Lettre du jeudi 28 août
PAR ROSA BONHEIR.
fait qu’elle me donne de bonnes leçons dont je m'efforcerai de profiter 11 est
très difficile de trouver un garçon pour porter la boîte de Rosa : souvent ce bon M. Gambart se charge comme une véritable bête de somme. Oh ! que ce pays est beau !
Les superbes bestiaux des paysans écossais avaient ravi Rosa Bonheur. Elle avait rencontré des bœufs, des taureaux, des moutons tels qu’il ne s’en voyait guère en France ; elle faisait d’après eux le plus de croquis qu’il lui était possible, mais elle pensait que bientôt il faudrait revenir, sans avoir eu le temps de remplir ses albums. C’est alors qu’il lui vint l’idée, faute de pouvoir prolonger son séjour à côté de tels modèles, d’en emmener avec elle un troupeau. Or, il n’était guère facile d'en trouver à souhait qu'à la foire de Falkirk, qui se tenait le 9 septembre. Encore qu'elle fût un peu fâchée de s’attarder en Ecosse, elle s'y résolut cependant, sûre de ne point perdre son temps.
Vers le commencement de septembre, l'on s’éloigna donc de Ballachulish pour se rapprocher de Falkirk, en traversant une région non moins pittoresque et poétique que tout ce que les voyageuses avaient contemplé jusque-là : le sauvage Glencoe, le loch Katrine oû s’évoquent d'eux-mêmes les souvenirs de la Dame du lac , les Trossachs et leur vallée merveilleuse, sans compter le Glen Falloch, tout au nord du loch Lomond , dont Rosa fit un soir retentir le rivage de sa voix puissante.
Descendre en bateau à vapeur le loch Lomond leur fut une traversée délicieuse; bientôt l'on était à Dumbarton et peu d'heures après revenus à Bancknoch chez M. Wilson, qui s'était aimablement offert à les conduire à la foire.
Les jours qui restaient à courir d'ici là furent certes bien employés. La région est riche en houillères et en établissements métallurgiques : l’on ne manqua pas de visiter ce qu’il y avait de plus intéressant, et Nathalie, au retour d'une de ces promenades, écrivait :
Chère bonne mère,
Je t’écris sans savoir ni le jour ni la date. Aujourd'hui, nous sommes allées voir la plus ancienne fonderie de fer du monde entier et je t’assure que c’est ce que l’on peut désirer voir de plus beau. Figure-toi des fourneaux qui brûlent depuis deux cents ans jour et nuit sans jamais s’être éteints une seconde. L’on compte dans cette fonderie pour le moins 25 millions de métaux ; tout nous a été montré avec le plus grand soin, et séance tenante, devant nous, on nous a fait une marmite dont nous avons vu fondre le fer, couler dans le moule, et pour la rareté du fait, on doit nous faire la soupe dedans ce soir ; cette journée pour nous a été des plus intéressantes.
Nous n’avons regretté qu’une chose, c’est que tu n’y sois pas, ma chère maman; cela serait trop de bonheur, et pourtant il faudra bien qu’il m’arrive, ce bonheur, car je compte dessus1 2.
Le lendemain, l'on s'en allait à Edimbourg, d'où Rosa Bonheur cette fois mandait certain dimanche :
Chère grosse mère,
Nous passons le plus joli dimanche à nous embêter, il pleut averse et dans ce pays-ci on sanctifie si bien le jour du Seigneur qu’il n’y a pas un chat dans