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LÉVRIER ( I 866), PAR ROSA BONHEUR

de grandes dimensions. A la place de ce magnifique lustre et de ces décorations au plafond, combien j’aurais préféré une large baie, par où les rayons lumineux inonderaient mon « sanctuaire » !

Quant à ma Foulaison , je tiens à n’y travailler qu’avec tous les éléments nécessaires pour en faire un chef-d'œuvre. 11 faut que je la peigne comme si j'étais en plein air.

Dès le lendemain, Rosa Bonheur vit son architecte, lui indiqua les dimensions qu elle projetait de donner au petit édifice, et prit des mesures, limitant l’emplacement avec des piquets et des cordes.

— Mon plan est des plus simples, expliquait-elle, quatre murs et

dans l’un, une large fenêtre; en haut, un plafond vitré. Mais comme ces arbustes qui nous entourent me gêneront, il faut vous arranger pour installer des volets qui intercepteront les reflets verts.

Se tournant vers moi :

— Lorsque la Foulaison sera partie pour l’Exposition universelle, cette nouvelle construction deviendra votre atelier, et afin qu’il soit bien établi qu'il vous appartient déjà, vous paierez le premier acompte.

Dans un angle, l'architecte a reçu l'ordre de disposer une plateforme sur laquelle vous installerez plus tard un intérieur de paysan pour composer vos tableaux de genre.

J’espère, ma chère Anna, que vous y travaillerez pendant de longues années et que vous y rencontrerez d'heureuses inspirations. Je vous souhaite une persévérance pareille à celle de mes amies les araignées, que vous voyez accrochées aux poutres de mon «sanctuaire». Je respecte religieusement les toiles de ces laborieux insectes. Non seulement ils me débarrassent des mouches dont je suis harcelée chaque été, mais encore il me plaît d’avoir sous les yeux une preuve constante de l’admirable industrie des filles d’Arachné.

Quinze jours plus tard, fut posée la première pierre du nouvel atelier, et cela se fit avec quelque cérémonie. Rosa Bonheur prit sa palette, une grosse brosse ronde et dessina crânement sur le bloc :

By, 2 g Août iSgS.

Ensuite elle donna le coup de marteau d’usage.

Lorsque la charpente fut terminée, nous eûmes l’heureuse surprise de voir les ouvriers remplacer le traditionnel bouquet que l’on attache au faite du toit par deux drapeaux, l’un français, l’autre américain.

— Ces braves travailleurs ont deviné le véritable caractère de notre amitié, remarqua Rosa Bonheur ; ils ont compris que ce qui m’attirait vers vous, ce n’est pas seulement une sympathie personnelle, mais que c’en est une aussi pour la nation à laquelle vous appartenez. Vous êtes pour moi le symbole de l’alliance de la vieille Europe avec la jeune Amérique.

En attendant que ce travail assez considérable en somme fût achevé, et pour nous consacrer entièrement ensuite à la Foulaison , il était sage que Rosa Bonheur se débarrassât tout d’abord des travaux qu’elle avait en train, et ce n’était pas une mince besogne.

Je dus à cette accumulation de labeur artistique l’honneur de devenir non seulement l'élève de Rosa Bonheur, mais aussi, jusqu’à

un certain point, sa collaboratrice. Dès l'automne de 1898, notre promenade quotidienne eut pour premier objet l'observation des effets qu’elle désirait reproduire dans ses compositions. Selon le cas, nous nous rendions dans la plaine ou dans la forêt, à moins que ce ne fût sur les bords de la Seine. C'est au cours d une de ces promenades qu’elle me disait :

— J’aime à rendre l’atmosphère mystérieuse qui enveloppe les arbres lorsque la brume du matin n'a pas encore été dissipée par les premiers rayons du soleil, ou quand les ombres grandissantes du soir annoncent les approches de la nuit. Si je n'étais pas sur le déclin de la

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