‹ Rosa et GertrudeChapitre 2 sur 15 · XII NOTICE · texte numérisé non relu

XII NOTICE

ding , des grands moralistes romanciers de l'école anglaise. Alala eut son jour ; mais il lui fut inGdèle (à Tinverse de madame de Staël et de beaucoup d'autres) dès qu'il eut connu Paul et Firgtnie. On voit déjà les instincts se dessiner : naturel « moralité, simplicité, finesse ou bonhomie bu* maine , plutôt qu'idéal poétique et grandeur.

Pourtant l'influence de Jean-Jacques sur lui fut immense, et, à cet âge de seize à vingt ans , elle prit dans son âme tout le caractère d'une passion. Ce ne fut pas comme livre seulement, mais comme homme y que Rousseau agit sur son jeune compatriote ; le site , les mœurs , les peintures retracées et présentes contribuaient à Tillusion : « Durant deux bu trois ans , a pu écrire M. Tôpffer, je n'ai guère vécu avec quelqu'un d'autre. » Entendons-nous bien, c'est avec le Rousseau de Julie , avec celui des courses de montagnes et des cerises cueillies, et de tant d'adorables pages du début des Confes^ sions , avec le Rousseau des Charmettcs.

Que si l'on ajoute à cette influence , d'autant plus heureusement littéraire qu'elle y visait moins , des lectures entrecoupées de Brantôme, de Bayle ^ de Montaigne, de Rabelais, tomes épars dans l'atelier de son père et que l'enfant avait lus et sucés au hasard sans trop comprendre , mais parfaitement captivé par les couleurs du style ou par cette naïveté que Fénélon osait bien regretter, on reconnaîtra combien est véritablement et sincèrement française la filiation de M. Tôpffer , et à quel point nous avons droit de la revendiquer.

Les études classiques qu'avait voulues le père étaient terminées ; l'âge de la profession tant désirée était venu ; la pein-

^ Le diclionnaire dans lequel Jules {Histoire de Jules, première partie) trouve l'histoire d'Uéloïse n'est autre que celui de Bayle.

SUR M. TÔPFFER. Xlll

turc allait ouvrir , développer enfin ses horizons promis devant le jeune homme, qui, de tout temps, avait croqué, dessiné , imité. Il se disposait à partir prochainement pour ritalie , lorsqu'une affection des yeux , que Ton crut d'à* bord passagère et qui n*a jamais cessé depuis, vint suspendre et ajourner encore une fois le rêve. Deux années de vain espoir et de tentatives pénibles suivirent; elles furent cruelles pour celui qui s*en était promis tant de joie : décidément la peinture lui échappait C'est vers ce temps que , sous prétexte de consulter les hommes de Fart , mais en réalité plutôt pour tromper ses anxiétés par Tétude , il se rendit à Paris, n'y consulta personne, renonça tout bas et avec larmes à la vocation d'artiste , et , renouant avec les lettres , s'appliqua à devenir un instituteur éclairé. Ce séjour à Paris date de 1819 à 1820; de jour, il suivait les cours publics; il allait écouler Talma le soir. Les anciens et la littérature moderne faisaient alors l'objet de ses études. Déjà vendu à Shakspeare, il épousait dans son cœur ces idées littéraires nouvelles qui commençaient à poindre ; au Louvre, il se rangeait secrètement pour la Méduse de Géricault contre le Pygmalion de Girodet Cette crise un peu fiévreuse n'eut qu'un temps. De retour à Genève, sous-maître dans un pensionnat d'abord, puis à la tête d'un pensionnat de sa propre création, père de famille, finalement appelé à occuper la chaire de belles-lettres dans l'Académie , c'est du sein d'une vie heureuse et comblée , et comme unie en calme à son Léman , que se sont échappés successivenlent et sans prétenr les écrits divers, tous anonymes , dont plus d'un nous a vharmé.

A Genève , les pensionnats participent à la vie et à la moralité de la famille. Obligé par métier de rester un grand

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nombre d'hcarcs chaque jour dans une classe pen[dée db nombreux garçons , M. Tdpffer iwit l'balùdide de se dédommager par la pinme de ce que lai refusait le pinceau. Il ue visait pas d'abord à être auteur ; maître cbéri et lamilier de ses élèves, c'étaient d'abord de petites comédies qu'il écrivait pour leur divertissement. Chaque année , à la belle saison , se mettant & la tSte de la jeune bande , il employait les vacances a les guider, le sac sur le dos, dans de Itmgna et vigoureuses excursions pédestres â travers les divers cantons, par les hautes montagnes et jusque sur le revers italien des Alpes. An retour et durant les soirées d'hiv», il en écrivait traur eux des relations déuillées et illustrées. Qaelques-UDes des nouvelles même qu'il a publiées depuis , le Col d'Anlerne, la Vallée de Trient , me paraissent rendre assez bien l'effet de Sand/ort etMerton adultes , d'une saine et noble jeunesse ayant l'assurance modeste et la délicatesse native , comme les Morlon de Walter Scott.

Le peintre cependant ne pouvait tout-â-fait s'abdiquer; le trait lui fournit jusqu'à un certain point ce qu'il avait espéré de la couleur. Aux heures de gaité, M. Tôpffer composa et dessina sons les yeux de ses élèves ces histoires fotlcs mêlées d'un grain de sérieux ( M. Vieux-Bois, M. Jabot, le Docteur Feilus, M. Pencll , M. Crépin). les albums grotesques coururent de main en main , et il arriva qu'un ami de l'suleur, passant h Wei'mar, Gt voir je ne sais lequel a Goiiilie. Le grand prôtre de l'art , qui ne dédaignait rien d'humain , y prit goQt et voulut voir les autres : tous les ca- Iiiersà la file se mirent en route pour Weimar. Goethe en dit uu iiiul dans un numéro du journal KunsC und AUerthunh 11 sciuljla dès lors â M. Tdpffer que, sur ce visa du maître, les gcjis pourraicut bien s'en accommoder, et, il son loisir, il au-

SIJB H. TÔPPFKR. ST

tegrapbia plusieurs de ces fantaisies. Lei cinq qu'il a puisées ' ont eu grand succès auprès des amateurs et connais seurs; je n'en pourrais donner idée !i qui ne les a pas vues. Ce genre A'humour se traduit peu par des paroles ; la seule manière de le louer, c'est de le goûter et d'en rire.

Je ne sais qui l'a dit le {H-emier : r^e géuérale, la [daisantcrie d'une nation ressemble è son mets oa à sa boisson fa^ Torite. Ainsi la plaisanterie de Swift est du pudding, comme cdle de Teofilo Folengo est du macaroni, comme Celle de Tdtaire est du Champagne. Celle-ci encore a droit de sembler du moka. Les Allemands pourront nommer le plat de Jean-FauL En lisant et relisant le Mateural de Naudé, il me semble plcmger jusqu'au coude à l'antique iricot gaulois mêlé de fin lard, ou encore me rebuter parfois sur de trop eicdlents harengs saurs. J'ai donc cherché le mets local aualogne à l'humour que M. Tôpffer répand en ses autogrjiphies, et que nous retrouverons littérairement , à dose plus ménagée, dans plus d'un chapitre de ses ouvrages; j'ai essayé de déguster en souvenir plus d'un fromage épais et fia des hautes vallées, pour me demander si ce n'était pas cela. Je cherche encore. Ce qui est bien certain, c'est qiie sa plaisanterie est k lui, bien ii lui, sui çeneris, comme disent les doctes.

Une épigraphe comumne sert de préface i ces petits dra^ mes en caricature: «Va, petit livre, et choisis ton monde; car aux choses fi^es, qui ne rit pas bâille; qui ne se livre pas résiste; qui raisonne se méprend, et qui veut rester

' U. Aubert en a reproduit trois ici , il Paris, mais il n'en t»adrait pas juger par-li. — U. Dubochet a depuis publié l'HiiloiTe dt M. CrgpUgame, ^ime frère cadet de UU. Vieux-Solsi Jabot, etc. (1846).

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