‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 116 sur 177 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

toute la vivacité de son affection, il ne lai répondit qu'au bout de quelques jours et une toute petite let«* tre. Il alla passer un dimanche à la Varaude, chez Léon Villioud, pour lui dire que le cheval de M«« Pasche se vendrait en mise publique le jour où les fonds de terre devaient se louer. Villioud le fit boire et causer ; toutefois René se garda bien de le mettre au courant de ses affaires avec Jenny. Il se serait volontiers attaché de cœur à Rosette Pasche, dit-il, non parce qu'elle était riche, mais parce qu'elle lui plaisait assez.

— Elle ne s'est pas souciée de répondre à mes avances, et paraît vouloir se tourner du côté de la mômerie. Alors, ma foi, tu comprends que nous avons vite terminé la chanson. Là-dessus est venue cette bête d'idée de louer les terrains ; j'ai vu qu'on n'avait plus besoin de moi dans la maison, et ça fait que, dans huit jours, je vais diriger la campagne de M. Jeanrefroid, à la Crique-verte, sur les bords de l'Orbe. Il y a partout de la terre sous le soleil.

— C'est juste, dit Léon. Tu aurais été bien fou de te laisser mener par des femmes. Quand ce sont elles qui ont la fortune, suivant ce que la tête leur chante, il ne fait pas beau autour d'elles. Le diable n'est pas plus méchant. Nous avons vu cela ici, avec ce pauvre Jaquerooud qui a épousé la fille de la rentière Bube. Monsieur, s'il a besoin d'un écu de cinq francs, il faut qu'il le demande à la vieille. C'est la mère qui tire tout l'argent; lui, Jaquemoud, se borne à tirer la langue. Assez souvent, il me demande de lui prêter quelques sous. Voilà, mon cher, la vie que ces femmes lui

font. Et pourtant, c'est un bon enfant, sauf qu'il est tant soit peu ivrogne. Alo^s, dis-moi, cette fille Pasche, que va-t-elle faire?

— Ah ! je n'en sais rien.

— Ton oncle ne serait pas homme à la courtiser, par hasard ? Je ne sais pourquoi ça m'est venu plusieurs fois à ridée.

— Non, je ne le crois pas. Mon oncle est trop sérieux; il ne rit jamais. D'ailleurs, il a eu une passion malheureuse dans sa jeunesse.

— Ah I mon cher, c'est une raison de plus pour qu'il veuille se réjouir maintenant .avec une jeune femme.

— Non, je te dis que mon oncle ne songe pas à se marier.

— Ma foi, tant mieux pour toi, car il est encore en âge d'avoir de la progéniture. Et alors, cette jolie blonde qui s'appelle, je crois, Jenny, qu'est-elle devenue ?

— Elle est en place à Genève.

— Si j'avais été son voisin comme toi, je lui aurais fait la cour. Ce sont de pauvres gens, n'est-ce pas ?

— Oui, dit René en prenant machinalement son verre et ne faisant qu'y tremper ses lèvres.

— Qu'est-ce que ça fait? Nous avons assez de bien pour ne pas tenir à la fortune dans le choix d'une femme.

— C'est clair ; mais il me semble que tu trouvais Cornélie Belot plus de ton goût qu'aucune des autres?

— Peut-être ; pourtant, la blonde a quelque chose

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