint sans doute à elle, parce qu'elle ne se servit d'aucun procédé malsain pour l'attirer; elle aimait son art, elle
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n'aimait que son art. et cela sulïit à retenir la capiicieuse distributrice de lauriers; son (cuvre est là. énorme, puissant, superbe de conscience et d'etVort. pour ceux qui y voudront puiser une lee:on de volonté et un enseignement digne des maîtres.
Pour ceux qui l'ont approchée, qui l'ont connue, qui ont sondé tout ce qu'il y avait en son âme de philosophie et de raison, son
Peinture. Atelier Rosa Bonheur.
souvenir s'accompagnera toujours d'émotion. On ne peut penser à la tîllette de quatre ans, dont les mains crayonnaient déjà des bètes et des gens, et qui devait devenir la femme peintre la plus illustre d'un srand siècle, sans se sentir attendri devant l'incroyable unité d'une carrière si abondamment remplie. Lamennais a dit : « L'artiste qui comprend complètement sa mission doit, descendant au fond des entrailles de la société, recueillir en soi-même la vie qui y palpite, et la répandre dans ses œuvres qu'elle animera,
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comme l'esprit de Dieu anime et remplit l'univers. » Qui donc, plus que Ui^sa Honheur. a écrit le cantique réel de la vie, la palpitation éternelle qui bat dans le cceur de tous les êtres, à quelque degré qu'ils soient de l'échelle de la création! Est-il un trait de cravon. un coup de pinceau qui n'ait pour but, dans son ctuvre. d'arriver à l'exaltation de la nature? Va la nature n'a-t-elle pas reçu d'elle l'hommage constant de l'enchantement dont elle se sentait pénétrée à son spectacle? Quand on se trouve en présence d'une (L'uvre comme l'œuvre de Rosa Bonheur, la pensée s'élève, le jugement doit s'élargir des contingences individuelles, et ce n'est que justice d'entourer d'un respect vraiment national l'artiste qui. avec tant d'ampleur, a accompli son devoir social.