‹ Rose-des-CheminsChapitre 25 sur 25 · JUGEMENT DE DIEU · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE DIEU

Lorsque Lucien Grauville avait arraché Murillonne à la tendresse de Paule, il n'avait espéré qu'une seule chose : écarter pour un temps la terrible vengeance de sa belle-sœur. Mais son crime lui avait réussi au delà de ses espérances; il avait suspendu depuis de longues années déjà le châtiment qui le menaçait, et de plus en plus il se croyait assuré de l'impunité.

Lorsque la petite sauvage qu'il lit enlever était parvenue à s'échapper de ses mains à Trêves, il avait fait tout au monde pour la retrouver. Il n'avait négligé aucune démarche pour la ressaisir. Il s'était mis en campagne luimême, et il avait excité par de généreuses promesses ceux qui le secondaient. Tout avait été inutile.

Lorsqu'il était rentré à Paris, il avait fait part à son ami Maurepas de toutes ses tentatives. Le vicomte applaudit fort à cette idée de l'enlèvement de Murillonne, au succès de l'entreprise; mais quand il apprit que son complice avait maladroitement laissé échapper le plus bel atout, L'unique atout de leur jeu, il s'écria, fou de rage :

« Malheureux! imbécile! tu la tenais et tu l'as laissée glisser de tes doigts! Mais il aurait mieux valu cent fois la noyer, la faire disparaître à jamais!

— Non, c'eût été folie de la supprimer. Ce que je voulais, c'était arrêter pour toujours le bras de la vengeance en menaçant de faire disparaître l'enfant à la première attaque lancée contre moi.

— Certes, le plan était bon; mais tu n'étais pas capable de le suivre, tu n'as jamais été capable de faire rien qui t'ait profité. Tu as semé les crimes et les infamies; montre-moi donc ta récolte! Ah! si j'avais eu tes

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moyens d'action ! si j'avais eu entre mes mains de telles armes, avec quelle habileté j'aurais su en profiter! Mais pour toi, maladroit et inhabile entre tous, tu n'avais qu'une seule chose à faire : la tuer et laisser croire à tes amis, Montluçon et autres, que tu la dérobais à leurs yeux. On nous aurait peut-être ménagés alors, mais maintenant nous sommes perdus! »

Chaque jour ils tremblaient que Murillonne ne fût retrouvée et que M. de Montluçon, après avoir assuré le bonheur de l'enfant et de Paule, ne songeât enfin à venger sa cousine et son frère !

Aussi, lorsque Lucien se vit abordé par Jean dans l'escalier de son cercle, il fut glacé d'effroi. Son premier mouvement fut un mouvement de recul, presque de fuite. Mais ne se trahissait- il pas ainsi lui-même?

Dès les premières paroles de Jean,* il se rassura. Son adversaire, son ennemi, l'abordait en lui otfrant de l'argent; il avait donc quelque chose à acheter de lui. Ce ne pouvait être que le secret de la retraite de xMurillonne. Et vite, changeant d'attitude, il prit un air hautain, ferme, vis-à-vis de M. de Montluçon. La chance inespérée qui s'offrait à lui était vraiment faite pour le rassurer. On le croyait en possession de Murillonne ; on le ménagerait. Aussi Maurepas, comme Lucien Grauville, sûrs de l'impunité, relevèrent-ils la tête. Leur audace fut extrême. 'A mesure (pie les années s'écoulaient, leur sécurité devenait plus complète. Cette enfant disparue devait être oubliée, pensaient-ils.

L'union de Jean et de Paule, leur installation avec Harry dans l'hôtel des Champs-Elysées, leur bonheur de famille, tout semblait indiquer que la résignation était venue peu à peu dans le cœur de Paule, et les deux complices s'endormaient confiants dans le sort qui les avait jusqu'ici épargnés. Alors ils vivaient d'expédients; après avoir épuisé la somme versée par le notaire de Jean entre les mains de Lucien pour l'achat de l'hôtel des Champs-Elysées, ils s'adonnèrent au jeu. Il fallait vivre, il fallait satisfaire leurs goûts de luxe et d'oisiveté, et pour se procurer les ressources qui leur manquaient ils apportèrent au jeu cette mauvaise foi, cette ruse méchante, qui les animaient toujours.

Lucien se demandait parfois s'il ne pourrait pas tenter une démarche près de Paule; il la menacerait de faire soutïrir Murillonne, si elle refusait de lui faire des avances de fonds. Il se rapprocha, dans cette pensée, de l'hôtel des Champs-Elysées, se proposant de chercher à voir M de Montluçon pendant une assez longue absence de son mari. Il prit des renseignements; il s'informa de différents côtés. Il apprit alors qu'un événement heureux avait appelé toute la famille en Hollande. Le concierge, un nouveau,

et qui ne connaissait point le traître Lucien, à qui il confiait toutes ces choses, lui dit même que la femme de chambre, revenue en avance de la Haye, croyait que Mme Paule avait retrouvé l'enfant chérie qu'elle avait perdue à Mondorf.

C'était l'écroulement de cette sécurité qu'un passé de six ans semblait assurer. Lucien courut chez Maurepas. Cette fois, l'hésitation n'était plus permise: il fallait fuir, fuir loin, sans laisser derrière soi la moindre trace. Les deux complices vivaient d'expédients; ils n'avaient pas devant eux la somme nécessaire pour s'éloigner. Et pourtant le danger était écrasant! Murillonne retrouvée, on songerait à les punir, et d'autant plus complètement qu'ils s'étaient assuré une plus longue impunité par un mensonge.

Maurepas trouva le premier le moyen de se procurer de l'argent.

« Tu connais, dit-il, l'hôtel de Montluçon; lu l'as habité assez longtemps pour profiter de tous les passages de la maison. Nous allons, mon cher, prendre à Jean de Montluçon tout l'argent qui nous est nécessaire pour nous dérober à son courroux.

— C'est impossible. Comment pénétrer dans cet hôtel si bien gardé?

— Cherche; il faut trouver sans retard. La femme de chambre ne doit précéder ses maîtres que d'un jour; nous partirons cette nuit. Cherche! »

Lucien se promena une heure entière devant cet hôtel, dont il rêvait de franchir les portes.

Une grande agitation y régnait; les domestiques préparaient tout pour la venue des maîtres. On les voyait agitant leurs plumeaux, transportant des meubles, tandis que des ouvriers ornaient l'hôtel de faisceaux de drapeaux, d'écussons aux armes russes, et françaises, disposaient sur les balcons des draperies de velours rouge frangées d'or. On attendait aussi à Paris la venue du tsar.

« Ah! pensait Lucien, si j'étais seulement un de ces menuisiers qui entrent et sortent librement en ce jour! »

En même temps qu'il formulait ce vœu, l'idée lui vint, nette, du moyen à employer. Il courut rejoindre Maurepas, qui brûlait des papiers et se préparait au départ. Il lui expliqua son plan, et tous deux partirent faire l'emplette de pantalons de velours, de blouses blanches, de chapeaux de feutre verdis par l'usage ; un mètre sortant de la poche devait compléter le costume.

Ils ne pouvaient sortir ainsi habillés ni de chez Maurepas, ni de chez Lucien. Il fallait que personne ne fût témoin de la substitution.

Ils prirent un tîacre et se firent conduire jusqu'au lac du bois de Bou-

logne. Là, se dérobant dans les arbres, à la brune, avec mille précautions, ils changèrent leurs habits élégants contre les habits ouvriers dont ils avaient fait l'emplette. Et mal à l'aise dans ces vêlempnts grossiers, essayant de

« C'est là. >

rendre leurs démarches pesantes et leur langage trivial, ils se dirigèrent, tremblants, vers l'hôtel de Montluçon. Ils attendirent quelques instants que le concierge fût rentré dans sa loge, et, payant d'audace, Maurepas passant le premier, ils franchirent la grille et se dirigèrent vers le perron.

Le concierge, toujours en éveil, sortit.

Lucien blême, ne pouvant articuler un son, esquissa un geste vague. Le concierge, trompé par les costumes, crut comprendre qu'on lui désignait le balcon du premier, dont la décoration était justement en retard, et il cria :

« Dépêchez-vous, mes braves; il faut que ce soit tini ce soir. Mes maîtres rentrent demain matin à huit heures, et le tsar passe à dix heures. »

Mais ils n'entendaient déjà plus. Profitant de cette méprise, ils s'étaient élancés et montaient quatre à quatre les degrés du large escalier de pierre.

Lucien, fiévreux, guidait son ami au milieu des appartements. Il alla, droit devant lui, rapide, vers son but, comme un* hypnotisé.

Rien de plus étrange, de plus effrayant, que de voir ces deux êtres, frêles, nerveux, vêtus de vêtements grossiers, passer rapidement comme des ombres, les mains crispées, les dents serrées, l'œil brillant de convoitise, le cou tendu vers le monceau d'or qu'ils rêvaient d'atteindre. Us traversaient des salons, des boudoirs, des cabinets de toilette; mais rien de ce qui s'offrait à leurs yeux n'attirait leurs regards : ils allaient, ils allaient toujours, comme magnétisés par le prestige des richesses qu'ils convoitaient.

Ils étaient dans la chambre à coucher de M. de Montluçon, quand Lucien, levant solennellement, respectueusement la main vers une petite porte dérobée, dit à voix basse, comme dans une église :

« C'est là ! »

Maurepas blêmit; ils étaient donc enfin assurés du succès. Son cœur ne battait plus, ses jambes se dérobaient sous lui. Mais l'émotion qui l'étreignait en cet instant n'était pas le remords puissant qui retient le bras du malfaiteur, c'était le trouble délicieux de l'être qui atteint le but de ses désirs.

Lucien ouvrit la porte dérobée; ils pénétrèrent tous deux dans la chambre du coffre-fort, ainsi qu'on l'appelait à l'hôtel, et, pendant que Maurepas examinait cette pièce, son complice refermait avec mille précautions la porte par laquelle ils avaient pénétré. C'était un cabinet assez étroit, comprenant une table, deux chaises et un immense coffre-fort scellé à la paroi du fond. Il s'ouvrait par une porte à deux battants, sur lesquels étaient placés des ressorts à boutons de cuivre,. brillants, étincelants, fascinants. Maurepas s'approcha, et, posant les deux mains sur tous les ressorts, il les fit jouer tous à la fois.

Les deux portes d'acier s'écartèrent brusquement.

Les deux complices restèrent un instant terrifiés; ils furent une minute inertes, puis tout à coup ils se ruèrent sur les tiroirs, les ouvrant tous et en tirant pêle-mêle des billets de banque, des rouleaux d'or, des bijoux, des titres au porteur, des titres nominatifs. Ils prenaient avec une rage folle, entassant dans les vastes poches de leurs pantalons d'ouvrier, dans les poches de leurs blouses. Et, sans se lasser, ils prenaient, prenaient sans cesse. Lorsque leurs poches furent pleines, ils introduisirent entre leurs chemises et leurs gilets de tlanelle des titres et des billets.

Tout à coup Lucien s'arrêta brusquement; sans oser parler, il lit signe à Maurepas de se taire. Un bruit de pas légers s'approchait... Haletants, ils écoutèrent. Le bruit s'affaiblit, puis cessa : c'était une femme de chambre, sans doute, qui préparait la chambre à coucher pour le retour du maîliv.

Ils attendirent quelques instants. Un silence profond régnait de nouveau dans la maison. «Alors, avec plus d'ardeur que jamais, parce qu'ils venaient de mieux comprendre combien les minutes étaient comptées, ils se précipitèrent vers les tiroirs encore pleins, et sans choix, sans discernement, ils prenaient, pour prendre, des bijoux, des papiers de famille.

Subitement un bruit de pas, non plus légers, mais pesants et résolus, se fit entendre. Les deux complices, appuyés, fébrilement contre les tiroirs à demi ouverts, écoutèrent, l'oreille tendue... Les pas s'approchaient. Alors, fous de terreur, ils attirèrent brusquement sur eux, pour se dissimuler, les deux battants d'acier,... qui se rencontrèrent!... Et net, irrémissible, le bruit de la serrure secrète qui se fermait se lit entendre, tranchant comme le couperet qui tombe sur la guillotine... Ils étaient enfermés vivants dans cette armoire d'acier!

Ce mouvement instinctif avait été si rapide, si irréfléchi, qu'ils ne comprirent pas immédiatement ce qui s'était produit.

Mais quand ils furent plongés dans ces ténèbres épaisses, pressés par ces portes d'airain, contre le coffre inébranlable, ils se sentirent perdus.

Alors, sans raisonner, ils se ruèrent sur les portes, les frappant de leurs poings, de leurs pieds, de leurs têtes, s'arrachant les ongles aux traverses de fer, insensibles et inexorables! Ils comprirent vite que leurs efforts étaient insensés, inutiles, et, ne comptant plus sur eux-mêmes, d'un commun accord, sans s'être concertés, tant la frayeur instinctive de la fin est commune et semblable chez tous, ils se mirent à crier. Ils hurlaient de tous leurs poumons :

« Au secours! à l'aide! »

Et avec une intensité de désir plus grande que celle qu'ils avaient tout

à l'heure de n'être point entendus, ils souhaitaient maintenant que leurs cris révélassent leur présence.

« A l'aide! au secours! » répétaient-ils.

Mais leurs appels devenaient plus sourds. Bientôt ils ne firent plus entendre que quelques cris inintelligibles. Le désir de vivre était-il moins violent tout à coup en leur âme? Non; mais l'asphyxie lente, inflexible, paralysait leur cerveau; leurs tempes battaient, leurs oreilles bourdonnaient, et une langueur étrange les envahit.

« Nous allons donc mourir ici, murmura faiblement Maurepas.

— Et nous n'avons fait que le mal! murmura plus faiblement encore Lucien.

— Hélas! » soupira Maurepas.

Les fanfares joyeuses se faisaient entendre depuis l'aurore.

Paris, le beau Paris, celui des jours de fête, se préparait gai et cordial à recevoir l'empereur qui venait le voir en ami.

Déjà les gardes à cheval parcouraient la ville en tous sens ; les agents s'efforçaient de se composer un visage rébarbatif, pendant que les gamins visaient déjà l'arbre dans lequel ils se nicheraient pour voir tout le cortège.

Un omnibus de famille de la gare du Nord s'arrêta, vers huit heures du matin, devant l'hôtel des Champs-Elysées. Successivement on en vit descendre Gastonne, Laura, leurs deux fiancés, M. et Mme de Montluçon, les Roulier et les de Vress.

Les enfants avaient absolument voulu que tout le monde s'entassât dans le même omnibus.

« Nous ne faisons qu'une famille, n'est-ce pas? disait Gastonne; un omnibus nous suffit. »

Pendant le trajet de la gare du Nord aux Champs-Elysées, quel enchantement pour leurs yeux! Ils étaient tous joyeux et bien disposés à prendre part à la fête générale. Mais à Scheveningen ils étaient trop loin pour se mettre à l'unisson des Parisiens. Et peu à peu, à la vue de ces arcs de triomphe, de ces drapeaux, de ces oriflammes, la « lièvre franco-russe » les avait gagnés.

« Mais, s'écria Harry, Gastonne, ma petite, vous n'êtes pas une femme de parole. En conscience, je dois le dire devant Georges et prouver ce que j'avance.

— Surtout le prouver, répliqua Gastonne.

— J'ai, quelque part ehez moi, une lettre signée de votre main, où vous parlez de mettre des drapeaux jusqu'aux mansardes de notre hôtel et des lampions à toutes les branches des arbres. Qu'avez-vous fait de tout cela? Si nos amis les Musses n'avaient que vous pour orner la capitale, ils auraient bonne opinion de nous!

— C'est juste, répondait Gastonne; mais j'ai vraiment une bonne excuse pour n'être pas revenue, n'est-ce pas? Si j'avais parlé d'avancer mon départ, je ne sais trop si j'en aurais obtenu la permission, ajouta- t-elle malicieusement. Mais je promettais aussi dans cette lettre de les acclamer à cœur joie, nos amis russes. Eh bien, vous verrez si je manque à ce serment-là!

— Nous nous lions à toi, » dit Jean avec un sourire.

En arrivant à l'hôtel, chacun se rendit à sa chambre, afin de se débarrasser de la poussière du voyage et de revêtir une toilette fraîche et élégante, pour faire honneur aux amis, comme disait Gastonne.

Jean eut rapidement terminé sa toilette. Il avait différentes choses à régler, et, pensant qu'il pouvait disposer encore d'une demi-heure, il se dirigea vers son coffre-fort, afin d'y prendre quelques rouleaux d'or.

Les deux battants cédèrent brusquement, et il vit s'abattre à ses pieds deux corps, deux cadavres!

L'âme de Jean de Montluçon était une âme forte; cependant il recula d'un mouvement d'effroi, se croyant presque le jouet d'un rêve tragique. Puis, se ressaisissant aussitôt, il se pencha vers ces deux corps inertes. Le doute n'était pas possible : deux ouvriers s'étaient introduits dans le coffre qui, refermé sur eux, les avait condamnés à une mort affreuse. Gomment avaient- ils pu ouvrir le secret? comment avaient-ils pu laisser les deux lourdes portes se refermer sur eux? C'était inexplicable, et pourtant c'était vrai. Ces deux cadavres en étaient la preuve effrayante et parlante. Il se pencha vers eux, et l'effroi qu'il avait éprouvé auparavant à leur vue le saisit, plus angoissant encore. Sous le masque des contorsions dernières, sous le rictus hideux de la terreur folle qui avait dû présider à leur fin, il reconnut Lucien Grauville et le vicomte de Maurepas!

Affaissé, replié sur lui-même, Jean de Montluçon rêvait. Là, devant lui, gisaient les deux infâmes bourreaux qui avaient tué Gaston, qui avaient empoisonné la fin de Raymond, qui avaient torturé Paule, qui avaient égaré Murillonne, la chère Rose-Thé, la Rose-des-Chemins.

Et pendant qu'il revoyait en son cœur les souffrances innombrables que

ces deux créatures avaient infligées aux êtres qui lui étaient le plus chers, une rage folle le saisissait.

« Ils sont morts, et ce n'est pas moi qui, vengeur, les ai tués! J'aurais voulu venger les miens! »

Mais, la noblesse de son âme reprenant le dessus, il s'écria :

« Non! je me réjouis de cette mort à laquelle je suis étranger. S'ils vivaient, je n'aurais jamais pu résister à la tentation de les punir et de substituer la justice humaine à la justice divine. »

Et, fuyant ces deux cadavres qui lui faisaient horreur, il s'élança hors de la chambre du coffre-fort.

Au dehors, tout respirait la joie et le bonheur. Sur le balcon de l'hôtel, tout le monde était réuni. On se penchait, anxieux, pourvoir le défilé impérial.

Au loin, sous le soleil, casques et cuirasses étincelaient, les manteaux des spahis flottaient, et, rapide, la voiture impériale s'avançait. La foule était en délire, des millions de poitrines criaienl :

« Vive le tsar ! vive la tsarine !

— Vive la Russie ! vive la France ! »

Jean chassait avec peine l'émotion qui l'étreignait ; mais quand il vit, à son tour, le visiteur illustre saluer avec grâce tous ceux qui l'acclamaient, il cria alors, de toute la force de son patriotisme, oubliant tout, hors cela :

« Vive le tsar! vive la tsarine!

— Vive la Russie ! vive la France ! »

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