ACTE III, SCÈNE III
Ta ferais tout pour eux, et ta fille, insensé! Ta fille, dont l'honneur réclame un diadème, Que feras-tu pour elle?
CLIFFORD
Et qu'as-tu fait toi-même?
Barbare, de ce front contemple la pâleur; Vois ces traits languissans flétris par la douleur. Oui, regarde ce front qu'a profané l'outrage , Ces pleurs , ces yeux éteints ; regarde ton ouvrage ! Ma fille, viens, fuyons son aspect odieux ; Mes cris, ton désespoir, ce sont là nos adieux.
HENRI
Edgar, ciel! soutenez-moi, mon père.
HENRI avec emportement.
Tu ne me fuiras plus, c'est en vain qu'il l'espère. Elle est à moi, cruel! elle est à son époux, Et je la défendrai contre toi, contre tous! Sors, ou crains d'exposer ta tête criminelle
68 ROSEMCXNDE.
Au juste châtiment que mérite un rebelle!
ciiiFFORD, entraînant sa fille.
Viens, suis-moi.
HENRI
C'en est trop. Holà! gardes, à moi.
Qu'on l'entraîne ! (Les gardes entrent.)
Arrêtez! (Elle s'évanouit.) CLIFFORD tirant son épée.
Eh bien ! malheur à toi !
Que ce fer... Ah! j'en fus armé pour te défendre. Maudit soit le secours que j'en osais attendre ! Maudits soient mes exploits, d'un ingrat oubliés! Ce fer, tiens, je le brise, et je le foule aux pieds. Punis-moi maintenant • oui , Clifford sans murmure Peut mourir; mais non vivre et dévorer l'injure. Tu n'oses d'un seul coup étouffer mes douleurs; Eli bien! tremble; vivant, j'armerai des vengeurs: Vivant, haine éternelle! adieu! que du ciel même Sur ton coupable front descende L'anathême !