‹ Rosa Bonheur; sa vie, son œuvreChapitre 157 sur 220 · TETE DE CERF · texte numérisé non relu

TETE DE CERF

Dessin de Rosa Bonheur.

Elle avait jadis rêvé d'installer dans sa maison un système d’éclairage électrique, qui lui permît, au long des sombres journées d’hiver, et de ces interminables soirées qui commencent à quatre heures, de continuer ses travaux de peinture, sans qu’il fût besoin de se préoccuper du soleil absent. Avant que l'été de 1898 fût achevé, Rosa Bonheur avait décidé de mettre à exécution ce projet d'autrefois. Moteur, dynamo, batterie d'accumulateurs, tout cela nous arriva de Paris un beau matin, au grand émoi des habitants du hameau. By possède aujourd’hui l’électricité quand Fontainebleau en est encore à lui envier cette heureuse fortune.

— Avec cette belle lumière d'incandescence, qui a toutes les propriétés de celle du soleil, disait avec enthousiasme mon illustre amie, comme je travaillerai bien, pendant les longues nuits d’hiver ! J'aurai la satisfaction de terminer plus vite mes compositions de lions et de montrer que la vieille Rosa Bonheur peut encore faire parler d'elle. L'ambition de Nathalie était de m'aider à montrer au monde que, malgré le poids des ans, je n’ai pas perdu la fougue de mon Marché aux Chevaux.

Une de ses grosses préoccupations, depuis des années déjà longues, était l'achèvement de la Foulaison , cette toile dont les dimensions colossales autant que la superbe animation des chevaux qui s’y mouvaient, frappaient tous ceux qui entraient dans le grand atelier. Plusieurs fois déjà, au cours de ces pages, j'ai parlé de cette œuvre et même noté la proposition faite à Rosa Bonheur de lui prêter mon aide pour abréger sa tache et lui servir de praticien, de telle sorte que le tableau pût figurera l’Exposition de 1900. L’offre avait été acceptée, et il était entendu que nous nous mettrions au travail aussitôt achevée la construction d'un nouvel atelier que Rosa Bonheur déclarait indispensable, car elle ne pouvait se résoudre à terminer sa toile à l’endroit où elle l’avait commencée ; l'exiguité de la salle par rapport aux dimensions du tableau, l'éclairage insuffisant, lui paraissaient d'insurmontables obstacles au parachèvement de l'ouvrage.

Je faisais bien observer à Rosa Bonheur qu'il eût été plus économique et plus vite fait d’élargir la grande fenêtre et d’améliorer ainsi l’éclairage.

— C’est bien possible, répliquait-elle, mais je ne veux rien changer ici. Quand cela me coûterait une vingtaine de mille francs, ce serait une bagatelle à côté des trois cent mille que MM. Tedesco m'ont promis pour le jour où la Foulaison leur sera livrée.

A l’époque où j’ai fait construire cet atelier, je n'ai pas pu surveiller

les travaux. L architecte s est épuisé en eflorts de décoration tant à 1 intérieur qu a 1 extérieur; il a inventé des cheminées qui se terminent en mirlitons, des poutrelles façon normande, des briques rouges et blanches entrelacées; d un coté, le toit soutient un colombier surmonté d'une girouette portant pompeusement mes initiales; de l'autre, se trouve une terrasse du haut de laquelle on peut observer les étoiles, mais mon brave architecte a oublié la chose essentielle pour des toiles

Photographie Braun, Clément et C**. Collection Tedesco.

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