‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 112 sur 177 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

pu. C'est toujours la passion brutale qui parle chez lui, ou bien sa mauvaise tête qui le gouverne. Le cœur, jamais. Je ne lui suis pas plus qu'une autre, — peutêtre moins, — ajouta-t-elle pour dernière conclusion.

Le soir, comme René venait de se laver les mains à la fontaine avant d'aller porter le lait à'ia fromagerie, Rosette se souvint tout à coup d'avoir oublié de fermer le poulailler. Elle descendit rapidement, traversa la cour et se trouva, en revenant, face à face avec René au bas de l'escalier. Il posa son bidon par terre ; c'était nuit.

— Rosette, dit-il, avant que j'aille au village, veuxtu me donner la main, bien franchement?

— Pas mieux ici, à cette heure surtout, que dans la grange. Ce soir, quand vous irez dormir, je le veux bien , car il faut se quitter en paix à la fin du jour.

— Ce soir, dit-il en prenant son bidon, ce sera peutêtre trop tard. Je ne suis pas de ceux qui prennent les affronts pour des compliments. Votre serviteur, mademoiselle.

Dix minutes après, son arrosoir vide à la main, Jenny Gottrau se rendit à la fontaine pour le remplir. Elle n'avait garde de manquer au rendez- vous donné la veille. René s'y trouva en même temps.

Je ne veux pas m'arrêter ici, dit-elle ; ma mère sera inquiète si je ne rentre pas dans cinq minutes. Ainsi, dépêchez- vous de m'expliquer ce dont il s'agit. Mais d'abord, vous saurez que je reste encore une semaine avant de partir.

~ Tant mieux. Eh bien, figure-toi que U^ Pasche loue son bien et ne garde plus de domestique.

— Alors, où irez-vous ?

— Je n'en sais rien. Tantôt, j'ai l'idée de quitter le pays pour toujours ; tantôt, pour me venger de l'affront qu'on me fait, je serais presque décidé de me marier, de m'établir ici même et de leur montrer à tous que je peux me passer d'eux.

Pendant qu'il disait cela, une boucle des cheveux de Jenny, soulevée par le vent , frôla le visage de René et le fit tressaillir.

— Oui, reprit-il, c'est peut-être, au fond, ce qui me convient le mieux ; je louerais un terrain, j'aurais ua cheval et je gagnerais de l'argent.

— Et alors, vous marier, avec qui? Ne pensez-vous plus à Rosette ?

— Non, dit-il, vaincu par l'orgueil et la tentation ; non, c'est toi seule que j'aime. Rosette n'a pour elle que son argent. Ce n'est pas la fortune qui rend heureux, c'est l'amour, et je sais que tu m'aimes.

— Oui, je n'aime que vous, René. Etes-vous disposé à m'épouser, quand nous le pourrons l'un et l'autre ?

— Oui, dit-il dans sa surexcitation.

— Vous me le promettez, là, sérieusement, à la face du ciel ?

— Oui, je te dis qu'oui, flt-il encore, complètement «ubjugépar la passion.

— Eh bien, embrasse-moi. Je t'appartiens, et toi, /tu es à moi pour toujours. Maintenant, allons-nous-eo vite. Nous nous reverrons bientôt.

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