VACHE ÉCOSSAISE, PAR ROSA BONHEUR
Un soir que nous parlions de musique, je demandai à Rosa Bonheur si elle connaissait le piano.
— Je n'ai jamais pris de leçons, me répondit-elle, mais j'avais tant de plaisir à écouter ma mère lorsque j'étais enfant, que chacun des
airs qu elle me jouait autrefois est resté gravé dans mon oreille C'est,
je crois, la raison pour laquelle j’ai ressenti une si vive sympathie pour Mme Carvalho. J'ai toujours éprouvé à l'entendre, en effet, une joie sans mélange, car sa voix avait le même timbre que celle qui m'avait bercée dans mon enfance.
Les œuvres de Gounod m'ont toujours plu ; jamais cependant
elles ne me causaient un plaisir plus raffiné que lorsqu'elles étaient interprétées par Mme Carvalho. Cette cantatrice inimitable n'avait pas
une voix très forte, mais elle possédait une merveilleuse intuition de ce quelle pouvait obtenir dans la vaste salle de l'Opéra. Elle ne criait jamais, et pourtant, dans les pianissimos même, chacune de ses notes parlait à l’oreille.
Quand elle venait ici, passer quelques jours avec moi, que de
fois mon « sanctuaire « a été transformé en salle de concert. Tandis