LA SEINE CALOMNIÉE
A ton cours un peuple s'abreuve,. • Mais l'enfant mord le sein maigri Qui l'a nourri !
Paris ingrat qui te bafoue
Ne songe point — le gueux pervers
Que tes flots verts Lavent son front taché de boue, Et daignent blanchir, en passant, , Ses mains de sang!
Novembre 1883.
STIT^ITUS FLqAT WBl VULT
Spiritus flat uhi vult
EN us, planète-sœur vers qui je tends les maios, S'il est vrai qu'engendrant la Vie et la Pensée, Dans les tourbillons bleus éperdûment lancée^ Tu livres ta mamelle à des êtres humains,
Et que l'Amour — prêtre éternel — par tes chemins Amène rougissante et la face baissée Vers le jeune homme ému la belle fiancée Au souffle nuptial des lys et des jasmins :
3f4 PETITS POEMES.
En ce moment, peut-être, un homme, sur la terre. Désespéré, languit — ou brûle, soliuire.
L'œil au ciel, éperdu d'un impossible amour.
Cependant que, là haut, se consume une femme
Triste et les yeux fixés au terre s tre séjour...
Et qu'en ces deux cœurs chante un même épithalame !
Septembre 1884*
LE :KÈ^UFc4T{^
Le V^nujar
A fleur palustre éclôt aux braises des étés, Toute blanche — pareille à Tennui que notre âme Marie avec Torgueil de ses satiétés, Lorsqu'elle est lasse enfin des cris de mélodrame Et du tréteau forain si cher aux révolté*!
Elle dort, indolente, et mate, et sans arôme ; Elle dort, calme, ainsi que Teau calme qui dort. Pas un soufïle dans Tair brûlant; pas un accord ; La harpe des grands bois se tait. Des frissons d'or Vibrent seuls, ruisselant de Tazur monochrome.
2f8 P€TtTS ?OEMCS.
— En tes veines se fige un suc fade et glacé,
Nénufar I II guérit de l'éternelle fièvre
Que l'Amour dans les plus nobles cœurs a versé :
Sitôt que ta corolle effleure notre lèvre,
La nourrice Vénus à tout jamais nous sèvre...
C'est pourquoi je te hais, Nénufar!... — Nénufar, Sois maudit des amants, maudit des amoureuses ! Ainsi qu'une Phryné la lèpre sous son fard, Tu caches sous ton teint, ô bellâtre blafard. L'incurable langueur des âmes douloureuses !
Mai 1884.
LE To4T{TET<JF^E
Le Tarterre
JTarterre ensorcelé, fleuri de tristes rêves, Où souffle un vent évocateur de maux sans trêves ,
Vu vent triste et bougon qui, sur les pauvres fleurs. En guise de rosée, épand de larges pleurs ;
Et sous un ciel éteint, sinistrement tournoie. Imbu de ton relent, 6 ma défunte joie ;
Et roule les clartés des jours qui ne sont plus : — Valse pâle de feux-follets irrésolus ! —
Et comme i au vent du nord, vont les feuilles des roses, Mêle dans F air le vol de mes pensers moroses,..
En un tout petit coin, des Illusions d'or Daignaient fleurir à part et me sourire encor :
Grâce à cette oasis, tu me semblais bien douce, O terre de la ronce et terre de la mousse !
Pauvre jardin, fascinateur comme t aimant.
Où revenaient mes pas inévitablement ;
Oà penchait le front las de ma mélancolie Qjti va pleurant, quelle médite ou quelle oublie !