SCÈNE III
ÉGILDE, HIRMÈS, Esclaves.
ÉGILDE.
Heureuses mille fois entre toutes, les filles Que la mort vint saisir au sein de leurs familles Et que l’on entendit hier sous les débris De leurs toits écroulés pousser les derniers cris!... Elles n’ont pas subi le malheur de connaître La voix et les regards impérieux du maître ;
Elles n’ont pas subi la honte de ses lois Ni les pâles frayeurs du sort que j’entrevois;
Tout en elles échappe à cette loi fatale.
Et rien n’aura souillé leur tombe virginale.
HIRMÈS.
Égilde, au désespoir pourquoi livrer ton cœur?
Réduite comme nous au pouvoir du vainqueur.
Et comme nous soumise à cette race immonde.
Tu pleures ton malheur... regarde Rosemonde ;
Et, par tous les tourments que la fille du roi Supporte sans mourir, enfant, résigne-toi.
Alboin lui fait subir, en la prenant pour femme. L’esclavage du corps avec celui de l’àmc ;
Au milieu des Lombards seule assise elle entend Les vainqueurs en débauche à son père insultant ;
Et, pour la torturer, ce roi cruel étale Tous les emportements d’une ivresse brutale.
Vous le savez : Alboin a du milieu des morts Do notre dernier roi fait retirer le corps ;
Devant aucun malheur sa haine ne s’arrête...
Ses barbares, du tronc ont séparé la tête.
Et, dans les os du crâne on a taillé pour lui La coupe dans laquelle il veut boire aujourd’hui. Rosemonde verra les restes do son père Changés en instrument d’ivresse et de colère.
ËGILDE.
Pour la fille dos rois quel tourment! sa douleur Déborde en flots amers et monte vers mon cœur.
Cris et tumulte dans It salle du festin, les tentures s'agitent, et la reine se précipite vers Kgildo on détournant ses regards de la coupe qu'un échanson d'Alboin lui présente.