‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 115 sur 177 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

de René. Il lui semblait qu'elle et Rosette, et même Amy Lorand, s'y étaient mal pris avec un tel caractère qu'au lieu de tenir ferme avec René et de le cabrer, il aurait fallu l'amadouer, le prévenir, lui accorder ceci et cela, partout où on le pouvait. Elle oubliait ainsi, en mère plutôt faible, en femme trop disposée à témoigner de raffection, que Rosette ne pouvait pourtant manquer à sa dignité et sacrifier son avenir aux caprices d'un garçon décidé à rester le même toujours, avec tous ses défauts, ses passions et son manque de droiture. Au fond de tout cela, il y avait le sentiment triste d'une rupture qui éloignerait d'elle Amy Lorand, vers lequel son cœur se sentait de nouveau fortement attiré. Enfin la location des terrains allait se faire, et M«ne Pasche en avait parfois du regret, cette mesure étant, à ses yeux, un renvoi à long terme du mariage de sa fille.

Amy Lorand n'était pas triste précisément, au moins pas de cette tristesse humaine qui abat l'homme en le repliant sur lui-même et donne le dégoût de la vie. Gomme chrétien, Amy Lorand acceptait la volonté de Dieu franchement, avec toutes les épreuves par lesquelles il nous est bon de passer. L'œuvre de la patience doit être rendue parfaite en nos âmes. Jésus a souffert la contradiction ; pourquoi donc ses disciples seraient-ils mieux partagés que leur divin Maître ? et d'ailleurs, les souffrances du temps présent, quelque vives qu'elles soient, ne peuvent être comparées avec la félicité à venir. Si la foi est victorieuse dans le combat, tout est bien. Ce n'était donc pas pour lui qu'Amy

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Lorand souffrait ; c'était pour son neveu. René s'était conduit en véritable écervelé, soit avec Rosette d'abord, soit ensuite avec M<n« Pasche et avec lui. Qu'eûtii pensé, s'il avait su que, dans un moment de dépit et de folie, René avait fait à Jenny la promesse de l'épouser? Ce qui l'attristait le plus, dans les sentiments de René, c'était son éloignement volontaire de Dieu et de toute pensée chrétienne.

Les deux fiancés en secret avaient donc passé encore huit jours au village, continuant à se rencontrer partout où ils le pouvaient, et se donnant des rendezvous dans la soirée. Dans sa persuasion que tout était fini du côté de Rosette puisqu'on louait les terrains pour trois ans, René s'abandonna complètement au plaisir d'être aimé de la plus jolie fille de Croset, et lui rendit largement ses tendresses passionnées. La mère Gottrau laissait faire, trop contente s'il s'en suivait un bon établissement pour son enfant. Le père de Jenny ne s'occupait pas de ces sortes de choses ; il en avait assez d'autres sur les bras. Mais le moment vint où il fallut se séparer. Jenny se rendit dans sa place aux environs de Genève, et René en accepta une de maître-valet chez un propriétaire vaudois du district d'Yverdon. Il fut convenu qu'il y entrerait le 15 janvier. L'idée de se marier prochainement lui avait déjà passé. Il faudrait peu de temps, avec un concours de circonstances nouvelles et de >isages nouveaux, pour lui faire oublier la promesse faite à Jenny et ce qui s'était passé entre eux à la an de l'année. Maintenant, il cherchait à s'étourdir. Jenny lui ayant écrit avec

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