Mêms observation qu’à la page
vous dirai que c’est assez triste d’entendre continuellement un baragouin auquel on ne comprend rien, en sorte que, pour demander la moindre chose, il faut
faire une pantomime expressive Vous qui voyagez si facilement sur
votre chaise, pauvre mère, je voudrais vous voir sur la terre du roi de Prusse. Mais votez, voici notre voyage : parties de Paris à onze heures, arrivées à Bruxelles à six heures du soir le lendemain. Coucher dans cette ville et repartir à sept heures du matin ; arriver à Cologne à sept heures du soir, mais oublié de vous dire qu’à la frontière belge, on nous a fait défaire toutes nos malles ; en sortant de Belgique, encore défaire nos malles, frontière de Prusse; mais tant que nous étions en Belgique, ce n’était encore rien, car partout on parle français. A Cologne, par exemple, il fallait voir cela, j’aurais voulu que vous soyez là, c’était à perdre la tète : l’un parle anglais, l’autre russe, l’autre
flamand, l’autre polonais, enlïn c’est un voif-Jlich-J'ouch-crak , débrouilles-
toi comme tu pourras. Qu’en dites-vous? Et encore ce n'est rien, car voici le plus embarrassant : on ne comprend rien à l’argent français; il nous a donc fallu changer nos jolies pièces d’or françaises pour de vilaines pièces moitié
cuivre, moitié argent, qui ont des valeurs auxquelles on ne s’habitue pas tout de suite, surtout quand on n’y comprend rien. Pour quatre cents francs, on nous a rempli notre cabas de cette ferraille qui ressemble pas mal à des boutons de domestiques; je crois bien que le roi de Prusse, lorsque sa livrée n’est plus fraîche, bat monnaie. Enfin, Nathalie et moi, nous l’avons regardée longtemps sans pouvoir nous y faire et le cabas était très lourd, et nous étions obligées de fe porter à deux.
Je continue notre voyage : nous couchons donc à Cologne après avoir dîné avec du pain au beurre et des pommes de terre, seul pain de ce pays. Pas plus de vin que de pain; je demande de la bière, on n’en vend que dans les gargotes; le vin, trois francs la bouteille ; alors je demande du porter, croyant le payer moins cher, mais quelle est ma surprise en apprenant que c’est trois francs
soixante-quinze, comme le vin. Que voulez-vous, il faut faire école
Nous couchons donc à Cologne, et à six heures du matin, nous reprenons le chemin de fer jusqu’à Bonne, où nous prenons le bateau à vapeur jusqu’à Coblentz, puis ensuite et enfin, une voiture qui nous mène ici, à Ems. Nous y sommes depuis hier, quatre heures du soir. On nous a servi une cuisine peu flatteuse, mais très rafraîchissante et purgative, et puis de l’eau claire, c’est la mode du pays. Je cherche et demande du bin, comme ils disent, mais pas de bière, du vin du Rhin à trois francs. Ce matin, Nathalie a pris du lait et moi une espèce de soupe qui ressemble à de la moutarde délayée dans de l’eau. Nous aurons trois repas par jour et cela nous coûtera, en vivant bien économiquement, à peu près cinq francs par jour chacune. Nous avons une chambre dans le genre de celle de Saint-Sauveur, et des lits, hum ! ils ne sont pas doux !
R O S A BONIIFJ'R
Ce matin, nous avons été chez le docteur, qui a lu avec bien de l’attention la lettre de M. Cazalis1; il paraît faire les choses avec assez de conscience. Demain matin, nous commencerons à boire. Il a promis que ses eaux feraient beaucoup de bien à Nathalie; il est presque certain d’un bon résultat ; il faut se promener sans fatigue, de l’air et du repos. En sortant de chez lui, nous sommes allées à la buvette, car ici on achète chacun son verre ; ce sont des verres de Bohême qu’on nous vend cinq francs. Ce n’est pas cher, n'est-ce pas? mais on a la permission de l’emporter. Du reste, les eaux ne coûtent rien que lorsque l’on s’en va ; on donne la pièce au garçon.
Il y a ici un luxe encore bien plus grand qu’aux eaux des Pyrénées, parce