UN ABRI PENDANT LA TEMPÊTE DANS LE GLENCOE (ÉCOSSE
M. Wil son, un gros marchand de charbons de là-bas, la reçut dans son château de Banknoch, mais elle n'y séjourna guère : il tardait à M. ( jambart d'emmener ses deux invitées vers les régions les plus pittoresques de la côte écossaise et du Highland. En bateau et en voiture, l'on s'achemina donc, par Greenock et Inverary, jusqu'à Oban, d’où, sur le loch Linnhe, un bateau à vapeur les transporta à Ballachulish, au bord du loch Leven.
A Ballachulish, les touristes habitaient un hôtel faisant face à la mer et presque adossé à la montagne. Ils demeurèrent plus de deux semaines
dans ce site admirable, faisant chaque jour des excursions avec M. Gambart, soit dans les hautes terres, sur le loch ou en mer. Rosa Bonheur chassait le chien marin. C'est là qu'ils rencontrèrent cet admirable propriétaire de meute qui voulut bien autoriser Rosa Bonheur à peindre un de ses chiens, à condition que le tableau lui fût donné.
Nathalie, d'un caractère moins aventureux, restait assez souvent à l’hôtel, d'où sa pensée se transportait au plus vite vers sa mère et lui dictait les pages les plus affectueuses.
Ma chère maman,
Dimanche, 2430131'.
Rosa est partie ce matin en voiture avec M. Gambart; mais je voulais te parler longuement et j’ai mieux aimé rester; lorsque tout le monde est là, on ne peut même pas donner suite à ses pensées. Je suis en ce moment dans un des salons de l’hôtel, c'est la pièce la plus poétique que l'on puisse imaginer, si ce n’était le vent qui vient y mêler sa voix mélancolique. Les petits oiseaux sont si familiers qu’ils viennent se battre sur la croisée. Je suis à l’heure de la marée montante. Tu ne peux te faire une idée de la mer. Rosa me disait ce matin avant de partir : « Je veux l’année prochaine que ta mère vienne avec nous en Bretagne. »
Jamais Rosa ne m’a tant poulottée qu’elle le fait en ce moment, disant qu’il faut qu’elle répare dans la personne de la fille les peines qu’elle a faites à la
mère « Ta mère est très bonne, me disait-elle ce matin...., je me sens pour
elle la plus vive affection et je crois bien que si elle était ma propre mère, je ne l’aimerais pas davantage ; je voudrais qu’elle sache bien que ma tête seule est mauvaise, non pas mon cœur; mais comme je me dis son enfant, elle oubliera mes travers et tâchera de me croire bonne comme le font toutes les mères à l’égard de leurs enfants, même les pluafmauvais. » Voici, mère, quelles sont toujours nos conversations lorsque nous sommes seules, c’est de toi que nous parlons, qui es le lien sacré de notre vie.
Les lettres de Nathalie parlaient aussi des travaux de Rosa. Un moment sans doute, au début du voyage, elle avait pu craindre que, faute de loisir pour faire des études, son amie ne dût se résigner à rapporter seulement une riche moisson de souvenirs de « ces choses nouvelles que personne encore n'avait faites, pas même les Anglais », fort ignorants, à son dire, des véritables mines d'or que leur pays offre aux artistes; mais Rosa Bonheur n’avait pas tardé à se rattraper quelque peu, et de Ballachulish 1 2 Nathalie écrivait :
Rosa a enfin commencé son travail et trois belles études sont en train ; pour moi, je ne fais rien. Rosa prétend que j’ai grand besoin de la regarder, ce qui