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CHAPITRE XXV

délicieux par sa position, le père de Rosette en avait fait son grenier à blé et d'autres dépendances rurales. Du corps de logis habité, on ne voyait que la rue et les passants, avec une certaine étendue de prairies plates.

Lorsqu'ils furent là*haut , un spectacle inattendu se présenta aux regards des jeunes gens. C'était le dernier dimanche de mai. Durant toute l'après-midi, le ciel avait été chargé. Â l'horizon grondait le tonnerre. Une chaleur sourde emplissait l'air et pénétrait partout dans les maisons. Les nuages crevaient dans les vallées des montagnes, mais à la plaine et sur le lac, pas une goutte d'eau ne tombait. Vers le soir, il se fit des éclaircies dans lesquelles le ciel se montrait d'un bleu admirable. Peu à peu, les vapeurs s'enlevèrent du Jura, laissant entre leur bord inférieur et la dentelure boisée de la crête une zone de lumière éclatante, tandis que de grands amoncellements de nuages touchaient aux sommets des Alpes, de l'autre côté du lac. Deux branches d'arc-en-ciel posaient leur base à quelque distance l'une de l'autre, un peu à gauche des Voirons, et projetaient une lumière dorée sur toutes les pentes voisines, jusqu'au lac, demeuré seul dans l'ombre en ce magique tableau Pas une des mille maisons éparses dans les champs , pas un des nombreux villages semés sur les coteaux, qui ne resplendit aux rayons du soleil couchant. Les arbres feuilles partout, revêtaient chacun leur caractère particulier. Paisible et sereine, la nature était là pleine de vie, souriant à Celui qui mit son arc en la nuée, pour gage d'amour et de

protection. Le Salève, beaucoup plus à droite, avait aussi part à la fête ; ses assises en courbes rocheuses et sa grande entaille, brillaient d'un éclat inaccoutumé. *

— Comme on voit la main de Dieu dans toutes ses œuvres! dit Rosette; on y reconnaît bien sa bonté.

— Et son amour, ajouta Charles. C'est la première fois que nous admirons ensemble la nature ; quel bonheur que nous la comprenions de la même manière ! J'ai déjà tout dit à M. Lorand.

— Mais vous n'aviez pas grand'chose à lui dire.

— Oh que si I plus que vous ne pensez.

— Que vous a-t-il répondu *?

Comme ils étaient debout l'un à côté de l'autre, Charles passa un bras autour de la taille de Rosette.

— Il m'a embrassé et m'a dit simplement : Dieu vous bénisse tous les deux. N'est-ce pas, Rosette, vous me permettrez de vous aimer et de vous le dire bien souvent ?

— Oui, fit-elle à voix basse ; mais regardez donc ces deux arcs-en-ciel ! je crois vraiment qu'ils sont encore plus vifs.

— Mon arc-en-ciel, à moi, dit- il, est là, dans vos yeux.

— Soit ; mais je déteste les compliments , prenez-y garde.

— Ce n'est pas un compliment; c'est un sentiment.

— A la bonne heure.

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