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anîtes.
Cepe n cl g n i , Horace , raéco n ten t des antres et de lui-même, s’était éloigné du théâtre de ses ennuis; ne sachant comment employer le
temps qu’il jugeait nécessaire pour les dispositions de sa sœur , relativement au sort de Rose, il résolut de se plonger clans la solitude pendant plusieurs jours. Jusque là, il avait essayé des plaisirs excitans ; il avait fouetté son chagrin, mais il l'avait tenu à distance , sans jamais le mettre en fuite. — Voyons , dit-il ; j’essaierai; je lui donnerai accès, je lui ouvrirai mon âme toute entière; il y pénétrera aussi avant qu’il voudra ; il me rongera le cœur s’il veut je ne me défendrai pas.
Aussi bien , il était îasde combattre en vain; la mémoire, son redoutable ennemi, restait toujours debout et vivante à son chevet ; que
rTavait-il pas fait pour s’en débarrasser? où ne U avait-il pas traînée?
dans les bois, dans les villes, sur la mer, au sein des plaisirs, au fond des montagnes: partout, elle lavait suivi, inexorable et calme, et, quand il croyait 1 avoir noyée dans Fivresse, à son réveil , il la retrouvait, comme un ami qui veillait sur lui sans s@ lasser ni s’endormir. — Triomphe donc, dit-il, empare-toi de ta proie, mal avide, vautour • assouvis-toi !
peut-être en laissant, comme fait la guêpe, ton aiguillon dans ma blessure , mourras- tu faute de venin !
Mais quel était ce ma! inconnu ?
il avait un remords sans doute, mais
ne croyez pas que ce fut un de ces fantômes hideux qui s’étendent , froids et humides, sur les membres endormis du meurtrier ? ni une de
ces pâles terreurs qui bruissent sans cesse à l’oreille abusée du mauvais riche 5 non , pour toute sa fortune, Horace aurait échangé son passé pour un passé dramatique ; il eût payé au poids de l’or, le remords d’avoir étranglé une femme, sacrifié en duel un ami au point d’honneur; il lui prenait des regrets féroces de n’avoir pas dans sa vie un meurtre qui la coupât en deux»
Mais vivre cinquante ans peut-être sur une parodie ! se repaître d'un souvenir honteux 7 d’une ridicule
image! mieux eût valu cent fois le parfum du sang et !e spectre de la vangeance. Il y a des crimes terribles si poétiques ! et le sien était si béte i
Il loua une nouvelle chaise de poste , et un jour après il était dans les Landes ; alors , il renvoya son équipage, et s'arrêta dans un hameau. Là , il acheta une blouse bleue, un sac en cuir, où il mit les
effets nécessaires à une tenue grossière , mais propre, et il partit, îe sac sur le dos, ?ie demandant son chemin à personne, et s’enfonçant au hasard dans le désert de verdure qui embrasse une si vaste portion du midi de la France.
Il traversa les Pinadas , riantesforêts, dont l’odeur de goudron, et les gins élances font rêver de mers et de voyages. Il s’arrêta son vent au pied d'un de ces arbres gigantesques, et se plut à lui prédire sa destinée , à se le représenter mât audacieux parmi les cordages , les voiles et les matelots, bravant la tempête , dominant les mers , et promenant autour du monde sa banderoile triomnhante. C’éîait le
cas de se lâcher l’allusion poétique, Horace n’y manqua pas : il se rappela son enfance paisible au sein des campagnes riantes, et sa transplantation sur les flots d'une vie orageuse.
Cependant le genêt épineux fleurissait en rameau d'or au pied des pins qui paraient eux-mêmes leurs extrémités d’une pointe vert-tendre.
Cent espèces de bruyères mignonnes et jolies jonchaient le sol de leurs touffes empourprées, et dans ce bois tout vivant d’oiseaux , de soleil et de fleurs, des sentiers d’un sable blanc comme l’argent égaraient le voyageur oublieux de toute la terre.
J’en demande pardon à ceux qui déclarent qu’une maison au milieu des bois est un triste séjour, pensait Horace en parcourant l’ombreuse solitude ; je ne connais rien de si joli que cette contrée sauvage; j’y vivrais joyeux, si la joie était de mon res-
sort. Ici la végétation , large et vigoureuse , s’égare toute pétulante de verve, loin des froids systèmes de l’homme. Que de gaieté dans ses caprices désordonnés! que de fou»
gue dans sa parure folle, quand, échappant à la main routinière, au mauvais goût de son dominateur, elle se hérisse de ronces sauvages , se couronne de feuillages bigarrés, et se livre d’elle-même au combat des élémens , audacieuse , insouciante , et renaissant, verte et jeune, sur ses propres débris !
Que de jouissances découvrit Horace au fond de ces forêts séculaires!
tantôt c’était un rayon de soleil qui tombait à son lever, rouge et chaud,
sur !a clairière ; alors tout était vie et réveil dans la savane ; l’abeille qui bourdonnait , toute gluante de résine, les myriades de mousses délicates qui se gonflaient à F humidité de la rosée, les merles audacieux et poltrons qui venaient examiner le voyageur, et s’enfuyaient au moindre mouvement. A midi, tout se taisait; les feuilles endormies se crispaient sur leurs tiges ; les grandes antyupes de velours noir, qui éclosent au printemps sur les bruyères, fermaient leurs ailes frangées d’or, et n’en montraient plus que la doublure, semblable aux feuilles mortes parmi lesquelles elles reposaient; les ortolans jaseurs, les tarins pétulans, cher-
ch aient un rideau pins sombre derrière les chênes verts , raceornîs et anguleux; alors tout se revêtait de couleurs étincelantes : la lumière pé~ nctrait, vive et joyeuse, dans les
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proionaeurs les puis mystérieuses an taillis; elle glissait sur la tige blanche et satinée des bouleaux ; elle dorait la mousse tendre et: verte, elle séparât de chamans les feuilles luisantes du houx : le pivert lui-même interrompait scs travaux, dont les coups retentissaient comme ceux d'une cosrnée ; tout semblait se recueillir
pour savourer la chaleur et aspirer ia fécondation : Horace redevenait l’homme de la nature; il s’endormait comme les plantes , il se réveillais:
avec les insectes pour respirer les fleurs nouvelles, et parcourir, au hasard, leurs tapis moelleux et variés, sans autre besoin que celui du mouvement, sans autre sensation que celle de l’existence.
Mais au bout de deux jours de marche, pendant lesquels Horace se nourrit d'huile et de farine de sarrazirt dans les chalets des bûcherons, il vit tout, d’un coup le ciel se développer large et pur devant lui , la forêt disparut comme un rideau jeté .à l’horizon , et la lande, nue et immense, se déploya devant son regard, à !a fois effrayé et ravi.
— Enfin, voici le désert, s’écriat-il, c’est ici que je dois lutter avec
mon chagrin , comme Jacob avec l’esprit de Dieu: c’est ici que je L’étoufferai ou qu’il me tuera»
Mais cette horreur de la solitude, qu’il se flattait de rencontrer, je ne sais par quelle magie du printemps, ou quelle faculté de son âme trop riche, elle s’enfuit devant lui, et recula moqueusement à mesure qu’il avançait; en vain l’horizon, plane et désolé, lui promettait-il une région affreuse, inhabitable, la nature dans sa naïve ironie, se revêtait toujours autour de lui de quelque grâce étrange et de quelque attrait piquant : là, c’était un joli ruisseau qui tremblait sur le sable fin, et cachait traîtreusement ses replis sous les
touffes vigoureuses de la fougère;
cette belle plante, la plus riche, et presque I 1 uni que production du sol qu’il parcourait, semblait se venger à force cl e magn i ficen ce , des cl é cl ai ns du cultivateur ; inutile aux intérêts de rhonrme positif, elle appelait un regard d’artiste qui rendît justice à son élégance, à ses longs rameaux si délicatement travaillés, à sa tige ds palmier qui se mirait, penchée sur l’eau et balancée par le vent; et puis, le silence du désert, on était-il? nulle part. Quel besoin de l’homme avaient donc tontes ces peuplades d’êtres vi-
vans, pour se reproduire et s’ébattre dans leur empire paisible? Un renard fuyait par bonds souples et
moelleux, parmi les massifs de ver-* dure; un grand héron baignait gauchement ses longues jambes dans un marécage, une petite raine’ vert et or, chantait sous un dais de nénuphar, un loup grattait la terre avec sa continuelle inquiétude, une perdrix appelait avec amour sa compagne fourvoyée dans les broussailles; tout, cela vivait, souffrait, aimait; tout cela connaissait le besoin , le repos, le plaisir et la crainte, rien n’était insensible, pas même le cœur do notre voyageur, amoureux de solitude et de décliiremens.
Décidément, pensa-t-il, la véritable souffrance rue fuit, comme a faille véritable plaisir. En vain j ai
cherché à m’étourdir dans le monde, en vain je cherche à m’abimer dans la solitude; il n’y a rien de complet dans la vie, ni le mal, ni le bien.
Alors, comme il avait amassé un grand fonds d’énergie pour souffrir, il fut contrarié de ne pouvoir l’employer et de manquer la rencontre de rennerni qu’il cherchait. Il s’assit découragé!
— Monsieur, seriez-vous par hasard un employé chargé de cadasirer les Landes, ou un preneur de furets , ou un amateur de la belle nature, ou un entrepreneur de défrichement ?
Horace se retourna brusquement.
L'homme qui venait de lui adresser
rapidement celte quadruple queslh&s paraissait âgé de soixante ans au pî'ua.
Son teint était vermeil , sa figure na~ Lie et douce, ses longs cheveux bm£~ clés, blancs comme l'argent, ses yeux bleus, caressans et doux. Maïs son ajustement donnait un démeaii formel à la noblesse de ses traits e* à l'élégance de sa prononciation îégt> rement accentuée. Une redingote grise en haillons couvrait une grosse chemise de chanvre; un pantafare* iaclis bleu tombait sur ses sabots’ ce*duits de glaise, et quant au cmpeau, Horace comprit que si interlocuteur n’y portait point ha main , c’était moins par ou h I l tfe* convenances que par la nécessi^
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d’en ménager les minces vestiges,
— Monsieur, répondit Horace, je ne suis rien de ce que vous me citez.
Je suis un homme ennuyé de la vie, qui cherche dans l'ennui même un remède à son mal.
— Ventre saint-gris ! dit le vieillard de ia Lande, vous êtes un homme guéri si vous patientez seulement trois jours. Comment vous nommezvous ?
Surpris de cette brusque question, mais forcé à je ne sais quel respect pour ces cheveux blancs et cette physionomie bienveillante, Horace répondit sans hésiter.
— Àh! fort bien, dit le vieillard, je vous connais, vous avez du bon,
mais vous avez un grand malheur * mon cher ami; c'est d’être riche et de ne pas connaître la valeur de l’argenté — ■ Voulez-vous m’expliquer cela ^ — Vous ne savez pas combien Fat*
gent peut contribuer au bonheur de l’homme; vous ne savez pas utiliser le vôtre , en un mot, vous ne savez pas jouir de la vie.
• — Par ma foi, je serais bien aise d’apprendre comme vous Fen tendez- Veuillez me donner vos conseils?
— De tout mon cœur, répondit le vieillard ; mais vous devez avoir besoin de prendre de la nourriture; dans notre Lande il fait bon d'avoir des provisions. Venez dans ma maison, vous n’y manquerez de rien-
Horace le suivit, mais il ne tarda pas à s’appercevoir que i hospitafîté offerte avec assurance justifiait mal les promesses cle son liote.
'CHAPKSE VI.
Jfe iHitrqui$ îre Caralms.
Après avoir traversé avec lui un 1 bouquet de lièges, il vit s’élever, au milieu d’une clairière de plusieurs lieues d’étendue, une grande tour
maladroite et mie , qui s’élevait sur la bruyère , comme un phare au milieu des flots. Le vieillard monta devant lui un escalier en spirale, îrès-déiabré, et ne s’arrêta qu’à la dernière marche. Alors il sc retourna vers son jeune compagnon qui, tout essoufflé, s’appuyait contre le mur, et son calme sourire renfermait un sentiment de triomphe pour sa vigueur supérieure â celle d’un homme de vingt-cinq ans. Puis il poussa une porte sans serrure, et meme sans loquet. Quand il fut entré dans la chambre, Horace vit que Punique manière de se barricader dans ce séjour était d’appliquer une chaise de paille contre la
porte j encore les planches en étaient si vermoulues, qu'elles n'auraient pas défendu la chambre d’un regard investigateur, si la lande eût pu îe fournir.
L’ameublement répondait assez à ce début. Sous une immense cheminée, qui paraissait former une chambre à part dans Tunique chambre
du propriétaire, on voyait quelques pièces de vaisselle de terre, deux chaises de paille grossière et une table boiteuse, dont les pieds inégaux s’appuyaient sur des débris de tuiles.
Le lit était un morceau de sculpture gothique assez curieuse. Ses quatre colonnes torses en chêne noir supportaient un dais semblable à celui
-jF « n -corbillard , et sur les rideaux de ns jaune , d e s o rn eme n s ma ss ! fs ^ui p (Ils avaient été en fi! d’argent 1 , trahissaient plus leur ancienne splendeur que par une couleur
d'oxide verdâtre. Aux solives noir-
cies gu plafond pendaient quelques hottes cTognous et de maïs, ornement qu’un peintre flamand eût aimé à lécher sur le premier plan •*ïe son tableau.
— Jeune homme , dit le vieillard ,
Tyous voyez la chambre que le plus grand de nos rois a habitée. Cette tour a servi de rendez-vous de
chasse à Henri IY, et ce lit que vous trouvez peut-être un peu passé de mode, Henri IY y a dormi.
lîti Lien, répondit Horace que la fatigue et 3a faim rendaient fort peu susceptible d’enthousiasme, il y a dormi comme un simple particulier; il y a rêvé de chasse et d’amour, de .sangliers et de jeunes filles ; j’en ferais bifc# autant, pour peu que j’eusse
C’est juste, dit l’hôte de
la tour, en prenant" sur ïïn? elaia
suspendue dans la cheminée un fromage très-odoriférant , qu’il posa sur la table. Ensuite il tira d’une armoire aux rayons de laquelle l’araignée filait paisiblement ses toiles, un morceau de pain noir et juteux, une assiette cassée, une fourchette d’étain et un pot de faïence aux canelures remplies de crasse et de
déjeuné.
poussière» Néanmoins Horace déjeuna; car i! avait faim, et il fut reconnaissant; car l’hospital Lté était offerte de bon cœur.
Monsieur, dit-il, j’estime votre Henri IV mieux qu’aucun de sa race; mais à vous dire vrai, je ne connais aucun homme mort ou vivant qui
Enthousiasme.
Tant pis pour vous.
Sans doute $ il est fâcheux de
VGir la vie à froid. Mais quel remède?
— Celui de se faire une vie à soi, et de n apercevoir ceîie des autres
que d’assez loin pour la voir sans passion.
— Croyez-vous qu’il en puisse entrer dans le scepticisme ? n’est-ce pas
au contraire l’absence des passions?
, Erreur ! croire a tous les îiom* mes, c’est de l’ignorance; douter de
tous, c’est du ressentiment.
— Et quand on doute de soi-
même?
— C’est du bon sens.
— AU! ça, dit Horace, rassemblant
ses souvenirs et examinant son UotC avec attention , il me semble a mon tour que je dois vous connaître? ne
seriez-vous pas M. de D.~-
Le comte de répondit le
vieillard avec l’ironie d’un plul-oso-
phe. Qui ne connaît pas le marquis, de Carabas? je passe pour ie plus
grand fou de la province.
— C’est vrai , répondit Horace , en
ôtant sa casquette qu’il avait gardée sans façon sur sa tète.
— Alors, pourquoi vous découvrez-vous ? Est- ce à cause de mes quatre-vingt nulle livres de rente?
“ Non * monsieur; c’est à cause de vos quatre-vingts ans....
i. Que vous n’aviez pas apperçus,.
^ , fc • î • m
Préjugé ; si ma longue carrière a été mal remplie, elle me rend plus méprisable qu’un jeune mauvais sujet.
— Vous avez raison, dit Horace, en remettant sa casquette. J attends pour vous respecter que vous me disiez quelque chose qui rne porte à vous aimer.
— D’abord , dit l’octogénaire, tout le inonde dit du mal de moi.
( ïSi )
— C’est une raison. Mais en quoi vos -vertus justifient- elles l'injustice
publique ?
— Je suis prodigue, et Ton m’accuse d’être avare. Je fais du bien à tous les hommes indistinctement, et Fon me taxe d’égoïsme. Je méprise mes titres, mes biens, mes droits à la sotte considération d’autrui, et ceux que je dispense de me respecter, prétendent que je les dédaigne.
— Cela devait être. Monsieur , permettez-moi de vous parler la tête découverte. Vous êtes peut-être bhormne riche, tel que je bai rêvé.
Mais on fait sur votre compte tant d’absurdes commentaires, que j’ai besoin d’entendre votre système exposé par vous-même.
~ Je n’en ai pas , répondit le vieillard. C’est la force des choses, et non ma volonté, qui m’a conduit dans le sentier où je marche. À vingtcinq ans , maître de cent mille livres «de rente , j’avais épuisé îa vie. J'avais comme vous atteint l’expérience, la .satiété, le dégoût. Il ne me restait plus qu’à mourir, car j’étais phthisique, tous les médecins de France .m’avaient condamné, et les préparatifs de ma mort avaient rapporté à chacun d’eux assez d’or pour nourrir une famille pendant six mois. Mes héritiers faisaient des dettes avec confiance : une seule cousine , douce -et adorable créature, déplorait ma perte qui allait la condamner à por-
ter le deuil, et à se priver de bals pendant six semaines.
Sentant approcher ma fin , et n’ayant même plus assez d’énergie pour m’en affliger , je résolus de m’en tirer le moins bêtement possible. Je jurai de ne pas mourir sur un lit fétide, au milieu des cataplasmes, des cierges, des prêtres et des vieilles femmes; mais à la clarté des' :
ckux , sur la bruyère, au souffle de la plaine et dans la liberté de la solitude, Je partis un matin sans con~ 4 fier mon secret à personne ; deux domestiques me placer eut sur un cheval, et je m’enfonçai clans Ics^ landes, tombeau vivant et aéré, où j de moi-même j’allais me coucher
pour le sommeil sans fin qui déjà pesait sur mes paupières brûlantes.
Je lançai mon cheval au galop:
c’était, je m’en souviens, un beau jour de printemps, comme celui-ci.
Les bruyères étaient en fleur, et l’air tiède semblait contenir le principe de la vie éternelle. Je le respirais avec délices, chaque fois que ma poitrine haletante pouvait ressaisir la force de se soulever pour l’absorber.
Les oiseaux étaient fort gais, mon cheval très-vigoureux : je me mis à siffler, laissant ma monture tantôt errer au pas sur la plaine, tantôt franchir par bonds musculeux les broussailles où nous nous égarions.
Vers midi la chaleur devint acca-
Liante. Par égard pour mon cheval dont l'individualité, considérée à sa.
juste valeur, me sembla en ce moment plus précieuse à la société que la mienne, je m’étendis sur le thym r laissant brouter 1 animal à sa fantai-
sie, et placé de la manière la plus favorable aux accès de toux qui me brisaient; je les endurai avec la tran- ■quiîlité d’un homme qui se fait les ongles. Le lendemain > l’absence de tout secours humain me fit trouver la force de monter sur ma selle ; j’enfonçai les genoux au ventre de ?,non compagnon, et, toute la journée, nous allâmes sur la bruyère sans but, sans gîte, sans dessein* Vers le soir, je me sentis accablé de
lassitude, et, comme il y avait longtemps que je ne sentais plus rien, j’imaginai que c était ïe dernier période. — Si je parvenais à mourir
& cheval, pensai-je, ce serait extrë-
inement neuf pour un poitrinaire. ~Je pressai les flancs de Régi n al d :
3a nuit régnait sombre et uniforme dans cet horison sans accident et sans fin. Tout à coup ftéginald se plongea dans l’Avance, ce joli ruisseau que vous voyez serpenter clans
la plaine, et qui souvent $e perd entièrement sous les fougères. Nous y entrâmes jusqu’au cou : pour une phthisie pulmonaire, c’était chose assez malsaine. Mon généreux cheval me tira de l’eau en franchissant
la rive avec une vigueur surnaturelle, et deux heures après, nous avions mis plusieurs lieues entre l’Avance et nous. Alors je ne sentis plus rien, ni le froid ni le chaud. Il me sembla que je glissais sur ma selle, et que j’étendais sur le sol mes membres privés de sensations.
C’en est fait! fut ma dernière pensée.
Je vis pendant quelques instans lë scintillement d’une étoile au-dessus de ma tête, et puis je ne vis plus rien.
Il y a des choses si extraordinaires' et si peu connues de l’homme, que je ne répondrais pas d'avoir été réellement vivant , pendant cette nuit.
J’ai vu sur l’Etna des figuiers sauva-
■g.es qu’une irruption du volcan avait calcinés au point de les laisser dessécher depuis cent ans; mais un ?natin ils reverdirent et se couvrirent cle fleurs nouvelles. Les plus vieux pasteurs du pays vinrent tristement regarder ce prodige qu’ils n espéraient pas pour eux-mêmes.
Que ce fût la mort ou le sommeil, j’ouvris les yeux à la chaleur 3ne niai santé du lendemain. Trempé dans l’eau ? baigné de sueur, couvert ensuite par la rosée, j’avais reposé dans une moiteur que les rayons du •soleil rendaient maintenant tiède «et presque voluptueuse. Mes muscles avaient repris de l’élasticité, etle sang : que } avais vomi, sans m'en a per-
«cevoîr, avec abondance, avait soulagé rua poitrine.... Je cherchai mon cheval : je gagnai avec lui une chaumière où je dévorai une galette de maïs dont la digestion métallique faillit me tuer. Mais le soir, j’avais repris ma course en disant : c’est égal. — * Nous sommes sur la terre classique des métaphores. Pourtant, j’oserai vous déclarer qu’au bout de huit jours de cette vie 7 je fus guéri; j’avais retrouvé la volonté de vivre , jetais sauvé.
Ce fut un étrange spectacle que mon entrée chez moi. Pendant les trois premiers jours, on avait espéré que je serais mort dans un coin.
Quand j’arrivai , ma maison était au
pillage. Mes cousins, mes amis, ma maîtresse , c’était à qui emprunterait quelque chose à mes gens. L’un , c’était ma voiture et mes chevaux pour me chercher; l’autre c était de l’argent pour commander cîes prières; un troisième s’emparait des clefs afin de me les rendre.
Lorsque je traversai d’un pas rapide et d’un air assuré les salles de mon manoir, semblable à la statue du commandeur au festin de don Juan, je causai tant d’épouvante et d’effroi que plusieurs en tombèrent malades, et faillirent me constituer leur héritier.
Des ce jour, j’abandonnai le luxe, les amis , les plaisirs qui épuisent,
les médecins qui tuent : je voulus être rhomme de la solitude et de ma volonté. Propriétaire d’une immense étendue de pays, j’embrassai une vie de misère, de fatigue et de privation;:
jy trouvai la santé, le calme, et j’ose dire !e bonheur. J’ai vécu ainsi cin4 quante-csnq ans qui sont derrière moi comme un seul jour pur et beau.,;
— J’avais entendu raconter votre histoire à peu près comme vous venez de mêla dire, répondit Horace* Mais j’attendais un cours de philosophie.
— Désabusé des hommes bien plus que vous ne pouvez l’être, reprit le comte de D*% je formai d’abord le projet qui peut-être vous
amène ici. Je voulus les fuir, les oublier. Au bout de deux jours , je sentis que l'homme ne pouvait vivre k part , et je pris le parti d’être utile. J’avais été k même de vérifier que la considération dont je m’étais entouré, n’était que l’effet de ma richesse. Je jetai For aux hommes , afin d’acheter le droit de vivre à ma guise : c'était folie. On tolère les crimes, l’originalité ne trouve jamais grâce. On ne me pardonna pas d’avoir un mauvais habit et de gros souliers. Je fis aux villes des présens de cent mille francs ; on accusa la parcimonie de ma nourriture.
Quand je vis que les hommes étaient si bêtes, je me mis à les
plaindre , et presque à les aimer par compassion. Je m’endurcis avec moi-même au point de devenir insensible à tout le ridicule qu’ils déversaient sur ma bizarrerie. Également indifférent à leur suffrage , je ne les servis plus au gré de leur caprice, mais au gré de ma raison. Je refusai avec avarice le moindre denier à. celui qui voulait me tromper; je donnai sans compter à celui qui avait besoin. Un forçat libéré fut pour moi un homme , et j’osai nourrir l’être qui avait une marque de feu sur F épaule : il fut décidé que
jetais sans principes. Je repoussât
les conseils des intrigans : ils dé cia-
rèrent que j’étais fou. J’éteignis- H* I7
dans mon cœur jusqu à la chimère de l’ostentation : ils prétendirent qu’elle s’était réfugiée dans les guenilles que je porte. Ils me comparent à Diogène qui mendiait son pain , mais qui n’avait pas quatre-vingt mille livres de rente.
— Cette fois, dit Horace, vous m’avez conté l’histoire de la sottise humaine; mais j’attends encore la vôtre. Permettez-moi de la désirer vivement, car je suis jeune, et si je suis condamné à vivre encore cinquante-cinq ans, je voudrais apprendre d’un homme de bien îe secret de les supporter.
. Polie, mon cher ami. Nul ne
peut donner son cœur pour mesure.
L'espèce humaine mettra toujours^ en défaut la science de la physiologie. Trouvez-moi dans cette plaine immense deux feuilles de fougère
tellement semblables que je puisse prendre l’une pour l’autre !
— Mais rennui , monsieur, dit Horace crucifié par son idée fixe, rennui! comment l’avez- vous évité?
— Et le bonheur, vous, monsieur, dites-moi comment après l’avoir possédé, vous avez fait pour le perdre?
— Je me portais à merveille, mais une pierre aréolyte s’est détachée du ciel et m’est tombée sur le cerveau ; depuis, je souffre toujours,
— Si je comprends l’apologue,.
c’est un mal heur inévitable qui vous a frappé?...
— Comme vous voudrez.
— On guérit de tout, même des remords.
Qu’en savez-vous ?
Pardon. Vous m’avez appelé à me justifier des travers qu’on m’imputait; je viens de le faire, c’est à votre tour.
Soit.
On vous a long-temps vante, long-temps estimé; vous étiez homme de bien et vous ? ouïssiez du rare
avantage de n être ni calomnié ni méconnu. Vous étiez heureux, plus que je ne l’ai jamais été...
™ C’est vrai.
— Tout d’un coup, vous êtes devenu bruyant, dissipé, avide de plaisirs, indifférent au scandale, dédaigneux d’une réputation difficile à établir, prompte h perdre... la vôtre, qui a été vraie jusqu'alors, on dit qu’elle a tourné à l’aigre, on dit...
— Que dit-on encore ?
■ — On dit que dans les accès de
l’ivresse, vous devenez sombre et terrible; on dit qu’au milieu des nuits, comme le Lara de Byron,
vous éveillez vos gens aux
rêve affreux. Enfin de même que je passe pour un lâche, vous
pas
pour ira assassin
Eh! non! monsieur, s’écria
Cazaîès, en frappant sur ]a table avec humeur ; ne le croyez pas. Le crime que j’ai commis n’est qu’une grossière absurdité...
— Parbleu! j’en suis bien sûr, répondit le vieillard, complètement
abusé par ie sens de cette réponse.
CBA?IÏRE VII-
£c Scmt.
Le soir du même jour, le comte de D*.. prit congé de son hôte ; sa vie était un voyage perpétuel ; le premier de se# principes hygiéniques
était ïe mouvement. IL engagea Horace à rester plusieurs jours chez lui, lui montra une misérable tanière qu’il appelait sa ferme et qui devait fournir à tous ses besoins; puis il l’embrassa, lui souhaita le repos de lame et du corps, et partit sans vouloir fixer son retour : un engagement quelconque était pour lui la plus antipathique de ses contrariétés.
“ Cœur d’homme , abîme de folie!... s’écria Horace en Je voyant s’éloigner au galop sur un vigoureux Lidet qu’il nommait Réginald, en commémoration de celui qui figurait en relief dans fhistoire de sa pulmonie.
Il s’endormit en parcourant ce dédale, et reposa passablement sur la couche dure et plate du grand
Henri.
Au lever du jour, il se mit à la fenêtre > et s’aperçut du seul avantage que possédait l’ignoble belvédère du comte de D***. C'était de dominer un immense espace de cette bruyère sans fin qui couvre une surface de .soixante lieues. Ce spectacle aride avait son genre de beauté, comparable seulement à celui de la mer. La nuit avait été orageuse : le vent soufflait sur cette inutile végétation, et l’ondulait comme des flots. Les différentes teintes de la verdure, les rayons de fleurs qui la traversaient
et les tons jaunes de quelques bancs de terre nue et de sable stérile, simulaient, jusqu’à un certain point, l’effet varié des lames sur le fond uniforme de l’Océan. Un seul arbre sa dressait à l’horizon , mélancolique et vague comme une voile perdue dans les vapeurs de l’éloignement.
En revanche de cette monotonie imposante , le ciel était bigarré de nuages floconneux, de bandes transversales, noires et massives sur des fonds rouges, bleus, gris-de-perle , jaunes; et dans ce chaos de teintes éclatantes ou ternes, de nuées diaphanes ou pesantes , le soleil se levait sans rayons, livide et terrible, comme un astre prêt à s’éteindre.
{ so3 )
Quel beau spectacle! s’écria Horace: si Laorens était là!
— Laorens !
Un profond soupir, une profonde impression de douleur suivit cette pensée. Horace fit un mouvement pour retourner vers son Ut il vit Laorens debout et radieux derrière lui.
lî se jeta à son cou avec une impétueuse effusion de tendresse, de repentir et de reconnaissance. Il pleura comme un enfant que sa mère vient de gronder , et l’embrassa comme un amant qui retrouve sa maîtresse.
— Je n’ai pas pu y tenir, disait Laorens : j’ai couru sur tes traces.
j’ai marché jour et nuit , et je t’ai retrouvé...
— Tais-toi , répondit Horace, tu me ferais bénir mes torts, qui me font ressaisir tant de jeunesse et <Tamitié...
— C’est toujours toi ! . reprenait Laorens, en lui serrant la main.
Restons ici , s’écria Horace, ne rentrons pins dans la société ; disons un éternel adieu aux joies factices et aux plaisirs forcés : faisonsnous hennîtes.
— Toujours toi! répéta Laorens, mon pauvre ami, ajouta-t-il, comment fais- tu pour toujours vivre hors du vrai? Il faut à Ion imagina-
tion des résolutions extrêmes , à ton
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cœur des partis désespérés ; eh \ mon dieu , vivons trivialement , comme les autres : la poésie est dans nous-mêmes, elle est dans tout, et n’a pas besoin de vie d’exception et d’ascétisme; vivons ici, chez toi, à Paris, aujourd'hui dans ton château, demain dans ma mansarde , l’année prochaine dans les Landes , ne nous querellons plus, aimons-nous toujours, et notre bonheur sera plus assuré que dans un exil volontaire dont tu te lasserais plus promptement que moi...
ïls passèrent une joui née déli-
dense , leur misérable déjeuner fut plus gai, plus animé, qu’un repas ruineux et délirant, leur promenade
fut joyeuse comme celle de deux écoliers en vacances; Horace tua avec un rare bonheur une provision de gibier pour toute la semaine; Laorens , tout en étudiant les aspects de cette nature étrange et nouvelle, cueillit une quantité de mousserons parfumés, de ceps succulens,et d'oronges d'un rose si vif et si beau , qu’il songeait à les peindre plutôt qu’à les manger; jamais tant de saillies brûlantes d’esprit et de verve ne furent échangées; jamais abnégation plus complète et plus réciproque de tous les goûts et de tous les caprices ? ne fut apportée à la masse de l’amitié; le soir, ils s’étendirent tous les deux sur le lit d’Henri IV
riant de leur querelle, de leur situation, de leur hôte, de leurs souffrances , de leur joie actuelle , et riant de tout, ils s’endormirent heureux et fatigués ; grands enfans à qui il fallait des brouilleries pour s’ai-
mer, hommes faits, qui n’ appréciaient un beau jour que le lendemain d’un jour d’orage.
Le lendemain matin ils étaient assis tous les deux sur le lit , Laorcns appuyé contre une des colonnes torses , Horace penché négligemment sur l’épaule de son ami.
— Sais- tu que tu parlais comme un livre, hier, à ton arrivée... je me dégoûte de tout, ‘cest horrible à peu-
ser, je flétris tout ce que je touche.
C’est que tu creuses trop tes sensations, répondit Laorens ; non content de jouir, tu veux connaître la valeur de tes jouissances, tu les examines, tu les retournes, comme M. Geoffro]* de Saint-Hilaire, lorsqu’il a trouvé un sujet, il le dissèque, ie pile, l’analyse, le flaire, le goûte, le possède, ainsi fais-tu avec tes plaisirs, tu les dépouilles tant que tu les écorches, et alors tu les jettes avec dégoût, parce que tu en as fait des squelettes.
C’est absurde , j’en conviens r est-ce que tu te flattes de n’en jamais faire autant?
Non; mais je suis dans le moins, et tu es dans le plus.
— Gronde-moi, dit Horace dVm ton doux et amical, en prenant 5a main de son ami : je me sens facile à plier. Je me trouve mieux ainsi que fort de mon courage. Il y a si longtemps que je me contrains!
En ai-je été dupe un seul jour? J’admirais ta force avec les autres :
je souffrais de te voir la conserver avec moi. Que ne t’ai-je pas dit de tendre et de rude , d’amer et de doux pour t’amener à la confiance 1 Où diable as- tu pris la féroce énergie
cte voyager tete-a-tete avec moi pendant toute une saison, sans me dire une seule fois: Laorens, je souffre?
Horace 3 j’aurais en moins de stoï-
cisme, triais plus d’amitié...
“Eh bien ! dit Horace après quelques instans de silence, tu la sauras cette maudite aventure !... tu la sauras ? mais songe que c’est la plus grande preuve d amitié que je puisse donner à un homme ; mon crime est de ceux que l’impunité et le mystère couvrent d’un voile éternel. Il en est beaucoup ainsi , malgré les procureurs du roi, les galères et les .gendarmes.
— Àh ! ça , dit Laorens en se levant et parcourant la chambre à grands pas, deviens-tu fou? de quels mots te sers-tu ?
— Oui, Laorens, les galères !...
répondit Cazalès avec un triste sang-
froid.
— En ce cas, tais-toi; et le peintre alla s’asseoir à l'autre bout de la chambre , sur une chaise de pailleïl y resta quelques instans silencieux, puis il se leva de nouveau..
— Tout cela est stupide , s’écriat-il : les romans font tourné la cervelle.
— Je n’en lis jamais.
— Alors, tu as trop bu. Les alcools portent au cerveau et le détraquent. Tu as fait quelques mauvais rêves. Voyons, quoi? As-tu assassiné ?
— Nozi.
— C'est déjà quelque chose. Às-tu volé?
— Je suis riche.
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— Raison de plus. Voyons, as-tu ’Wiolé une femme? si ce n’est que cela, toutes les femmes sont prêtes il t’absoudre.
— Ecoute , mon crime ne sera peut-être pas si odieux à tes yeux qu’aux miens, mais tu le trouveras Las et ridicule : c’est pourquoi l’ironie est la plus sanglante des punilions que tu puisses m’infliger. Ne .ris donc pas, je t’en supplie $ condamne amèrement , frappe - moi , mais ne me foule pas aux pieds , ne crache pas sur moi.
— Dieu m’en préserve ! Je sais qu’un homme comme toi aimerait mieux faire horreur que pitié, mais
;ce n’est ni l’un ni l’autre ; tu te calomnies ou tu te vantes.
Demain, je te prouverai le contraire, Laisse-moi ce jour pour rassembler mes souvenirs confus, car le chagrin les a dispersés, et il y a long-temps que je n’ai mis volontairement la main sur les souillures
de ma conscience ; ta réponse, qu’elle soit indulgente ou sévère , sentence ou pardon, je la prendrai pour arbitre, car jusqu’ici j’ai été mon seul juge : juge partial, capricieux, irascible , inconstant , tantôt rigide à l’excès, tantôt lâchement tolérant; f ai besoin , à la fin, qu’un autre me connaisse, m’examine et prononce.
— Soit , dit Laorens : tu es un pé~
nitent diablement voluptueux, mais
tous les moyens sont bons pour arriver au salut. En attendant, puisqu'il est décidé que ton histoire aura ce matin le sort de celles des châteaux du caporal Irimm, viens courir la bruyère et faire ton examen de conscience en tuant quelques lapins.
Lorsqu’ils rentrèrent dans la tour du comte de le soleil était cou-
ché depuis long-temps. Laorens, fatigué, se jeta sur le lit et s y endormit bientôt : Horace écrivit toute Ja nuit , car il avait trouvé sur un des rayons de l’armoire tout ce qu’il
core , lorsqu’il s’étendit h son tour sur le lit; un sommeil bienfaisant ferma presqu’aussitôl ses yeux fatigués d’une aussi longue veille à la clarté douteuse d’une mauvaise lampe ; et lorsque Laorens se réveilla , il reposait , heureux et calme. Laorens aperçut sur la table délabrée, un rouleau de pages écrites; sur une petite feuille détachée étaient crayonnées ces lignes ? surmontées du mot d q préface :
<c J’écris pour un lecteur ennemi » du chagrin : ie tâcherai d’être dans
o le mien aussi peu pédant que pos- « sible ; mais si je me condamne » platement à raconter une turpi-
» tude, c’est à condition qu’il ne » rira pas de mes remords. »
Laorens prit le manuscrit, alla Rasseoir sur le bord de Ÿavance, et lut la longue histoire quHorace avait écrite.
Flff DU TOME SECOND.
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