ACTE IV, SCENE IV
ÉLÊ0N0RE.
Fuis, et bientôt peut-être un funèbre récit ,
Portant à mon oreille un nom que j 'ai proscrit ,
Me fera souvenir que tu fus ma rivale.
Plus de bonheur , d'espoir, de fête nuptiale ,
Plus d'honneur ; un tel sort, c'est le tien. Puisses-tu,
Pour ton supplice , un jour chercher dans la vertu
Un remède à tes maux et ton dernier refuge ,
El trouver en toi-même un inflexible juge.
Je V avouerai pourtant, aveugle en mon courroux y
Pour t'en mieux accabler j'en suspendais les coups.
Je brûlais de te voir à mes pieds confondue ,
Et tes regards touchans m'ont cl demi vaincue.
D'un devoir rigoureux ai-je étouffe' le cri? Mon amour eût voulu vous disputer Henri* Vous le ravir peut être, et j'en fus incapable. Je l'aime et je le fuis, suis-je encor si coupable?
ÉEEONORE.
Tu serais donc sensible à la voix de l'honneur !
Rosemonde à mes pieds maudirait son erreur. Et, digne du pardon qu'en tremblant elle implore, Elle triompherait du feu qui la dévore.
Son faible cœur par vous à jamais désolé, Pour Henri, pour vous-même, il a tout immolé. J'ai détesté ma flamme à moi seule fatale ; En vous j'ai vu ma reine et non pas ma rivale. 3Ne me reprochez plus un espoir criminel; Laissez-moi, par mes pleurs intéressant le Ciel, Mériter...
èléonore.
11 t'ordonne une éternelle absence.
Par ta soumission mérite sa clémence.
Madame, j'obéis. Docile à vos souhaits, De vous et de Henri je m'éloigne à jamais. Reine , épargnez un père et rendez-lui sa fille , Son seul enfant : la mort a détruit sa famille; 11 gémit de mes maux ; les ans pèsent sur lui ;