‹ Rosa Bonheur; sa vie, son œuvreChapitre 102 sur 220 · Saint-Sauveur, 2 août · texte numérisé non relu

Saint-Sauveur, 2 août

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des Pyrénées, jusqu’aux montagnes d’Espagne, et voyons planer en ce moment, au-dessus de nos têtes, quatre beaux aigles, ce qui n’ajoute pas peu à la sauvagerie du pays. Nous revoyons le superbe Marboré et la belle cascade. Nous apercevons encore cette immense plate-forme que l'on nomme la brèche de Roland.

C’est avec le plus grand sang-froid que les guides vous en racontent la fable : « C’est avec son sabre que Roland fit cette brèche. » Elle n’a pas moins de 600 pieds ; avec la même croyance, ils vous montrent l’empreinte qu’ont faite les pieds de son cheval. Tu peux juger de la grandeur de l’homme par la grandeur de l’épée, et de la taille du cheval par celle de l’homme.

Rosa fait une petite pochade, tandis que moi, paresseuse, je t’écris. A cinq heures, le soleil commence à nous faire sentir ses derniers rayons; les vaches changent de prés et font entendre de longs mugissements; le son des clochettes se rapproche, et ces pauvres animaux semblent, par leur démonstration, aller remercier Dieu de leur envoyer un peu de fraîcheur ; à les voir courir dans les montagnes, on les prendrait pour de légères biches. Joins à cela la couleur de leur pelage, qui est si doux : elles sont toutes d’un blond doré, et de moyenne taille.

Nous allons nous mettre en route. Nous avons trouvé des pierres minéralogiques assez curieuses, en outre une que Rosa a trouvée, où il se trouve un mélange de cuivre, d’argent et de fer.

Mercredi, nous étions allées au pont de Sias, où nous avons vu une noce de village, et comme nous travaillions, ils sont venus derrière nous, se sont assis, et nous avons fait la conversation. En nous quittant, ils voulaient que nous allions danser avec eux...

Tu sais comme nous t’aimons et nous t’embrassons de même.

Jeanne-Nathai.ie Micas.

Quelques jours plus tard, c'est Rosa Bonheur, cette fois, qui prend courageusement la plume et rédige une lettre un peu à la diable, mais si pleine d'intelligence et de bonne humeur, dont chaque ligne trahit la sincère affection pour l'amie soulfrante, aussi bien que pour la mère demeurée à Paris et réduite à suivre ses filles seulement en imagination.

Chère bonne mère,

Mardi matin, 12 août 1 8 5 o 1 .

Je reprends ce matin la lettre que Nathalie avait commencée. Nous avons été à Luz, qui est tout près d’ici. C’était le jour du marché. Nous avons acheté du raisin d’Espagne à un Espagnol qui avait un costume superbe: j’en picore quelques grains en vous écrivant; je voudrais pouvoir vous en envoyer, car il est bien bon ; j’en mange un peu à jeun. En ce moment, Nathalie se lève : nous allons voir le médecin aujourd’hui pour ses douleurs; je pense que c’est toujours l’effet des bains. Voilà le soleil qui montre son nez, ce n’est pas dommage.

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