‹ Rosa Bonheur; sa vie, son œuvreChapitre 153 sur 220 · LA « GALERIE ROSA BONHEUR », PAR ROSA BONHEUR · texte numérisé non relu

LA « GALERIE ROSA BONHEUR », PAR ROSA BONHEUR

dit-elle. Voyez ces feuilles, devenues lumineuses sous les derniers rayons du soleil. N'ont-elles pas la transparence des vitraux les plus magnifiques? Non, il n’y en a pas de plus splendides dans les basiliques.

Ce sont les hautes futaies comme celle-ci, où les branches s'entrecroisent, qui ont inspiré aux architectes du Moyen-Age les voûtes de leurs cathédrales. Les feuilles qui tombent en automne, la sève qui monte au printemps, n'est-ce pas, après tout, le symbole de la vie future ? Pour temples, les Druides avaient leurs forêts. C’est là aussi que se trouve le mien, et que je viens prier et remercier Dieu des bienlaits dont il m a

comblée pendant toute ma carrière. La Providence m'a favorisée d’une façon spéciale : je serais bien ingrate si je ne remerciais Dieu de la vie heureuse et exceptionnelle qu'il m'a accordée, et de la protection

réelle dont j'ai bénéficié et que j'attribue à l’âme de ma chère mère. Je crois en la justice de Dieu, si ce n’est pas dans ce monde, c'est dans l'autre. Je vous l’ai dit déjà bien souvent; la seule vie matérielle est peu de chose et dure bien peu de temps pour celui qui sait y reconnaître l'Esprit créateur.

On me reproche de ne pas aller à l’église ! J'ai peut-être plus de religion que ceux qui y vont tous les jours marmotter des prières dans une langue qu'ils ne comprennent pas, au lieu de faire tous leurs efforts pour mener une

existence sans reproche

Je crois dans l’unité des grandes manifestations divines. Toutes les religions sont bonnes, dès lors que nous adorons l'Esprit infini dans sa création merveilleuse. L’Esprit créateur n’a pas voulu qu'il nous fût donné avant la mort de connaître le secret de la vie. 11 a tenu à nous laisser libres de la diriger chacun selon notre conscience, mais nous ne pouvons rien affirmer sans orgueil déplacé ou imposture. L'Esprit créateur ne peut être ni conçu, ni jugé par notre humanité.

Notre promenade à la galerie s’était achevée sans que l’esprit de

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