B É LIER, BREBIS ET AGNEAU, PAR R OSA BONHEUR
(Salon de 1845, 3e médaille.)
Le soir venu, nous rentrions chacune chez nos parents, pour le dîner.
Je ne me contentais pas de travailler entre les quatre murs de mon atelier. A la belle saison, je parcourais les quartiers des Batignolles, des Ternes, et le versant nord de la Butte-Montmartre; j'allais à Villiers, près du parc de Neuilly; ce n'était que fermes, étables et écuries. Même il m’arrivait de m’éloigner de Paris et de prendre pension dans les pays où je m'arrêtais. C’est ainsi que, plusieurs fois, je suis allée à Anet ; j’avais trouvé un gîte chez le juge de paix qui, tout comme sa femme, me comblait de prévenances et de soins. Il existe là les ruines
du fameux château qu’Henri II fit construire pour Diane de Poitiers, mais ces vieilles murailles tentaient moins mon crayon que les moutons, les chèvres et les vaches qui paissaient dans les champs d'alentour.
Je ne me plaisais qu’au milieu de ces bêtes, je les étudiais avec passion dans leurs mœurs. Une chose que j’observais avec un intérêt spécial, c'était l'expression de leur regard : l’œil n'est-il pas le miroir de l’âme pour toutes les créatures vivantes; n'est-ce pas là que se
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