BISON
Étude de Rusa Bonheur, faite chez BulValo-Bill en )88<j.
serez bien assez bonne pour faire encore un effort en ma faveur, lorsque vous traverserez les Prairies. Essayez donc, cette fois-ci, d’obtenir fraîches quelques-unes des herbes dont je vous ai parlé et qui trouveront leur place au premier plan de mon tableau. Sans ces documents, je n'oserai jamais commencer ma grande composition des Bisons fuyant l’incendie, ni celle des Chevaux sauvages dans le Far-West que je me
i. M. Knoedler m’a raconté que le colonel Cody avait un jour invite à sa table, en même temps que Rosa Bonheur, les deux chefs indiens Rocky-Beard et Red-Shirt. La vieille artiste mangea à peine. On lui en fit l’observation. « Pourquoi voulez-vous que je mange, fit-elle, est-ce que je ne fais pas cela tous les jours, tandis que je n’aurai pas tous les jours sous les yeux deux êtres si intéressants à étudier. »
promettais de faire aussi, et j'y tiens essentiellement pourtant Vous
ne sauriez croire combien je retrouve toute mon ardeur d’autrefois, lorsque je fais revivre sous mon crayon les scènes si émouvantes de Fenimore Cooper.
Ces efforts auxquels je me livre sont des distractions que m’envoie la Providence ; elles me font oublier, pendant quelques instants, la solitude dans laquelle je vis depuis la mort de Nathalie Micas. C'était l’amie dévouée de mon enfance; elle partageait mes joies et mes douleurs, et avait été témoin de mes luttes comme de mes succès.
Il me reste beaucoup de travaux, pourtant, que je désirerais achever avant de rejoindre là-haut les âmes que j'ai aimées ici-bas.
Je suis toute seule : les intentions du Créateur sont souvent difficiles à comprendre
Au moment des adieux, elle me dit, avec un peu de mélancolie souriante :
— Vous allez partir, ma chère Miss Anna, mais j'espère que nous nous reverrons avant que je quitte ce monde. Non pas adieu, au revoir.
C'est avec une profonde émotion que cette fois je me séparai de 1 excellente femme. Je m’éloignai de sa maison, persuadée que, malgré l'assurance contraire qu'elle venait de m'en donner, j'avais embrassé Posa Bonheur pour la dernière fois.