SCÈNE
Regarde quelle place on te laisse au festin,
Vois la part que le roi te fait dans le butin,
Les armes, les chevaux, les trésors qu’il te donne ; De plus, un des châteaux qui dominent Vérone. Mai parmi les bienfaits et les dons du vainqueur. Il en est un qui doit lui ramener ton cœur;
C’est une jeune esclave.
DIDIEn.
Une esclave !
CLÉPUON.
Sa vue
Va te faire oublier Rosemonde perdue.
DIDIER
Oublier. Rosemonde! oh! jamais!...
■ CLÉPllON.
Le don qu’Alboin te fait.
Tiens, voici
Après avoir écarté lo voile d'Ëçilde
(juel est ton nom?
DIDIER
Soit; je prends celle-ci.
ÉGILDE.
Égilde.
DIDIER
El ton père, est-il brave?
Quel rang étaH le sien avant que d’ôlre esclave?
ÉGILDE.
Il n’a jamais connu l’esclavage, il est mort!
DIDIER
Mais avant ce malheur, quel était votre sort?...
UOSEMONDH.
ÉGII.DE.
Mou père, compagnon du j)rince, dans la guerre Ainsi que dans la paix l’a servi comme un frère. Au milieu des revers lui conservant sa foi,
Il le suit dans la tombe en ce moment; et moi. Que Rosemonde hier protégeait, je partage Aujourd'hui les rigueurs de son dur esclavage.
DIDIER
Console-toi : ton sort et le sien vont changer. Sans être pour cela l’un à l’autre étrangers : Comme par le passe la fortune vous lie.
Au lieu de t’épuiser en vains regrets, oublie. Étant comte du roi, j’habite ce palais;
Tu ne quitteras point la reine; tu me plais, Égilde ; en te. voyant, fille de noble race.
Le désir me viendra d’adoucir ta disgrâce.
Et de te faire ainsi bientôt comme un devoir De me servir auprès do la reine... A ce soir.
11 prend à part Clt^phon.
Cléphon, m’as-tu gardé cette amitié solide Qui dans tous les périls me soutient et me guide
CLÉPllON.
Tu doutes do moi?
DIDIER
Non : c’est dans mon intérêt Que près d’Alboin ici tu veilles en secret.
CLÉPHON.
Vers de nouveaux projets sa fortune l’entraîne. Et contre toi, Didier, le roi n’a plus do haine;
Ces dons te prouvent...