CHEZ BUFFALO-BILL
Rosa Ronheur photographiée en compagnie du colonel Cody, de M. Knoedler », de M. Tedesco
et des Indiens Red-Shirt et Rocky-Beard.
aujourd'hui lorsque, accompagné de Mme Carnot, de son fils M. François Carnot et du commandant de Maigret, il m arriva certain après-midi de dimanche (i5 septembre 1890). Je leur ai tait visiter mon ateliei et montré divers travaux que j avais en train.
S’étant assis sur la chaise longue que recouvrait la housse grise qu elle porte encore, le président me raconta que son père a\ ait été
1. C’est à la communication qu’a bien voulu m en faire M. Knoedler, que je dois de pouvoir donner la reproduction de cette curieuse photographie.
Saint-Simonien comme le mien. Tous deux s'étaient rencontrés dans la maison de Ménilmontant, dont son père avait conservé le meilleur souvenir, sans qu’il eût partagé cependant certaines exagérations d’Enfantin.
— Quoique je n'aie jamais été Saint-Simonien, ajouta M. Carnot, mon éducation a profité de ce qu’il y avait de vrai dans cette doctrine généreuse. Mon père et ma mère m’ont enseigné la grandeur et la sainteté du rôle que la femme est appelée à jouer dans la société de l'avenir, et persuadé de la nécessité d'abolir les préjugés qui empêchent la jeune fille de se considérer comme la seule gardienne de sa propre dignité. La Française n’est-elle pas capable d'user de sa liberté avec autant de discrétion que l'Anglaise et l'Américaine?
Je suis convaincu, dit-il en terminant, que les femmes auront un grand rôle à remplir dans l'amélioration du genre humain, et je ne doute pas que la pratique des institutions républicaines fasse bientôt entrer cette manière de voir dans l'esprit des pères, des mères, des frères et des filles elles-mêmes. Alors la France, qui est déjà la reine du goût et des arts, marchera à la tête du développement moral des deux moitiés du genre humain.
La Itère doctrine si bien exposée par le président de la République, je l’ai conçue quant à moi dès le début de ma carrière et je la soutiendrai aussi longtemps que je vivrai.
C’était ma première rencontre avec M. Carnot; elle suffirait déjà à me laisser de lui un souvenir ineffaçable, mais j'ai eu aussi le grand plaisir de lui rendre visite à mon tour, à l’Elysée cette fois, et en compagnie de mon vieil ami Cain, à la suite de ma nomination à la dignité d’officier de la Légion d’honneur.
C’était en 1894, c’est-à-dire vingt-sept années après la visite de l'impératrice Eugénie, et l'Exposition de Chicago en a fourni l’occasion.
Peu de temps avant l'ouverture de cette Exposition, par laquelle les Etats-Unis célébraient le centenaire de leur indépendance, M. Gambart me fit entendre que la popularité dont jouissaient mes œuvres en Amérique m’imposait le devoir d’y participer; or je n'avais rien de prêt; il leva bien vite l'objection, en proposant d’y envoyer en mon nom le Roi de la forêt et la Bousculade. D'autre part, aux Etats-Unis, la commission des Beaux-Arts de l’Exposition, ayant passé en revue celles de mes toiles qui avaient antérieurement franchi l’Atlantique, demanda à M. Jay Gould et au général Alger, de joindre à ces deux tableaux, l'un la Pastorale, l’autre les Moutons, ce à quoi ils consentirent volontiers.
Un grand nombre d’artistes de haut mérite, comme vous savez, avaient aussi envoyé des œuvres à Chicago, et la France y fut