‹ Rosemonde tragedie en un acte, en versChapitre 14 sur 27 · SCÈNE V I · texte numérisé non relu

SCÈNE V I

Par haine... par amour peut-être... oh! quelle joie!... Oui , j’ai vu , j’ai compris, je saisirai ma proie.

Elle reTiont rers Kgildc.

Égilde , déjà pâle et froide entre mes bras...

Déjà libre... ma sœur, je ne te quitte pas.

Écoute, écoute bien, je te venge... Oui, console Par ce dernier espoir ton âme qui s’envole.

A mon père, à tous ceux qui sont morts de sa main , Apprends qu’il ne sera qu’un cadavre demain.

ÉGILDE.

Qu’attendez-vous de moi? J’écoutc.

Que t’importe ,

En mourant, de passer le seuil de cette porte Ou de celle-là? Rien; mais il m’importe à moi Do n’étre pas conduite à la chambre du roi.

Pendant que ton aspect le trompe, je prépare Le coup mortel qui doit nous venger du barbare.

ÉGILDE.

De Didier ou du roi je ne redoute rien ,

Et je veux en mourant vous servir.

Bien , c’est bien ;

Venez vite , parez Égilde. Qu’elle prenne Mon manteau, mes colliers, ma parure de reine.

Noble fille, tu sers ma haine, et sur ton front La couronne royale a remplacé l’affront.

Enfin j’ai ma vengeance 1 et quand ce maître infâme Viendra redemander celle qu’il croit sa femme,

Seul, dans l’ombre, pesant de sommeil et de vin Qu’il erre, qu’il m’appelle et qu’il me cherche en vain.

ROSBMONDE.

A KRilde.

Dans l’angle le plus noir de cette chambre obscure Tiens-toi silencieuse , et ma vengeance est sûre.

S’il te voit, au contraire, imite mon maintien,

Sois fière et menaçante; oh! c’est cela, c’est bien.

Tu souffres, pauvre enfant, et tu fais sur toi-même Tout l’effort que demande une lutte suprême :

Du courage, il faut vivre; il faut par devoùment Résister, échapper à la mort un moment;

Dieux 1 ranime ta force et ton intelligence :

Tu trembles, tu consens à mourir sans vengeance...

ÉGII.DE.

Non : à vous, si la mort me donne un peu de temps,

A vous mon dernier souffle et mon dernier instant;

Non ; votre voix m’anime , elle me fortifie ,

Votre noble projet me retient dans la vie ;

Ne craignez rien. Je veux , par un suprême effort , , Maîtriser le poison , dissimuler la mort.

Vous servir ; du malheur c’est surtout l’avantage,

Qu’il nous force à montrer notre plus grand courage Et notre dévoûment; poursuivez , ayez foi ;

Sans craindre ma faiblesse éloignez-vous do moi...

Qu’il vienne, cet Alboin, qu’il vienne et tout à l’heure Vous me verrez mourir comme il faut que je meure.

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