‹ Rosalinde;Chapitre 6 sur 14 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LELIO, MAXIME, caché, puis ROSALINDE.

LÉLIO, ôtant son manteau et secouant son chapeau.

Ah! che tempo tremendo! Deux couverts, on m'attendait. Sur le point d'entrer en scène, j'apprends que la dauphine est indisposée, que le roi nous donne la clef des champs, je me jette dans un carrosse de louage, sans prendre le temps d'ôter mon rouge, et me voilà... Ah! Rosalinda mia, que tu vas être joyeuse... un souper fin. (Il porte la table près de la cheminée.)

MAXIME^ entr'ouvrant la porte.

Singulier personnage.

LÉLIO

Les anciens dansaient devant leurs repas, imitons les anciens... Tra... la... la...

(Il danse autour de la table en faisant claquer ses doigts.)

MAXIME

Il danse!

LÉLIO, voyant sur le meuble le manteau et le chapeau du marquis.

Tiens... tiens... tiens... (n met le chapeau.) Ce placard est habité. La dauphine a eu le plus grand tort d'être indis posée... Deux couverts, on ne m'attendait pas. (n va au placard, le ferme et met la clef dans sa poche.) Ma foi, tant pis, le repas est servi, à table... (Il se met à table du côté de la cheminée

et se verse à boire.) Diable! du vin qui n'est pas de mon temps, encore.

ROSALINDE, rentrant par le fond et apportant du Champagne.

Me voilà, ne vous impatientez pas... je veux vous servir moi-même. Aimez-vous le perdreau ?

LÉLIO

Vous savez bien que je préfère les bécassines.

(Il boit.) ROSALINDE, anéantie.

Lélio!

LÉLIO, froidement.

Nous disions donc tout à l'heure?...

* Lélio, Rosalinde.

Lélio !

LÉL 1 0 éclate de rire.

Ah! ah! quelle mine effarée... Tu as peur, mignonne; tiens, on a japé dans cette armoire.

ROSALINDE , à part.

Il est là.

LÉLIO

C'est Bruskino, ton petit chien des îles; je vais lui ouvrir.

(Il ouvre la porte.)

Non! ah ! je meurs!

(Maxime paraît.)*

LÉLIO

Un homme, un homme qui se cache.

MAXIME, se mettant en garde.

Non, monsieur, un homme qui se bat.

LÉLIO, tirant son épée.

Un duel, per bacco, j'en suis. **

Ah! arrêtez, Maxime, (se jetant dans les bras de Lélio.) Mon frère. ***

MAXIME, laissant tomber son épée.

Son frère !

'Rosalinde, Lélio, Maxime.

** Rosalinde, Maxime, Lélio.

*** Maxime, Rosalinde, Lélio.

Dont je vous parlais tout à l'heure, qui est dans les gardes.

LÉLIO, que Rosalinde lient embrassé.

Ah! le serpent!

ROSALINDE, la tête penchée sur la poitrine de Lélio, à voix basse et le caressant du regard.)

Ne dites pas non, Lélio, je vous en supplie, (a Maxime.) Blon frère, pour qui j'implore votre protection, colonel. (r.éiio salue gravement.) * Allons, grand méchant frère, embrassez-moi.

LÉLIO, l'embrassant au front.

Rosalinde, vous êtes un grand homme.

(Il remet son épée dans le fourreau.)

ROSALINDE, bas à Lélio.

Venez. (Bas a Maxime.) Restez. (Haut.) Je monte chez Nanine. Vous, rentrez chez vous, vilain frère ! (Bas à Lélio.) Demain je vous expliquerai tout... vous savez bien que c'est vous S3ul que j'aime.

LÉLIO

Parbleu !

ROSALINDE, saluant Maxime.

Monsieur le marquis, vous pouvez partir. (Bas.) Ne vous en allez pas.

LÉLIO, à part.

J'ai envie de la mordre.

ROSALINDE, à part, avec haine.

Oh ! ce Lélio ! Demain je fais changer les serrures.

(Elle salue le marquis et sort par le fond, donnant la main à Lélio.)

* Lélio, Rosalinde, Maxime.

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