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CHAPITRE XIV

VOYAGE AUX PYRÉNÉES. — UNE SAISON A E M S (l85o).

Mon père mort, il n’y avait plus personne à la maison à qui faire part de mes joies et de mes peines. Un tel vide m’effraya, et c’est alors que je demandai à Mme Micas de vouloir bien me permettre de vivre chez elle et de me considérer désormais comme la sœur de Nathalie, ainsi que M. Micas en avait manifesté le désir dans ses derniers moments. C’est de ce jour que date la jalousie des miens, et, pour son compte, ma bellemère, dont la vue me rappelait combien ma mère était charmante, s’est beaucoup plainte de ce qu elle appelait mon abandon de la maison paternelle. N’avais-je pas le droit de suivre les impulsions de mon cœur et d’aller vivre avec mes amies? Si je m’étais mariée, aurais-je continué d’habiter avec elle ? Il était bien naturel que je m’adresse à Mme Micas au lendemain du jour où, avec une générosité admirable, elle avait mis à ma disposition tout ce qu’elle

possédait pour me permettre de payer les dettes de mon père. Son dévouement m'a permis d'accroître rapidement mes ressources, et toute la famille en a profité, car de vivre séparée d'eux ne m’a pas empêchée de leur venir en aide : c’était encore moi qui faisais bouillir la marmite, tout comme auparavant. A mes deux frères, je prêtais mes dessins, et combien de fois ai-je partagé avec eux le prix de tableaux auxquels ils avaient collaboré? A mon beau-frère1 j’abandonnais mes droits d’auteursur les

animaux sculptés qu’il coule en bronze encore aujourd'hui. Je lui ai dessiné, sur pierre lithographique, des compositions importantes qu'il a éditées.

Pour ne pas risquer d'entraver la carrière artistique de mon frère Isidore, j'ai cessé d’exposer à la sculpture le jour où je me suis rendu compte de son talent dans cet art.

Tant qu'à ma belle-mère, je n'ai jamais cessé d’être bonne pour elle.

Un an avant la mort de mon père, elle nous avait donné un petit frère, Germain'. C'est moi qui ai payé, aussitôt que cela me fut possible, les frais d’éducation de cet enfant.

Plusieurs fois l’on a demandé ma rnain. J'ai toujours refusé. Ma bellemère, au surplus, avait la manie de faire des unions dans sa famille. Un des fils qu elle avait eus de son premier mariage a épousé ma sœur une de ses nièces est devenue la femme de mon frère Auguste. Je n'ai pas voulu qu’on me choisisse un époux de cette manière. Cela ne veut pas dire, certes, que je fusse d’une nature froide et indifférente, incapable d’apprécier les hommages de l'homme qui fût devenu mon mari ; mais, que voulez-vous, j’ai préféré conserver mon nom. Du reste, je suis heureusement parvenue à lui donner quelque éclat, grâce, sans doute, à la protection de ma mère. Et puis, comme la religion, l'art ne peut-il pas avoir ses vestales?

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