‹ Rosa et GertrudeChapitre 1 sur 15 · IK1@T0©I · texte numérisé non relu

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M. RODOLPHE TÔPFFER'.

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Il est de Genèye , mais il écrit en français, en français de ' bonne souche et de très légitime lignée, il peut être dit an romancier de la France. On le contrefait à Paris en ce moment 2 : petite contrefaçon à Tamiablc , où n'ont que faire

* J'étais certes loin de penser, lorsque j'écrivais , il y a cinq ans , ces pages destinées à présenter le charmant auteur genevois à notre public français, qu'elles dussent si tôt servir d'introduction à ce volume qui ne paratt qu'après lui. Je les reproduis ici telles qu'on les pul lire alors, et comme marquant le point de départ, le premier pas d^ la critique de P%fis à sa*reiicontre. Cinq années avaient suffi por)i faire de lôpfier un.dp'iiés'.écri vains les plus goûtés et presque les plus populaires.. Je le redirai tout à l'heure en complétant ce p^entief ^fttt^cle*^ en tâchant d'appré- ^ cier l'artiste excellent au pio|r\,ônl Qti i\ a ^été ravi.

' Il s'agissait du volume 4ntU'dl^ N^ij^Hef'gefi^evoisesihïhMolhè' que Charpentier). — M. Dûbochet a depuis donné de nouvelles éditions avec luxe. Je laisse subsister dans ce travail les indications bibliographiques antérieures, comme pouvant être utiles aux gens du métier.

Il NOTICE

les grandes lois de propriété littéraire qu'on médite , et auxquelles j'avoue pour ma part ne trop rien comprindre. AI. Xavier de Maistre , en passant à Paris il y a deux ans , a trahi , a dénoncé M. Tôpffer, qui déjà n'était pas du tout un inconnu pour ceux qui avaient fait le voyage de Suisse et qui aTaieot feuilleté au passage les spirituels albums humoristiques nés de son crayon. Mais c'est comme écrivain , comme romancier , que noiis l'a livré M. de Maistre ; aux éditeurs friands qui lui demandaient encore un Lépreux ou quelque Prisonnier du Caucase , il répondait : Prenez du TôpITer. En voici donc aujourd'hui , et par échantillons de choix. Nous espérons qu'il réussira , même auprès de nos lecteurs blasés des romans du jour, ne fût-ce que comme une échappée d'une quinzaine à Ghamouny.

Pour nouS) à mesure que nous lisions les page^ les plus itewr^asef de l'auteur genevois , il nous semblait retrouver, JB fna^d'une vie étoufifée, quelque chose de l'air vif et frais des montagnes ; une douce et saine saveur nous revenait au goût, en jouissant des fruits d'un talent naturel que n'ont Mteint ni ilndustrie ni la vanité. Nous nous disions que c'était on exemple à opposer véritablement à nos œuvres d'ici , ri raffinées et si infectées. Mais prenons garde ! ne le disons pas trop. Publier et introduire en une littérature corlx>mpue ce| Jicoi^êl!^ glèMvùtVèsifiàe l'air dont Tacite a donné ses Mores Çernianofum , [cesserait les compromettre tout d'abord. Qu;oçyeuîÛéifcnKtfy voir, si on l'aime mieux, qu'une variété\aiî jBjélaîige » jan assaisonnement de plus.

C'est une étrlngètsîMaïfÂî»>îeft*àîlaquelle nous ne pensons guère, nous qui ne pensons volontiers qu'à nous-mêmes, que celle de ces écrivains qui , sans être Français , écrivent en français au même litre que nous, 'du droit de naissance ,

sua H. TÔPFFBB. Ht

do droit de lenr nourrice et de kars deux. Toute b Suisse fraoçaise est ibns ce C9» ; aadeo pays roman qui s'est dé-? gagé comme il a pu de la langue iiHermédiaire du moy^ 4ge, et qui , au seizième siècle , ^ élevé sa voix ausai haut que nous-mêmes dans les controverses {dus ou moins élo* quentes d'alors. Ce petit pays , qui n'est pas un démembrement du nôtre , a tenu dès lors un. rôle très important par la parole; il a eu son français un peu ^ part, original» soigneusèment nourri , adapté à des habitudes et à des m<eurs très fortes ; il ne l'a pas appris de nous » et nous venons lui ^e déss^éaUement » si quelque écho parfois nous en arrive ; Votre français est mauvais ; et à chaque mot, à chaque ac« cent qui diffère , nous hausjsoqs les épaules eu grands mpleurs que nous nous croyons. Voilà de l'iiyustice ; nou» abusons du droit du plus fort; des deux voisins , le plus gios écrase l'autre; nous nous faisons le centre unique; il est vrai qu'en ceci nous le aomme^ devenus un peu.

kfi seizième siècle , au temps de la féconde et pqissantu

di4)ersion « les choses n'en étaient pas là encore. Les Calvin t

les Henri Estienne , les de Bèze , les dUuhigné , ces granda

lyMumes éloqueMa que recueillait Genève et qu'elle savait si

étroitement s'approprier, comptaient autant qu'aucun dans

ia balance, Mîûs le dix-septième siècle , en constituant le

français de Louis X.I V et de Versailles , qui était aussi pour

le fond , disonsrle à sa gloire, celui des balles ^t de la pliice

Maabert , rejeta hors de sa sphère active et lumineuse le

français de la Suisse réformée , lequel s'isola , se cantonna

de plus en plus dans son bassin dii Léman , et continua ou

acheva de s'y fractionner. Ainsi l'idiome propre de Genèye

n'est pas le même que celui de Lausanne ou de Neuchitel ,

et les littératures de ces petits États pe diff^TW pas ipoins

IV I^OTICE

par des traits essentiels et presque coatrastés. Relais dans tous, si l'on va au fond et à la souche, on retrouve, à titvers la diction, de vives traces et comme des herbes folles delav^étation libre et vaste du seizième siècle , sur lesquelles , je crois l'avoir dit ailleurs , le rouleau du tapis vert de Versailles n'a point passé. Ces restes de richesses , piquantes à retrouver sur les lieux , et qui sont comme des fleurs de plus qui les embaument , n'ont guère d'ailleurs d'application littéraire , et les écrivains du pays en profitent trop peu. Nous verrons que M. TôpfTer y a beaucoup et même savamment butiné ; ce qui fait ( chose rare là-bas ) que son style a de la fleur.

Qu'on se figure bien la difficulté pour un écrivain de la Suisse française , qui tiendrait à la fois à rester Suisse et à écrire en français , comme on l'en tend et comme on l'exige ici. Il faudrait , s'il est de Genève , par exemple , qu'il fît comme s'il n'en était pas , comme s'il n'était que d'une simple province ; il faudrait qu'il fût tout bonnement de la langue de Paris , en ne puisant autour de lui , et comme dans des souvenirs , que ce qu'il y trouverait de couleur locale. Mais Genève n'est pas une province , c'est bien sérieusement une patrie , une cité à mœurs particulières et vivaces; on ne s'en détache pas aisément , et peut-être on ne le doit pas. Les racines historiques y sont profondes ; l'aspect des lieux est enchanteur; volontiers on s'y enferme, et le Léman garde pour lui ses échos.

Combien n'y a-t-il pas eu , autour de ce Léman de Genève ou de Vaud , de jeunes cœurs poétiques dont la voix n'est pas sortie du cadre heureux, étroit pourtant, et qui , en face des doux et sublimes spectacles , au sein même du bonheur et des vertus , et tout en bénissant, se sont sentis parfois

SUR H. TÔÏFFIH. Y

comme élooffés J On chante , on chante pour soi , pour Dien et pour ses frères vomns ; mais la grande patrie est absente , la grande , la Taine et futile Athènes n'en entend rien. J'ai troQTé ce sentiment-ti eipriroé avec bien de l'onction résignée et de la tendresse dans les strophes nées un soir au plus beau site de ces rivées et sorties d'un de ces nobles OBurs dont j'ai parlé , strophes dés longtemps publiées, qui ont fait le lonr des rochers sonores et qu'on n'a pas lues ici :

Pourtant, à ma pairie, ô terre des montagnes £t des lacs bleus dormant sur leur lit de gravier. Nulle fée autrefois errant dans tes campagnes, Nul esprit se cachant k l'angle du foyer, Nal de ceux dont le cœur a compris ton langage, Ou dont l'œil a percé ton voile de nuage.

Ne t'aima plus que moi , terre libre et sauvage , Hais oii ne crott pas le laurier.

J'ai vu quelques rameaui de l'arbre de la gloire , Poussant avec vigueur leurs jets aventureux , Se pendier, il est vrai , sur l'onde sans mémoire De ce Léman vaudois que domlue Honlreux.

Hais DU soufDe inconnu rassemblait les tempêtes : D'àrvel et de Jaman l'éclair rasa les crêtes. Les lauriers tristement inclioërent leurs têtes. Et le beau lac pleura sur eux '.

Et en effet , dans ce frais bassin du Léman si couronné de ipicudcnr par la nature, il n'y a pas telle chose que la gloire, et la plante de poésie, même venue en pleine terre, a partout besoin de ce soleil un peu factice, sans lequel son frnit mdrit, mais ne se dore pas complètement.

Pour nous en tenir à Genève toutefois, le plus considérable

' Dans le recueil des Deax Voix, par Juste et Caroline Olivier.

V MOTIGS

des trois petits États, et sons le nom duquel , dans nos à pea près d'ici» noiis nous obstinons à confondre tous les autres, la difficulté, ce semble, est moindre ; véritable lieu de rendez^ TOUS et de passage européen , il y a là naturellement théâtre à célébrité. Et puis, si Genève est un petit État, c'est une grande cité , et , comme Fa dit avec orgueil Texcelleot Sene^ bier dans V Histoire littéraire qu'il en a écrite, c'est une des écoles lumineuses de la terre. Qu'on parcoure les trois volumes de cette histoire qui ne va pas au delà de 1786 et qui néglige amsi les dernières années si remplies du dix-huitième siècle, que de noms illustres et vénérés s'y rencontrent! Théologie, droit public, sciences, philosophie et philologie, morale, toutes ces branches sont admirablement représentées et portent des fruits comme disproportionnés à Toeilavec lepeu d'apparence du tronc; c'est un poirier nain qui est, à lui seul, tout un verger. Certes la patrie de Cramer, de Calandrini, de Burlamaqui, de Trembley, de Bonnet et de Saussure, n'a rien à envier aux plus fières patries, surtout quand eUe est la nourrice aussi et la mère adoptive de tant d'hommes dont le nom ne se sépare plus du sien , et quand elle a , selon les temps, Calvin pour les saints , Abauzit pour les sages, A Genève, grâce à l'esprit de cité et de famille, apparaissent et se croisent de bonne heure des dynasties, des tribus de savants appliqués et honorés, les Godefroy, les Le Clerc, les Pictet, dans une sorte de renommée sans dissipation , qui ne va pas jusqu'à la gloire, et qui demeure revêtue et protégée de modestie et d'ombre. Genève est le pays qui a envoyé et comme prêté au monde le plus d'esprits distingués , sériçux et influents : de Lolme à l'Angleterre, LefortàlaRussie, Neckeràla France, Jean- Jacques à tout un siècle, et Tronchin, Etienne Dumont, et tant d'autres, eu même temps qu'elle en a recueilli et fi^^é

SUR H. TÔPrPSB. TU

cliei elle on grand ncanbre d'éminoits de toates les contrées aoi divers temps, t&m, au milien detouteeceiriciwMa,iiir OB seul point, ai l'on connUte l'histoire littënire de Génère, il r 1 presque divette , et duu les iiAet de Senebier, et du» les BDaTOiirs qui les complètent, on ne rencontre pas, Jean- Jacqnes il part, un seul romancier célèbre, pas tm seul potte iUiistre:

Les beanx-arts, ou du moins les arts agréables et utiles, j forent caltÎTés plus heureusemenL Petitot, le célèbre peintre sur émail , paya sa belle part dans les cbefs-d'œuvre du dixseptième siècle. Mais encore , en général , l'école des arU i Genève ent plutôt un caractère de patience, d'aj^lïcation et d'industrie ; l'utilité pratique ne s'en sépara point, et l'artiste serra de près l'artisan.

Une certaine l^èreté d'agrément, qui est, à pro|Mmnent parler, l'Iionneur poétique et littéraire , manqua dono t la culture genevoise; Senebier le reconnaît lui-même et en rediercbe les raisons : a La plupart des écrirains genevois, profonds dans l'iavenlion et la déduction de leurs idées, sont bibles pour le coloris et pesants dans le style ; ces défauts ne naîtraient-ils pas de la gravité et de la réflexion que le sentiment de la Uberté inspire , que le goût de prononcer sur les objets importants du gouvernement nourrit ' T... > Gela me paraît venir surtout de ce qu'en écrivant, lesaateors genevois, même ceux qui ont le sentiment du stylo, ne se sentent pas complètement chez eux dans leur langue ; la vraie mesure, le vrai niveau si mobile de cette langue, n'esl pas au bord du Léman , mais aux bords de la Seine ; ils le savent bien ■ ils

* Petit exemple, en passant, de celte pesaui«ur de iliuLi duni il s'agit.

VIII HOTICB

8*efforceat, ils se contraignent de loin ponr y atteindre, et Ton s'en aperçoit Jean-Jacques lui-même, à côté de Ydtaire, sent Teffort : il y a mainte fois de TouTrier dans son art. Mais c'est particulièrement chez des écrivains distingués et secondaires, tels que M. Necker, que le fait devient très sensible ; ils travaillent trop leur phrase, ils en pèsent trop tous les mots, c'est trop bien. Et puis écoutez-les causer : ils parlent comme des livres. Quintihen rapporte de Théophraste, cet homme d'ailleurs si disert, que, comme il affectait un certain mot, une vieille d'Athènes ne balança pas à dire qu'il était étranger. — £t à quoi reconnaissez-vous cela? demanda quelqu'un. — ^En ce qu'il parie trop bien, répondit-elle; quàd nimiùm atticè loqueretur.

M. Tôpffer, nous le verrons , ne paraît pas s'être posé la difficulté ainsi, et c'est pour cela peut-être qu'il en a mieux triomphé; il n'a pas cherché à être français ni attique , il a été de son pays avec amour, avec naïveté, un peu rustiquement , cachant son art, et il s'est trouvé avoir du sel et de la saveur pour nous.

Et d'ailleurs, il faut le reconnaître, tout change ; Genève est en train de se modifier, de perdre ses vieilles mœurs et son à parte ^ plus même qu'il ne lui conviendrait. Nous aussi, nous changeons, et le centre de notre attraction semble moins précis de beaucoup et moins rigoureux. Le dix-septième siècle est dissous, une sorte de seizième siècle recommence. Chacun peut y retrouver son compte et s'y gagner un apanage. Les classifications ont peine à se tenir, et les exceptions font brèche sur tous les points. Si nous avons à signaler un romancier à Genève, quoi de si étonnant ? Pradier, le plus voluptueux de nos statuaires, n'en vient-il pas? Léopold Robert, le plus italien de nos peintres, est sorti de Neuchâtel.

SKB M. TOPFFEB. IX

Tonjonrs est-il qae si, sur leslienx.on considère de près, a*ec quelque attention , la physionomie générale et les lHx>dnits beaucoup plus multipliés qu'on ne peut croire de la littérature courante, on reconnait combien Gettère, en tout tx qai est poétique, romanesque et parement littéraire, reste an-dessous , depuis cinquante ans , de son voisin le canton de Vaud, qui, avec bien moins d'importance et d'illustratioa, et sous un air de rusticité, a beaucoup plus le goût de ces sortes de choses.

M. TôpSer nous paraît i ceci une contradiction heureuse, d'autant plus heureuse que ce n'est pas un romancier »mjdement issu de GeuËve et qui se soit exercé sur des sujets étrangers, mais un romancier du cru et qui a iraiment radoe dans le soL Étudions-le donc nu peu i fond, comme nons avons fait une antre fois ponr madame de Charrière.

M. Rodolphe TOpfl'er est né â Genève le 1 7 février 1 799', eu nonante-neuf, comme ony dit encore; il se trouve antérieur de quelques années , par la date de sa naissance, h cette génération romantique qui, vers 1 828, se remua à Genève ou à Lausanne, à laquelle appartiennent les deux poètes Olivier de là-bas, et d'oii nous sont venus ici Imbert Gallois pour y mourir, et M. Charles Didier à travers son grand tour d'Italie. Les parents de M. Tôpffer, comme le nom l'indique , sont d'origine allemande, et on pourra, si l'on veut, en retrouver quelque trace dans le talent naïf et affectueux de leur fils. Tourtant Genève a cela de particulier, ce me semble, du s'assimiler très vite et cordialement l'étranger qui s'y naturnlise ; c'est un petit foyer très fort et qui opère de pri's sa fusion. Quant ï la langue, on conçoit que l'effet de ces mËlaugcs y reste plus sensible, et que, de tous ces ^les conlinucllc ment versés et déteignant l'un sur l'autre, il résulte un

X N0XIC£

couche superficielle un peu neutre , précisément ce style mixte que nous accusons.

Mais le jeune Rodolphe Tôpfier parait avoir été d'abord comme un enfant de la pure cité de Genève et de la vieille souche. Né dans un quartier du haut , habitant derrière le temple Saint-Pierre, près de la prison de l'Évêché , en cette maison même, dite de la Bourse française^ où se passe toute V Histoire de Jules ^ il nousadécrit, dans ce touchant ouvrage, ses premières impressions, ses rêves à la fenêtre, tandis que, par-dessus le feuillage de l'acacia , il regardait les ogives du temple, la prison d'en face et la rue solitaire. Son père, encore vivant, est un peintre spirituel , estimé , et connu de ceux des artistes de Paris dont les débuts ne sont pas de trop fraîche date K Cet excellent père, éclairé par rexpérience, et qui avait conquis lui-même son instruction, la voulut ménager à acm fils de bonne heure, et pour cela il eut à lutter contre les goûts presque exclusifs d'artiste que dénotait le jeune enfant. Celui-ci se sentait peintre en effet, et aurait voulu en commencer l'apprentissage incontinent : le père tint bon et exigea qu'avant de s'y livrer, son fils eût achevé le cours entier de ses études. Le jeune Rodolphe étudia donc, jusqu'à l'âge de dix-huit ans, mais à la façon de Jules , en attendant , €it non sans bien des croquis entre deux bouquins, non sans de fréquentes distractions à la vitre. Les cha-

* 11 y a mieux , et le rapport du père au fils est plus étroit. M. TôpITer, le père, a été le premier peintre suisse qui soit entré, sur les traces du paysagiste De La Rive, dans la voie de la reproduction fidèle de la nature-; il a été Tinterprète le plus franc et le plus fin du paysage savoyard, et a réussi à exprimer la poésie familière des noces de village, des marchés , des foires. C'est un hommage que son fils lui a rendu avec une franchise qui a aussi s^ déiicat^e {BibltQt, universelle de Genève, septen^re 1843).

SUH H. TÔPFFEB. XI

pitres sur la flânerie qui ouvrent la Bibliothèque de mon oncle sont , comme il le dit agréablement , ^histoire fidèle des plus grands travaux de son adolescence : « Oui , la flânerie est chose nécessaire au moins une fois dans la vie , mais surtout à dix-huit ans au sortir des écoles. .. Aussi un été entier passé dans cet état ne me paraît pas de trop dans un éducation soignée. Il est probable même qu'un seul été ne suffirait pointa faire un grand homme : Socrate flâna des années; Rousseau jusqu'à quarante ans; La Fontaine toute sa vie. » Jules, j'ose le dire après ample informé, c'est exactement le jeune Rodolphe quant aux impressions, aux sentiments, et sauf les aventures.

Ses premières lectures, celles qui agirent le plus avant sur son esprit encore tendre , je les retrouverais dans ses écrits encore, en combinant avec son Jules le Charles du Presbytère. Ce fut Plorian d'abord comme pour nous tous , Florian y compris son Don Quichotte édulcoré , qui déjà pourtant éveillait et égayait chez lui la pointe à*humonr. Le Télémagz^e et Virgile lui enseignaient au même moment l'amour des paysages et le charme simple des scènes douces. L'œuvre d'Bogarth , qui lui tombait sous la main , lui déroulait l'histoire du bon et du mauvais apprenti , et les expressions de crime et de vertu , que ce moraliste peintre a si énergiquement burinées sur le front de ses personnages , lui causaient, dit-il , cet attrait mêlé de trouble qu'un enfant préfère à tout. Son vœu secret, dès lors, son ambition, eût été d'atteindre aussi à servir un jour le sentiment et la moralité populaire dans ce cadre parlant de la littérature en estampes. C'est Hogarth qui l'initia à se plaire à l'observation des hommes , et aussi à se passionner plus tard pour Shakspeare, à qui il l'a fouvent comparé , à s'éprendre enfin de Ricbardson , de Fie'

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