‹ Rosa mysticaChapitre 21 sur 24 · ENDYMION · texte numérisé non relu

ENDYMION

— Salut, ô le premier d'entre les Lunatiques,

Qui charmas Tastre pâle au fond des cieux antiques, Et qui fus son amant — sans t'en apercevoir I

— Tels les rêveurs, tes fils, quand la lune est levée. Ont sur le front, parfois — sans même le savoir — Le baiser d'une amie inconnue et rêvée.

Mai 1884.

Didon

JL^EBOUT sur le bûcher de myrthe aromatique, La reine de Lybie. un poignard dans le sein, Hurle et vagit, déçue en son espoir malsain ; Et sa fareur s'exhale au ciel, comme un cantique.

— Rome, éblouirais-tu toute l'histoire antique, Si l'amour, (hypocrite et fatal assassin Des grands cœurs où s'allume un généreux dessein,) Eût rivé le héros au plaisir despotique?

DiDON.

Or le fer que Didon brandit, hurlante, en main,

Est le glaive qui frappe et le sceptre qui fonde : Elle accouche, en mourant, du grand peuple romain.

Et son beau sang royal à gros bouillons féconde Le germe obscur où dort la gloire de demain : Le faste des Césars et l'empire du monde !

Février i88$.

Les (argonautes

^ous des cieux incléments^ sur des mers inconnues. Narguant Técueil, bravant et forçant le destin, Voguez, navigateurs, vers le but incertain.

Comme un large albatros prend essor vers les nues !

Jason, Thésée, Orphée, et Pollux, et Castor, Et vous autres — salut, héros inaccessibles Qui reviendrez, vainqueurs des luttes impossibles, Arborant, comme un étendard, la Toison d'or !

LES ARGONAUTES. I9f

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— Il n'est plus de Jasons, aux siècles où nous sommes; La laine des béliers n'est plus d'or, et les hommes

A de pareils exploits ne sont plus façonnés ;

Mais nous brûlons d'un feu que rien ne peut éteindre Et pour l'Illusion féconde sommes nés :

— Voguons vers l'Idéal où nul ne peut atteindre I

Octobre 1884.

VcAtlantide

U ÉmiU tkCicbeUt.

oiN de la multitude où fleurit le mensonge Puisque l'âme s'épure et s'exalte en rêvant, Au gré du souvenir vogue, ô mon Ame, et songe : Songe à la cendre humaine éparse dans le vent ;

Songe aux crânes heurtés par le soc des charrues ; Aux débris du passé dans l'inconnu flottant : Car des mondes sont morts, des cités disparues^ Où la vie eut son heure et l'amour son instant!

l'atlantide. 197

Aux siècles primitifs^ une île, immense et belle. Nourrice jeune encor d'un peuple de géants.

Livrait à ses fils nus sa féconde mamelle, Et sa hanche robuste au choc des océans.

Cette terre avait nom l'Atlantide. — Des villes Y florissaient alors, superbes, par milliers. Avec leurs parthénons et leurs jardins fertiles. Et leurs palais de marbre aux antiques piliers.

Aqueducs I Monuments massifs, aux colonnades De jaspe, défendus par de grands léopards!

Coupoles de granit ! Innombrables arcades Brodant de leur dentelle épaisse les remparts I —

IÇS REMEMBER.

L'on eût dit des forêts de pierre. — Les bois vierges Reflétaient leur verdure aux lacs bleus sans roseaux, Et rame des jasmins et des lys, sur les berges, Se mariait, légère, à des chansons d'oiseaux 1

Un cantique montait d'espérance et de joie Vers Jupiter très bon, très auguste et très grand : L'homme tendait les mains à l'azur qui flamboie, Et le fleuve apaisé priait — en murmurant I .. .

Mais ce monde, marqué du sceau de la colère, Devait s^anéantir, sans que rien en restât Que des ilôts perdus sur l'onde tumulaire, — Seuls vestiges épars où notre œil s'arrêtât I

On entendit rugir les forges souterraines.

Tout le sol s'effondra, secoué brusquement... Et la mer fit rouler ses vagues souveraines Sur la plaintive horreur de cet écroulement!

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