‹ Rosemonde, tragédie en cinq actesChapitre 6 sur 64 · ACTE I, SCE1NE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCE1NE I

éléonore. Elle se lève.

Et moi j'ai tout compris* cessez, cessez de feindre, Henri! tu me trahis! je n'ai plus rien à craindre; Trône, patrie, enfans, pour toi j'ai tout quitté. Tu me trahis ; voilà le prix de ma bonté ! C'est ainsi qu'un perfide acquitte ses promesses ! Et toi qui me ravis ses volages tendresses , Toi qui d'Eléonore as fait couler les pleurs , Rends grâce au Ciel, bénis tes charmes séducteurs; Jouis de mestourmens, jouis de ta victoire! Que tu me paieras cher ton insolente gloire !

ARTHUR

Madame, pardonnez, si fidèle à mon roi, J'ai gardé les secrets imposés à ma foi ; Vous avez pénétré ce que j'ai dû vous taire; Mais ne repoussez pas ma timide prière ; Puisse-t-elle à vos pieds fléchir votre courroux! Puisse une infortunée !

ÉLÉONORE

Insensé, levez-vous.

Est-ce à moi , malheureux, que votre voix s'adresse?

Si jeune encor, c'est vous que le crime intéresse !

Une heureuse rivale osera m'outrager,

Et ma main dans son sang craindra de se plonger!

Tremblez, et pour vous seul implorez ma clémence.

ARTHUR

Ah! ne craignez-vous point d'accabler l'innocence, Un objet de pitié que l'amour a séduit? Découvrez-lui l'abîme où l'erreur la conduit. Qu'elle apprenne de vous son offense et son crime ; Vous n'immolerez pas, vous plaindrez la victime.

KLÉONORE.

Comment?

ARTHUR

Son noble orgueil, justement irrité, Contre! un coupable amour se serait révolte. Pour prévenir le doute, ou dissiper la crainte, Auprès d'elle Henri sut employer La feinte : Sous le iau\ nom d'Edgar il lui promit sa main.

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