‹ Rosa Bonheur; sa vie, son œuvreChapitre 62 sur 220 · TETE DE LION · texte numérisé non relu

TETE DE LION

Dessin de Rosa Bonheur.

baptême retrouvé dans les papiers de ma famille1. Elle a été baptisée dans cette même ville quatre jours après sa naissance, sous le nom de Christine-Dorothée-Sophie Marchisio dit Marquis, et n’avait que deux ans lorsque M. Dublan de Lahet la fit venir chez lui, à Bordeaux, en même temps qu'une nourrice d'outre-Rhin.

M. Dublan, dont je viens de prononcer le nom, était fils d’un financier qui avait été trésorier du roi sous Louis XV ; lui-même avait été page de Marie-Antoinette.

A son retour de l’émigration, il ne retrouva que quelques débris de la fortune de son père, qui lui permirent néanmoins de vivre d'une façon honorable jusqu’à la fin de ses jours 2.

M. Dublan appelait ma mère sa nièce et sa pupille, et il la fit élever avec ses propres enfants.

Quand ma mère eut une dizaine d’années, on commença son éducation, et ce fut une éducation très soignée de grande dame. On lui donna des leçons de composition, de littérature française et de langue espagnole. Elle apprit aussi à chanter, à danser, à jouer du piano, et, plus tard, elle eut comme maître de dessin un artiste qui excellait dans l’art de faire vibrer les jeunes intelligences.

Ce modèle des maîtres était bien proportionné, beau garçon, avec des cheveux blonds et bouclés. Dans tout Bordeaux on l’appelait 1' « Ange Gabriel », mais son vrai nom était Raimond Bonheur3.

Lorsque ma mère songea à l’épouser, M. Dublan fit quelque résistance, parce qu’il ne trouvait pas que la position du jeune professeur répondît aux espérances qu’il avaiCconçues pour sa pupille. Le mariage eut lieu cependant (21 mai 1821)4.

1. Voici, traduit du latin, l’extrait du registre des baptêmes de la communauté catholique d’Altona, délivré le 6 novembre 1824 par M. Jos. Versen, curé :

« L'an mil sept cent quatre-vingt-dix-sept, le 2 mars, est née et le 6 du même mois a été baptisée Christine-Dorothée-Sophie, tille légitime de Laurent-Modeste-Antoine Marchisio dit Marquis, et de Marie-Anne Triling. Le parrain fut Antoine Paris et (sic) Christine-Dorothée-Sophie, sa femme. »

2. M. Dublan de F.ahet habitait à Bordeaux dans la rue de l’Intendance et s’occupait de commerce ; il avait aussi une propriété à Quinsac.

3. Raimond-Oscar-Marie Bonheur, fils de François Bonheur et de Marie Pérar, naquit à Bordeaux le 20 mars 1796. Elève de Pierre Lacour, directeur de l’école municipale de dessin, il fut quelque temps professeur au collège de Confolens, puis, jusqu’au moment de son départ pour Paris, dans un pensionnat de sa ville natale.

L’église Saint-Seurin possède de lui deux tableaux : Saint Amand et Saint Seurin.

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